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Macky Sall à Podor et à Matam du 3 au 10 janvier: Toujours « attendu », jamais vu De notre correspondant à Matam, Habib KÂ

Un ressort s’était cassé entre le président et son peuple et  personne dans son entourage n’ose lui souligner la gravité de la rupture : rien de ce qui avait été prévu naguère ne s’est réalisé et le récent virage et ses imprécisions laisse croire que la tournée de janvier a toutes les chances d’être reportée : il faudra pour éviter  des déconvenues dans les aires où Macky Sall ne jouit plus comme avant d’un capital de sympathie et  suscite chez les plus de questions que de réponses. Ce n’est pas le Fouta qui a changé. C’est Macky Sall  : le candidat avait trop promis ce 10 février 2012 et au stade municipal de Matam.

Le président de la République Macky Sall est annoncé pour une visite d’une semaine dans le Podor et la région de Matam du 03 au 10 janvier 2021. Maintes fois programmé toujours reporté, sans explications, ce énième programme risque de connaître le même sort.

Si d’aventure la tournée présidentielle est confirmée, elle risque d’être très mouvementée, pleine de surprises : le moment n’est plus propice à la mobilisation, aux bains de foules d’une population en liesse, d’un président qui suscite l’admiration et inspire le Yaakar, de Podor à Matam, dans toutes les contrées du Fouta. Depuis un temps certain, un ressort s’était cassé entre le Président et son peuple et ce ne sont pas ces laudateurs d’hier ou ceux d’aujourd’hui qui essaiment son convoi qui vont lui souligner la gravité de la rupture. Ces moments sont contre-productifs pour une visite de l’enfant du terroir dans son fief naturel. Surtout qu’on peut lire, sourire en coin, dans le communiqué :

  • “visite de chantiers” pour des routes supposées être livrées depuis plus de 18 mois,
  • inauguration de l’hôpital Abdoul Cissé Kane des Agnams pas encore fonctionnel,
  • inauguration du district sanitaire de Thilogne dont les travaux sont à l’arrêt,
  • l’axe Thilogne-Ourossogui, une piste cahoteuse de 50 km de latérite rouge qui fait office de tronçon de RN2,
  • un Daande Maayo enclavé dont on prétend, en pleine crise Covid-19, avoir recouvré le financement de son programme de développement intégré à hauteur de 300 milliards,
  • annonce d’un projet de construction d’un nouvel hôpital à Ourossogui pour 22 milliards de francs cfa,
  • la réfection et l’extension de l’hôpital de Matam à hauteur de 5 milliards pendant que le seul Centre hospitalier régional ne parvient pas à se doter d’un scanner depuis plus de six mois.
  • Les programmes de Domaine agricole communautaire (Prodac) initié à coups de milliards depuis 2016 et qui risquent d’être des projets mort-nés alors que les conseillers municipaux ont déjà délibéré pour des milliers d’hectares affectés pour cause d’utilité publique, dépossédant les propriétaires de leurs terres,
  • 700 milliards de la convention signée entre le président du Groupement d’Intérêt communautaire GIC de Bosséa, Yaya Abdoul Kane, et l’entreprise italienne Owac Engeering Company, convention dont les populations des quatre communes Orefondé, Agnam, Thilogne, Dabia ne sont pas suffisamment imprégnées,
  • les phosphates de Ndendory, ler impact environnemental, la non-prise en charge des doléances minimales des populations.
  • le mandat de ces maires fini depuis et qui continuent indûment de gérer les affaires de la Cité, bradant davantage ce qui reste encore de réserve foncière, n’étant pas sûrs de rempiler à la prochaine municipale.
  • le flou entretenu sur un troisième mandat, sur ses nouveaux alliés, la défenestration de ses anciens compagnons.

Le président doit faire très attention pour savoir où il met les pieds au Fouta, se résoudre à accepter que le Fouta n’est plus sa chasse gardée, son titre foncier.

Cette tournée a toutes les chances d’être reportées pour éviter au président de la République des déconvenues dans les aires où il ne jouit plus comme avant d’un capital de sympathie et ne suscite chez les gens que déception, trahison. Comme se désole un militant des premières heures de l’Alliance pour la République (APR) : “Ce n’est pas le Fouta qui a changé. C’est Macky Sall qui a changé. Le Macky Sall de 2008/2009, le Macky de 2012, est très différent du Macky que nous connaissons”.

Et d’ajouter, plus déterminé : “Nous lui avons laissé suffisamment de temps pour s’occuper, en bon républicain et président élu par tous les Sénégalais de s’occuper des autres régions et villes comme Ziguinchor, Touba, d’abord”

Une femme qui n’a pas sa langue nouée au coin de son pagne d’enfoncer le bouchon : “Qu’il vienne avec sa délégation partager avec nous le rangue-rangue poussiéreux Thilogne-Ourossogui pour constater lui-même pour qui nous sommes prises, nous les femmes Apr, nous les amazones”.

Y’aura t-il des voix pour crier « Macky ! Macky ! », des foules à attendre des heures et des heures, un président qui portait l’espoir de tout un peuple et qui ne parvient pas à venir avec le scanner, à finir la route, à terminer les travaux du District sanitaire de Thilogne, à entamer les grands chantiers du Daande Maayo ?

Le candidat Macky Sall avait trop promis ce 10 février 2012 et au stade municipal de Matam. C’est ce qui le rattrape aujourd’hui.

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