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Livre-Abdourahmane Seck Homère: Le passé décomposé. Mémoire et souvenirs. Septembre 2020. Épuisé

Le Savant Et Le Politique

CHAPITRE TROISIÈME (Bis)

En retournant à Saint-Louis en 1981, Abdouahmane Seck Homère a trouvé la ville plus politique ; il dit d’ailleurs lui-même avoir quelque peu subi l’influence d’un ami, Oumar Ndiaye Feubeu, dans sa décision de revenir et de l’appuyer sur le plan politique face aux dinosaures comme Sourang et autres Jacques Diouf. Ce qu’il ne précise pas à ce stade, c’est qu’il avait déjà plongé dans la mare politique depuis Diourbel. Il a en effet été membre fondateur de la formation du Pr Iba Der Thiam, la Convention des Démocrates et Patriotes (CDP) portée sur les fronts baptismaux à Diourbel le 13 juillet 1992. Avec le recul et ayant suivi Homère à ses premières intuitions politiques, on peut comprendre qu’il soit séduit par les objectifs poursuivis alors de « faire du Sénégal une nation de « Gores », une nation forte et soudée, une nation moderne et prospère, une nation pluriconfessionnelle et tolérante à l’égard de toutes les religions, une nation d’honneur et de dignité, une nation d’équilibre, de mesure et de sagesse » (Wikipédia).

Souvenons-nous : avec toute l’agitation politique de Rufisque de la période de la loi-cadre à l’Indépendance, Abdourahmane Seck Homère ne retient de ses souvenirs les plus anciens aucun événement majeur ni homme d’envergure ; au contraire, il est frappé par Gamal Abdel Nasser avec son acte historique de nationalisation du Canal de Suez. Homère est d’autant plus séduit qu’il se force à réciter à tout moment cette prière majeure en Islam à formuler le lendemain de la Nuit du Destin pour intérioriser le nom du combattant égyptien : « …nihmal Mawla Wa Nihmal Nassirou », ce dernier vocable symbolisant à ses yeux Nasser. Nationalisation, Destin ? Ajoutez-y un phénomène tout aussi curieux : la pupille de la Nation pouvait bien revendiquer une nationalité française, comme la plupart de ses collègues moins côtés mais nés dans les quatre communes. Abdourahmane Seck Homère refusera. . par nationalisme.

Autre indice d’un penchant : au collège, son modèle local était Cheikh Anta Diop et il se faisait un devoir, tous les jeudis, d’aller  le  rencontrer et de discuter avec lui. Il retient qu’en 1960 déjà, le pharaon s’inquiétait de la désertification et de l’avancée du désert au Nord du Sénégal ; il préconisait, comme solution médiane, une campagne de reboisement. Mieux : Cheikh Anta Diop les  exhortait aux études pointues et Abdourahmane Seck Homère est frappé devant ce scientifique féru d’histoire. Ceci pouvait-il révéler des velléités de gauche chez un grand commis de l’État qui regrettait déjà, adolescent, le caractère discriminatoire de l’interdiction  de perturber la rue du délégué du gouverneur, comme on s’en souvient ?

C’est en tout cas à la recherche de repères, après la disparition du Pharaon Cheikh Anta Diop, que Abdourahmane Seck Homère a cru en retrouver la trace chez le professeur Iba Der Thiam. « Savant ? ». Le cursus du Pr Iba Der Thiam a séduit Abdourahmane Seck Homère autour des années 90 : « Il s’est fait tout seul, n’a jamais regretté ni renié son passé et, même s’il se trompe, il se trompe de bonne foi ». Au surplus, d’avoir ouvert l’école Mariam Bâ aux fils de paysans et institué la Journée du Parrain faisait de Iba Der Thiam le héros absolu pour Abdourahmane Seck Homère qui se retrouvait un peu en lui dans son rôle de justicier, défenseur de la veuve, de l’opprimé et de l’orphelin. Homère est d’autant plus conforté dans ses convictions que son mentor est l’objet d’exactions comme durant cette douloureuse parenthèse de Ngakh, dans le département de Bambey, et de Ololdou, près de Bakel.

Avec Oumar Bâ de Diourbel, inspecteur de l’Enseignement et ami d’enfance, avec le Groupe de Rufisque composé entre autres de Falaye Noël Diop, Souleymane Loum, Yérim Mbodj, Ibrahima Fall, Birame Ndoye Diallo, Abdourahmane  Seck Homère de crier : « Maréchal, nous voilà ! » au congrès de Thiès. Il créera ensuite la cellule de Diourbel où la Cdp fera un bon score après que lui-même eût visité les 300 villages du département.

Aussi faudra-t-il comprendre les déchirements, pleurs et refus d’un certain nombre de militants avec la fusion de la Cdp dans le Pds de Me Wade. Thierno Lô qui l’a théorisée le premier a reçu la bénédiction de Yérim Mbodj, malade, mais Abdourahmane Seck Homère ne peut que constater les arguments contre et le refus de beaucoup du bureau national. Seule la présence de Me Wade en personne pouvait permettre de faire passer la pilule. Surtout qu’après, ce fut mystère et boule de gomme, les choses restant en l’état. Pour beaucoup, le Pds qui avait fait le premier pas («la Cdp, on ne la mesure pas, on la pèse ») devait poursuivre sa logique politique par l’intégration de certains hauts cadres après la fusion. Ce fut cependant comme durant la drôle de guerre ; de décembre à avril, rien ne se passa. Habitués aux débats d’idées, les nouveaux venus non encore intégrés se heurtent à un culte de la personnalité du chef et, très vite, la question devint : « Est-ce qu’on va durer ici ? ». Abdourahmane Seck Homère, alors Président du Conseil d’administration de la Saed, n’était demandeur d’aucun poste, préférant laisser les autres se servir ; n’ayant rien demandé en bons  intellectuels, les responsables de la Cdp n’ont rien eu, d’où la cascade de démissions en 2009. La conférence du groupe de Rufisque consacrera les adieux, d’autant qu’entre-temps Macky Sall était en délicatesse avec Me Wade au sein du Parti démocratique sénégalais. Rufisque basculera vers l’Alliance pour la République née à quelques encablures de là.

Pour une fois, l’oncle Magor accélérera le processus d’adhésion à la nouvelle formation politique. Moment difficile ? Non, répond Abdourahmane Seck Homère. « Naturel ». Mais important : Homère faisait un pas en sens inverse, en allant vers sa fille dont l’époux connaissait quelques difficultés, lui fervent adepte de l’équité. On ne comprendra jamais que le père a pris le dessus sur le beau-fils. Madame Sall l’accueille avec une 4 X 4 Touareg toutes options, lui qui  venait de démissionner de son poste de Président du Conseil d’administration de la Saed avec effet immédiat, c’est-à-dire remise du logement de fonction et du véhicule 607 attaché à la fonction. La manifestation de solidarité a surtout eu lieu au moment où le nom de Macky Sall avait été lié à un présumé blanchiment de plusieurs milliards et que l’homme avait été inquiété en ces heures-là. Avec son véhicule de fonction, Abdourahmane Seck Homère se gare devant le domicile du couple boulevard Roosvelt et est tout étonné de trouver le mis en cause en pleine séance de foot-ball avec son fils, dans la cour. Homère interpelle sa fille : comment Macky pouvait-t-il être tranquillement en jeu alors que son avenir était justement en jeu avec les députés réunis en séance pour le destituer ?

Une fois sa destitution annoncée et alors que ceux d’en face voulaient l’expulser, Macky Sall quitte le logement du boulevard Roosvelt pour aller louer un logement à Fann Résidence, avec toujours à ses côtés Abdourahamane Seck Homère. De là, l’actuel président de la République démissionne de tous ses postes électifs ; l’expression est restée dans l’histoire : « J’ai tout donné et m’en remets à Dieu », rapporte Homère.

Lui-même connaîtra les harcèlements nés de son engagement politique : il fera l’objet d’inspections et même de convocation à la Direction des Investigations criminelles (Dic). La première fois, c’est au tout début de son adhésion à la formation politique du Professeur lba Der Thiam. Vice-président de la Fédération d’Athlétisme, Abdourahmane Seck Homère, régional de l’Urbanisme de Diourbel, a représenté la discipline sportive à une conférence en Égypte. Il n’est pas sitôt parti qu’une inspection débarque à son service. Son assistante Yacine Tall sera d’une grande intelligence pour, avec l’adjoint Lamine Dieng, gérer cette visite de l’Inspection générale d’État pendant une semaine.

Ironie de l’histoire, l’inspecteur Abdel Kader Clédor Ndiaye qui mène les opérations est un ami de Iba Der Thiam ; ayant reçu du  service toutes les informations dont il avait besoin, il classera d’autant l’affaire que sa sœur Aminata Ndiaye Clédor, à Diourbel en ce moment, fera un témoignage éloquent en faveur de Abdourahmane Seck Homère.

La première visite de l’Ige dans les locaux de Homère se fera à Thiès, en 1977. Cette fois-ci, l’inspection est menée par le plus que redouté Vermont Gauchy, terreur, à l’époque, de tous les Directeurs de l’administration sénégalaise. Une semaine auparavant, en bon samaritain et comme avec Diouma Bâ à Saint-Louis, Homère s’était occupé d’un vieux qui lui avait exposé ses problèmes de vie pour lesquels il a agi au mieux de intérêts du requérant ; le vieux lui avait laissé une feuille remplie d’écritures coraniques et lui avait prédit la victoire sur tous ceux qui lui chercheraient des poux dans la tête. Gauchy savait mettre la pression: il s’en venait à 8 heures pour repartir à 10 h, …avant de revenir à midi pour s’en aller à 14 h 30, partait à 16 h pour revenir à 18 h. Le manège dura deux jours ; au troisième, Homère Seck retrouva le papier du vieux et l’opération coup de poing de Vermont Gauchy finit en eaux de boudin : l’inspecteur remit le dossier à un autre collègue, Djibril Maguette Seck, qui lui-même en fit autant à cause de la proximité des liens avec l’inspecté dont il était l’oncle, et le nouvel arrivant n’arriva jamais à Thiès avec le dossier.

Un troisième gros événement marque aussi Abdourahmane Seck Homère, l’investigation poussée dont il fut l’objet à Diourbel en 1994, au lendemain de la terrible journée du 16 février. À l’issue d’une rencontre politique tenue à Dakar par une coalition de formations politiques de l’opposition regroupées au sein de la Coordination des Forces démocratiques, une marche finit dans le sang avec de nombreux morts, principalement des forces de police ; la réaction de l’État fut des plus vigoureuses : perquisitions, arrestations. Abdourahmane Seck Homère reçut son lot. En réunion à Dakar pour des raisons de famille, il avait laissé le domicile de Diourbel à son fils Mansour Faye nouveau marié qui devait y passer quelques jours. C’est lui qui reçut les éléments de sécurité et de défense venus perquisitionner la maison…à la recherche d’armes. Ils n’en trouvèrent pas dans la maison et se dirigeaient vers la bergerie de Madame Oumy Diallo quand le jeune Malick Seck les avertit de la présence de serpents dans les appentis ; circonspects, les agents se concertèrent et l’un d’entre eux, sentencieux, décréta que la vérité sortait de la bouche des enfants et que, conséquemment, les dires de Malick méritaient considération. Ainsi finit la mission qui ne retrouva jamais l’arme coincée entre deux matelas et dont Abdourahmane Seck Homère ne possédait pas le droit de port, encore moins de détention; il s’empressera de s’en acquitter. Homère sera quand même convoqué  à la Direction des Investigations criminelles pour interrogatoire : ses fils seraient membres du Dahira .Moustarchidine WaI Moustarchidate de Moustapha Sy et auraient pris une part active aux événements du 16 févier 1994. Nourris à la sauce tidiane dès leur bas âge avec, pour l’exemple, deux photos du vénéré Serigne Ababacar Sy qui bénissent les rencontres de Homère et de ses militants à la permanence, les enfants de l’interpellé étaient effectivement des Moustarchidines. Sauf que ceux-là, à Rufisque, étaient en semaine de compositions et réquisitionnés pour les besoins des études pendant les débordements de Dakar.

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