Littérature : Moïse En Terre Promise
Culture-Antonine Maillet, Danny Laferrière, David Diop, Mircea Eliade
Terre promise,
terre due




In Illo Tempore ?

Revient-on jamais chez soi ?
Cette interrogation philosophique de Grasset dans le résumé de présentation de l’ouvrage de Danny Laferrière, “L’énigme du Retour”, n’est pas gratuite quand l’une des inspirations, Giorgio De Chirico, ci-contre, est présenté comme le père de la peinture métaphysique.
C’est ce que semble affirmer Mircea Eliade, ci-haut, lorsqu’il étudie ce qui lui semble être la nature fondamentale de la réalité : son “Mythe de l’éternel retour” se penche sur la notion de réalité dans les sociétés dites primitives et archaïques ; même s’il se limite aux nations indo-européennes, le raisonnement circulaire pourrait accepter sa principale conclusion : “Il part du principe que dans ces sociétés un objet ou un geste n’est réel que parce qu’il répète une action effectuée in illo tempore, c’est-à-dire à une époque mythique, originelle. Il acquiert un sens parce que le rituel, qui fait référence à un archétype, le lui confère en le dotant d’une fonction ou d’une force sacrée. Seul ce qui est sacré est réel. “
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Remonter le temps, de l’Égypte ancienne à la Louisiane, c’est aller à la source, du Nil à la Plaine d’Abraham, aux eaux agitées du Saint-Laurent. La balade des écorchés vifs est la recherche de la terre promise, avec Moïse enfin, et non plus Aaron. Antonine Maillet et sa Sagouine dans les années 70 avec la Révolution tranquille au Québec, bien longtemps avant donc Daniel Laferrière qui reçoit en 2009 le prix Medicis pour son livre “L’énigme du Retour” et récemment David Diop déjà Goncourt des lycées en 2018 et dans la présente présélection (“Où s’adosse le ciel”) nous entrainent dans la longue recherche de soi, dans cet éternel retour vers un futur qui appartient en fait au passé et qui nous envahit à intervalles plus ou moins réguliers. Un retour qui est au fond un départ, le point d’entame semblant dans la réalité un endroit déjà habité.
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L’énigme du retour
Dany Laferrière
02/09/2009
“L’Enigme du retour” (référence au livre de V.S. Naipaul, “L’Enigme de l’arrivée“, mais aussi au tableau de Giorgio De Chirico portant le même titre) est le grand roman de la maturité de Dany Laferrière. On y retrouve son personnage de l’écrivain qui ne fait apparemment rien que prendre des bains dans son appartement à Montréal. Un matin, on lui téléphone : son père vient de mourir. Son père qui, dans un parallèle saisissant, avait été exilé d’Haïti par le dictateur Papa Doc, comme le narrateur, des années plus tard, l’avait été par son fils, le non moins dictatorial Bébé Doc. C’est l’occasion pour le narrateur d’un voyage initiatique à rebours. Le narrateur part d’abord vers le Nord, comme s’il voulait paradoxalement fuir son passé, puis gagne Haïti pour les funérailles de son père. Accompagné d’un neveu – qui porte le même nom que lui –, il parcourt son île natale dans un périple doux et grave, rêveur et plein de charme, qui le mène sur les traces de son passé, de ses origines. Mais revient-on jamais chez soi ? Un roman d’une facture extrêmement originale : il est en vers libres, d’une lecture très fluide, rythmée et toute en séduction.
Grasset© 2025
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David Diop est sans ambiguïté et refuse une Palestine exsangue, vidée de ses fils et sa culture, sous l’œil
complice d’une communauté sans morale, elle à sa propre recherche.
Avec “Pélagie la charrette”, Antonine Maillet rassemble ses fils éparpillés le long des côtes Est américaines
pour les ramener enfin “chez nous“, dans un Canada des “Nègres blancs” de Pierre Vallière. Ironiquement, Laferrière et les siens trouvent leur nid au Canada, terre d’Haïti de Mathieu Dacosta, premier habitant, au député indépendantiste Jean Alfred du parti québécois de René Lévesque…
Avec la Révolution des Patriotes en 1869-1870 au Manitoba, lord Durham avait lancé la politique de minorisation massive des Canadiens francophones par une immigration massive d’Anglophones ; parallèlement, comme avec le massacre actuel en terre de Judée-Samarie, un phénomène de déportation massive a semé du Canadien français sur toute la côte. C’est ce retour que raconte Antonine Maillet. Viola Léger qui raconte la Sagouine est immortelle. “La déportation des Acadiens est l’expropriation massive et la déportation des Acadiens, peuple francophone d’Amérique du Nord, entre 1755 et 1763… Des 18.000 habitants de l’Acadie, plus de 12 000 sont déportés, et parmi ceux-ci environ 8.000 meurent avant d’arriver à destination à cause des épidémies”, disent les écritures.
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Antonine Maillet
EAN : 9782246082040
322 pages
Grasset (06/11/2002)
Résumé :
Chassée par les Anglais en 1755, une veuve, devenue esclave en Géorgie, décide de revenir
en Acadie avec ses enfants. Rejointe par d’autres exilés, son odyssée de toutes les amours, de tous les dangers, durera dix ans. De Charleston à Baltimore, en passant par les marais de Salem, Pélagie et son peuple croiseront les Iroquois, connaîtront la guerre d’Indépendance américaine, souffriront la haine des protestants de Boston et un hiver rigoureux avant de regagner leur Terre promise. On ne sait ce qu’il faut admirer le plus de cette épopée : la langue d’Antonine Maillet, ce français ou l’héroïsme d’une femme incarnant le courage de nos lointains cousins. Une certitude cependant : par son humour, sa ferveur, Pélagie-la-Charette est un chef-d’œuvre à rire et à pleurer.
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Remonter le temps, c’est finalement revenir sur une aire culturelle déjà occupée : la Louisiane est une vieille
civilisation française dans un océan anglophone ; David Diop démontre que le muezzin noir Bilal aurait pu tout aussi bien rester, lui qui appelle sans cesse à la prière, et ceci cinq fois par jour. Et où mieux le faire qu’à la Kaaba même ? L’Inde de Mircea Eliade rappelle bizarrement les Dravidiens qui parlent Ouoloff que le président Senghor avait fait étudier en invitant le professeur Upadhyaya.
Vovo Bomby s’y était intéressé il y a trois ans ces mêmes colonnes : ” Reprenons le Pr Upadhyaya alors pour
essayer d’asseoir cette assertion qui apparaît dans les affinités qui s’apparentent à ce qu’on appelle des «
emprunts » mais qui sont propres et partagés par une communauté, même séparée par les siècles.
Mort le 17 juillet 2020. Senghor s’en était épris : il avait établi une parenté linguistique entre le Wolof et le
Dravidien”. Cf. Upadhyaya, Uliyar P., Upadhyaya, Sushee : Affinités ethno-linguistiques entre les dravidiens et
les négro-africains
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À la fin du XIXe siècle, Bilal Seck achève un pèlerinage à La Mecque et s’apprête à rentrer à Saint-Louis du Sénégal. Une épidémie de choléra décime alors la région, mais Bilal en
réchappe, sous le regard incrédule d’un médecin français qui cherche à percer les secrets de son immunité. En pure perte. Déjà, Bilal est ailleurs, porté par une autre histoire, celle qu’il ne cesse de psalmodier, un mythe immense, demeuré intact en lui, transmis par la grande chaîne de la parole qui le relie à ses ancêtres. Une odyssée qui fut celle du peuple égyptien, alors sous le joug des Ptolémées, conduite par Ounifer, grand prêtre d’Osiris qui caressait le rêve de rendre leur liberté aux siens, les menant vers l’ouest à travers les déserts, jusqu’à une terre promise, un bel horizon, là où s’adosse le ciel… Ce chemin, Bilal l’emprunte à son tour, vers son pays natal, en passant par Djenné, la cité rouge, où vint buter un temps le voyage d’Ounifer et de son peuple. De l’Égypte ancienne au Sénégal, David Diop signe un roman magistral sur un homme parti à la reconquête de ses origines et des sources immémoriales
de sa parole.
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Quote-Unquote
Le « futur » des écrivains
sera « métis » ou ne sera pas…
La Louisiane – pour parler d’elle- a été profondément marquée par la culture cajun dont les racines sont
acadiennes et donc canadiennes…
Les cultures sont « mêlées » et le Canada est « arrivé » en Louisiane par sa culture au long du Mississippi qui « coule toujours »…
Les premiers français sont arrivés en Louisiane au début du 18ème siècle, avec leur culture et leur passé…
La littérature « produite » par ce « territoire devenu américain » porte toujours les « empreintes de l’eau et de l’autre »…
Les empreintes du Mississipi, territoire de l’eau et de l’autre…
La Louisiane est un aboutissement mais elle a été pour l’écrivain mauricien Malcom de Chazal un « départ »
vers l’océan indien voire une « renaissance »…
Malcom de Chazal, écrivain prodigieux révélé en France par André Breton, est un ingénieur formé à Bâton
rouge en Louisiane…
Louisiane : carrefour de tous les rêves ?
Le passé, le présent et le futur sont traités par les philosophes pour inspirer les écrivains et remettre entre leurs mains des « clés universelles » pour ne pas écrire des « cœurs universels »…
France, Canada, Amérique : un chemin a été tracé par de nombreux écrivains issus des «trois cultures » , le « chemin du métissage »….
Le « futur » des écrivains qui comme le « passé » est infini, sera « métis » ou ne sera pas…
Littérature : les Métis parlent…
Hier, aujourd’hui, demain…
Passé, présent, futur…
