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Macky Sall chante Gèrald Lenorman: La ballade des gens heureux Par Habib KA, Desk régional, Matam

Thilogne -Macky Sall en ballade sur les artères de Dakar, les journaux et réseaux sociaux s’en délectent pour vanter les mérites d’un président simple et accessible. Avec une voiture banalisée, blindée, vitres teintées, la prudence et le calme olympien qu’on connaît à ce conducteur du jour, il peut boucler les 6 Heures de Dakar incognito, sans anicroche. Surtout que la sécurité discrète, à une distance respectable, veille au grain, prête à agir.

L’on se souvient quand la limousine du président de la République, à son bord le chef de l’État et son homologue malien Ibrahima Boubacar Keïta (IBK), prit feu sur la route de Nguéniène, en partance pour les funérailles de feu Ousmane Tanor Dieng, des enturbannés surgis de nulle part sont vite intervenus pour faire le nécessaire.

Revenant à notre sujet, le caméraman embarqué, ébahi, s’exaltait d’affirmer que le chef de l’État conduisait sur les artères de Dakar sans escorte, sans sécurité. Même si tel était le cas, ce n’est pas la première du genre.

N’avons-nous pas vu le président en exercice de l’État le plus puissant du monde, Barack Obama, chanter avec Aretha Franklin : “You make me feel like”, jouer au basket, danser, manger dans un fast-food, un  Premier ministre français en exercice traverser la rue en pantoufles, aller chercher son pain à la boulangerie, le président russe Vladimir Poutine, 8e dan de judo, faire tôt le matin ses entraînements, paticiper à des compétitions “normales” pour un passage en grade ?

Qui ne se souvient du célèbre “casse-toi alors, pauvre con !” de Nicolas Sarkozy au traditionnel Salon de l’Agriculture, en réponse à un citoyen qui refusait de lui serrer la main pour ne pas “se salir”, sans oublier la prise de gueule qu’il a eue avec des marins-pêcheurs ?

Qui n’a pas aussi vu, très récemment, le président de la République française, Emmanuel Macron, hélé par un activiste franco-libanais courrir vers celui-ci, lui serrer la main en cette période de Covid-19, l’écouter longuement puis lui servir une réponse avant de retirer sa main ?

C’est dire que le fait pour un président de conduire une voiture, de sillonner les routes de Dakar relève de la banalité, un fait anodin, partout ailleurs.

Sous nos cieux, nos élus ont tellement de penchants pouvoiristes qu’une fois propulsés à une certaine station, ils s’imaginent être différents de leurs semblables.

Quel président sénégalais, après avoir quitté le pouvoir, est resté au pays, allé à la mosquée ou à l’église, entré dans les embouteillages avec les klaxons, la fumée des tuyaux d’échappement, les nuisances sonores ? Tous ont préféré vivre reclus en France, dans l’anonymat total, éventuellement y mourrir. Abdoulaye Wade, encore lui, l’exception qui confirme la règle.

Un président se balader ? Le terme est impropre.

Encore le zèle d’un laudateur qui malmène la langue de Molière. Se balader, c’est se promener sans but, flâner, errer, se trimballer.

Telle n’était pas l’intention première de Macky Sall, l’on suppose,  quand Ngadiaga fatigué d’étouffer sa colère, de ne pas voir la couleur des richesses extraites des profondeurs de ses entrailles, las de respirer des exhalaisons de gaz dont il ne tire aucune dividende, Ngadiaga sort de sa tombe, fulmine, en flamme.

Monsieur le président, c’était l’occasion, pour cette traditionnelle fête de la Nativité, seul sur les rues de Daķar avec votre cadette, le dépaysement oublié, de faire une petite rétrospection de vous, enfant de Fatick, issu d’une famille très modeste, du Sénégal dont vous avez le destin en main trois années encore, de lire sur les visages des hommes et femmes croisés “li dëk bi wax”.

Monsieur le président de la république, douze ans c’est trop, trop même ; même si vous avez travaillé mieux que Senghor, Diouf, Wade, réunis, que vous avez réalisé ce que personne d’autre n’a pu réaliser.

Il faut savoir partir, et à point, quand l’espoir du peuple qui vous avez plébiscité est encore là.

La relève est assurée, de jeunes hommes et de jeunes femmes leaders prêts à porter encore plus loin, plus haut le drapeau Sénégal essaiment partout.

Monsieur le président, pour votre promenade, vous auriez pu emprunter l’itinéraire du Train Express Régional (TER) Dakar-Aéroport International Blaise Diagne, constater si Malaw verra les rails avant fin 2021, après moult reports, qu’il remplirait toutes les garanties de sécurité pour bondir chaque dix minutes à une station de gare.

Vous pourriez aussi vérifier si les travaux d’aménagement des passerelles sont achevées, les sites de recasement viabilisés, les impactés entièrement indemnisés.

Monsieur le président, seul avec vous-même, seul avec votre conscience, de ce bref contact virtuel avec les administrés, vous pouvez apprécier ce qui a changé pour vous, ce qui a changé pour le Sénégal ; ce que vous vous avez changé pour vous et changé pour le Sénégal, votre pays.

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