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L’unité nationale : un trésor à préserver Par Mouhamdou Mounirou SY

Au Sénégal, nous avons vécu l’année 2020 de la manière la plus morose à cause de la pandémie Covid-19 avec sa kyrielle de conséquences dramatiques. En 2021, nous risquons d’assister à l’ébranlement de certains socles sur lesquels reposent l’harmonie et la paix au premier chef desquels, l’unité nationale. Si les soulèvements de ces derniers jours ont été pour certains très compréhensibles, la bataille rangée entre étudiants aux allures ethniques est inadmissible et inconcevable.

Au nom de Léopod Sédar SENGOR qui a inauguré la nouvelle ère de cette aire de savoir et de Cheikh Anta DIOP, auguste parrain de ce temple de connaissances, tout Sénégalais doit aujourd’hui se sentir éprouvé de voir des sérères et des diolas en venir aux mains et se regarder en chiens de faïence. Ce fait inédit, qui s’est déroulé à l’UCAD entre les mouvements d’étudiants diolas (Kékendo) et ceux sérères (Ndefleng), révèle un malaise social très profond et l’urgence de se ressaisir.

Que dirons-nous à Eguène et à Diambone, ces sœurs jumelles, qui sont les ancêtres de ces derniers ? Nous ne devons pas avoir honte demain, devant le patriarche Kagoundia et leurs sœurs cadettes, Maan et Débo, d’où viennent les Lébous et les Halpulars. Le Gouverneur Saliou SAMBOU, aujourd’hui, doit avoir mal.

Le Sénégal est connu et adulé dans le monde entier pour avoir réussi depuis toujours le plébiscite de tous les jours qu’est le vouloir-vivre-collectif grâce au tempérament paisible et docile de ses habitants. Depuis des lustres, il a été une terre de métissage, d’accueil et de partage où il fait bon vivre ensemble. Jamais des irrédentismes de type ethnique, linguistique, religieux ou confessionnel n’y ont élu domicile jusqu’à prétendre y prospérer.

La singularité de ce pays, notre pays, réside dans sa singulière devise : UN peuple, UN but, UNE foi. Même ces trois mots s’écrivent, se lisent et se vivent au singulier. Désolé, nous ne sommes pas un peuple pluriel. Je le récuse et le combats en tant que natif du ndiambur d’une mère saint-louisienne de sa double descendance quoi que née à Bignona et d’un père, héritier du trône de Ndioum au Fouta, et né au cœur du Kadior à Tivaouane. Il en est de même pour tout Sénégalais parce que fruit d’un métissage emmêlé. Le Peuple sénégalais est UN et INDIVISIBLE.

Au lieu de pousser un cri d’orfraie, je lance un feu de détresse aux relents d’alerte et d’invite. Que mes collègues universitaires se lèvent, chacun avec ses moyens du bord. Je m’adresse à ma famille de l’université. Qu’elle soit Minerve et non Œdipe en restant aveugle. Baisser les bras serait courber l’échine et démissionner. On ne doit pas face aux étudiants qui ne sont que nos enfants, nièces et neveux, frères et sœurs. J’interpelle les Personnels de Recherches et d’Enseignement (PER), Administratifs, Techniques et de Services (PATS), les Recteurs et autres autorités d’établissements d’enseignement supérieur, les étudiants et les parents sans oublier le Président de la République et les membres du Gouvernement. Les femmes de mon pays, levez-vous. Refusez que vos filles et fils s’entretuent, se haïssent et aient peur de faire nation ! Sachons que les devanciers nous regardent et nous écoutent d’outre-tombe ! Nous leur devons une jalouse sauvegarde de ce legs : le commun vouloir de vie commune.

La nation sénégalaise, basée sur le consensualisme et le volontarisme, devrait être le seul bien, au moins, que notre pays devra présenter demain au rendez-vous du donner et du recevoir. A la foire mondiale des liens et des biens, c’est cette marque de fabrique qui devra être la sienne. On ne doit ni la brader, ni jouer avec. Quiconque s’y évertue sera châtié par le courroux des bâtisseurs de ce Sénégal et par l’esprit des anciens. Le tocsin a sonné. Amenons la raison chez ces êtres de raison dans ce lieu où n’excelle que la raison.

Je peux subodorer que les étudiants qui constituent l’élite dirigeante de demain mettront partout et de tout temps la tenue de sapeurs-pompiers et ne plus faire feu de tout bois à l’instar des pyromanes. Ma foi me souffle que j’aurai raison.

Ainsi soit-il ! Carême oblige.

Mouhamdou Mounirou SY

Maitre de Conférences à l’Université Iba Der THIAM de Thiès

Conseiller spécial du Président de la République

auprès du Secrétariat général du Gouvernement

 

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