Littérature : Alassane Koumé, l’audace des mots
Jeunesse et littérature : Une passion qui fédère
Alassane Koumé, un jeune écrivain à la conquête des lecteurs
Président de l’Association pour la Promotion du Livre et de la Lecture (PLL), qui rassemble plus d’une centaine de jeunes auteurs, d’écrivains confirmés et de passionnés du livre, Alassane Koumé incarne une jeunesse sénégalaise audacieuse, engagée et amoureuse des mots. Médiateur culturel bilingue, auteur du recueil “Un éternel optimiste”, il œuvre à redonner au livre sa place dans la société à travers des initiatives fédératrices comme la Cérémonie de Dédicace collective.
Rencontre avec un écrivain-militant qui croit que la lecture peut transformer une nation.
Entretien dirigé par
Cherifa Sadany Ibou-Daba SOW,
Cheffe du Desk Culture




Comment définiriez-vous la PLL et quelles sont ses principales missions ?
La PLL est née en 2023, à partir d’un petit noyau d’auteurs décidés à promouvoir la lecture et la culture littéraire au Sénégal. Très vite, le mouvement a pris de l’ampleur. Notre mission est claire : ramener le livre dans le quotidien des Sénégalais, selon notre slogan. Nous menons des actions de médiation culturelle, d’organisation de rencontres littéraires, de cérémonies de dédicace et de sensibilisation à la lecture dans les écoles et les universités.
Vous étiez présents au premier Forum du Livre. Comment cela s’est-il concrétisé ?
Notre impact dans la chaîne du livre a été reconnu par la Direction du Livre et de la Lecture, qui nous a invités à participer à ce premier Forum national, conformément à la volonté du président de la République de fédérer toutes les structures du secteur. Ce fut une belle occasion de représenter la jeunesse littéraire sénégalaise autour du thème : “L’éducation par le livre pour une souveraineté éclairée”.
Vous avez eu le privilège de présenter une exposition au président de la République. Racontez-nous ce moment.
C’était un moment d’une intensité rare. J’ai eu l’honneur, au nom du Musée des Civilisations noires, d’assurer la médiation auprès du chef de l’État de l’exposition intitulée “Écrire et lire : hier, aujourd’hui et demain”, centrée sur les cahiers de l’école William Ponty. En quelques minutes, j’ai pu lui exposer la portée historique et symbolique de cette institution, véritable matrice intellectuelle du Sénégal moderne. Pour un jeune écrivain, c’était une expérience à la fois émouvante et responsabilisante.
Quel était le message principal de cette exposition ?
Il s’agissait de rappeler le rôle fondamental que l’écriture et la lecture ont joué dans la construction du Sénégal. L’école William Ponty a formé plus de 746 élèves dont plusieurs sont devenus des dirigeants, ministres, professeurs, médecins ou hommes de lettres. C’était une manière d’honorer ces bâtisseurs et de souligner que la connaissance reste le socle de toute gouvernance éclairée.
Comment évaluez-vous la réussite de la 2e Cérémonie de Dédicace Collective ?
Un vrai succès ! Cette édition a permis de rassembler toute la chaîne du livre : auteurs, éditeurs, critiques, journalistes et lecteurs. Quatorze auteurs, venus d’horizons variés, ont pu présenter leurs ouvrages et échanger avec le public. Ce fut un moment d’émulation, de partage et de célébration du livre sous toutes ses formes.
Qu’est-ce qui, selon vous, a contribué à ce succès ?
Avant tout, la solidarité. Chaque membre de la PLL a contribué selon ses moyens. Nous avons également bénéficié du soutien précieux de plusieurs maisons d’édition : L’Harmattan Sénégal, Baobab Éditions, Ganndal Afrik et Edisal, Al Faruq , le Centre des Jeunes Yaakaar de Guédiawaye. Chacune a apporté sa pierre à l’édifice, qu’il s’agisse d’une salle, de livres ou d’un appui financier. Cette synergie a fait toute la différence.
Et quelles ont été les principales difficultés rencontrées ?
Comme beaucoup d’associations culturelles, nous faisons face à des défis financiers et logistiques. Nous comptons essentiellement sur les contributions de nos membres et quelques partenaires. Nous espérons que le ministère de la Culture accordera, à l’avenir, un budget annuel à ce type d’initiatives, car elles participent directement à la démocratisation du livre et à la valorisation des auteurs locaux.
Quel a été l’impact concret de cette édition sur les auteurs et le public ?
L’impact a été considérable. Les auteurs ont pu mieux communiquer sur leurs ouvrages et échanger avec leurs lecteurs. Cette visibilité a aussi créé des vocations : plusieurs jeunes ont exprimé le désir d’écrire à leur tour. C’est exactement cela que nous recherchons : faire naître des lecteurs et, pourquoi pas, des écrivains.
Avez-vous constaté une évolution par rapport à la première édition ?
Oui, sans aucun doute. Lors de la première édition, nous avions deux maisons d’édition partenaires. Cette année, elles étaient quatre, et nous avons élargi notre public aux écoles de formation comme HEMI et ESCOA. L’engouement grandit d’année en année, et cela nous conforte dans notre mission.
En quoi cette initiative s’inscrit-elle dans la vision de la PLL ?
Elle s’inscrit pleinement dans notre philosophie : Faire revenir le livre dans notre quotidien. Nous voulons rapprocher le livre des jeunes, y compris dans les zones reculées du pays. La lecture ne doit pas être un luxe, mais une habitude culturelle. Et nos auteurs, majoritairement sénégalais, sont les ambassadeurs de cette vision.
Comment les institutions pourraient-elles mieux vous accompagner ?
En soutenant concrètement la production et la diffusion du livre. L’accès au livre devient de plus en plus coûteux, et beaucoup d’auteurs peinent à financer leurs publications. Un partenariat durable entre l’État, le privé et les acteurs du livre permettrait d’élargir l’accès à la lecture et de stimuler la création littéraire nationale.
Et côté médias ?
Nous avons fait de gros efforts pour renforcer notre visibilité numérique à travers nos pages Facebook, Instagram et WhatsApp. Mais nous restons ouverts à toute collaboration médiatique. Je tiens d’ailleurs à remercier Mme Sylvie Faye (Rewmi TV) et M. Thierno Kane (Leral TV) pour leur précieux accompagnement. Grâce à eux, nos activités ont trouvé un écho auprès du grand public.
Quelles innovations pour la troisième édition ?
Nous voulons aller encore plus loin, impliquer davantage les régions, renforcer notre organisation et créer des ponts dans la sous-région. La 3ᵉ édition pourrait même se tenir hors de Dakar, voire au-delà des frontières. Notre objectif reste inchangé : bâtir une communauté littéraire soudée et accessible à tous.
Un dernier mot pour conclure ?
Un mot de gratitude. Merci à tous ceux qui croient en la PLL, à nos partenaires, aux auteurs et aux membres de nos commissions, en particulier Mouhamadou Moustapha Diao et Wada Gueye, piliers de cette aventure. Et surtout, merci à tous les lecteurs : c’est pour eux que nous écrivons.
Note de lecture – Un éternel optimiste
Dans “Un éternel optimiste”, Alassane Koumé livre un recueil vibrant, entre introspection et lumière. Sa poésie, à la fois douce et puissante, célèbre la vie, l’amour, la foi et la résilience. Chaque vers est une respiration, une invitation à croire en demain. Un livre à lire comme on respire un vent d’espoir.
