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Listes parallèles: Le mal-vivre des « candidables » locaux De notre correspondant à Matam, Habib KA, Thilogne

Le peuple souverain se prononcera le 23 janvier 2023 pour élire 554 maires de communes et 46 présidents de conseils départementaux. Keur Massar est le 46ème département avec ses deux communes : Malika et Keur Massar Nord.

Le président de l’Alliance Pour la République (APR), président de Benno Bokk Yakaar (BBY) est formel : les candidats de son camp à un fauteuil de maire ou de président de conseil départemental doivent s’en remettre obligatoirement à son choix. Il en a toujours été ainsi, rappela-t-il et l’Apr et le BBY s’en étaient toujours sortis mieux avec des résultats très honorables. Pour souci d’efficacité, il ne voudrait donc, d’une façon ou d’une autre, que des militants issus des rangs de la mouvance présidentielle enfreignent cette loi non dite, sous prétexte de vouloir prendre en considération leurs intérêts propres. Mais lui-même enfreint la loi.

Macky Sall vise en réalité à circonscrire l’éventail des choix des électeurs de sorte à éviter l’éparpillement des voix, ce profiterait, sans nul doute, aux listes issues de l’opposition. Celle-ci même est condamnée à présenter de larges alliances possibles si elle veut éviter la déroute, bénéficier du vote sanction des frustrés recalés des choix cornéliens de Macky Sall et remporter de grandes communes notamment.

Ce fait est inhérent au mode de gestion atypique de l’APR : Macky Sall, en effet, n’a jamais voulu structurer, organiser, hiérarchiser son parti, préférant sciemment en faire une armée mexicaine où seul un coordonnateur départemental, désigné, concentre entre ses mains toute l’autorité du parti, les autres, relégués au second plan, banalisés, confinés à une gestion assez restreinte de leur base, sans pouvoir, sans moyens.

C’est que, contrairement à l’élection présidentielle où les leaders peuvent faire table rase de leurs querelles internes pour faire l’unanimité autour du président-candidat, les communales, elles, sont un rendez-vous des “mairables” avec le peuple de la Cité. Des candidats donc qui brûlent d’envie de vivre personnellement cette merveilleuse aventure, unique en son genre, avec ses émotions, ses passions ainsi que la mobilisation des grandes foules des grands jours pour choisir un des leurs, comme premier élu de la ville.

Si l’expression de la démocratie guide les intentions du président de la République, il laisserait le choix libre à ses partisans de rivaliser, de se présenter, de proposer un programme, décliner leurs intentions pour la cité ; les électeurs choisiront alors celui ou celle qu’ils estiment les avoir convaincus.

Nombreux sont en effet dans l’APR les prétendants sérieux au fauteuil de maire ; chaque commune en compte au moins trois à quatre ou plus. Étouffer les initiatives de ceux-ci est une entrave aux principes de la démocratie

De toutes les façons, les listes que le président Macky Sall confectionnera seront plus ses jugements personnels sur des candidats en course pour les investitures que ceux des électeurs. Tout choix fait par lui invalide, du coup, les candidatures des autres potentiels prétendants.

Les indiscrétions de Macky Sall

Sur le terrain, Macky Sall est le premier à émettre des indiscrétions quant aux choix des candidats à la tête des communes, le premier aussi à enfreindre le pacte du silence et le droit de réserve dans ses choix

N’est-ce pas lui qui a activé la rivalité entre le nouveau ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Abdoulaye Saydou Sow, avec une des dents longue du PS, son porte-parole, Abdoulaye Wilane, obligeant ce dernier à se contorsionner, à jouer sur tous les registres, pour sauver les meubles ? Sauf cas de force majeur, le lion du Ndoucoumane perdra son fauteuil de maire qu’il chérit de tous ses yeux.

Le ministre de la Santé et de l’Action sociale (MSAS), Abdoulaye Diouf Sarr, maire de Yoff se considère déjà comme naturel et le futur maire de Dakar, appuyé en cela par la chefferie de la collectivité lébou ; Mbaye Ndiaye, coordonnateur des structures de l’APR, lui apporte publiquement son soutien, tirant à la culotte Amadou Bâ, l’ex-ministre des Affaires étrangères, non content de lui faire subir toutes sortes d’humiliations à chaque grand rassemblement des militants APR aux Parcelles assainies.
Macky Sall était le premier à recadrer les militants qui liaient le nom de l’ex-ministre des Affaires étrangères à “patron de Dakar” ; si le président Macky Sall réfutait très vite le patronat de Dakar à Amadou Bâ, Abdoulaye Diouf Sarr, méritait aussi d’être recadrer. Diouf Sarr non d’être rappelé à l’ordre, arbore déjà fièrement la toge et le couvre-chef de Grand Serigne.

À Tambacounda, des responsables de la coalition présidentielle s’étaient réunis en conclave pour désigner maître Sidiki Kaba, ministre des Forces armées, comme candidat pour les élections locales à la municipalité de Tambacounda.

D’autres militants, d’autres localités pourraient s’inspirer de ceux de Tambacounda, l’appliquer dans leur localité pour mettre le président Macky Sall devant le fait accompli.

N’est-ce pas une voie de contournement pour se réapproprier le choix du président de l’APR et des électeurs de la commune, pour désigner un d’entre eux et faire barrage aux autres, quant aux postes de conseillers municipaux ?

L’esprit manœuvrier politicien s’adapte à tout et vide, à travers ruses et astuces, le suffrage universel direct, un pas en avant dans le mode de choix des maires, à un retour à la case de départ.

Cette coalition autour de Maître Sidiki Kaba n’a fait, ni plus ni moins, qu’élire le maire avant l’heure par des conseillers municipaux, eux-mêmes élus avant l’heure, selon l’ancienne formule. Sur ces agissements, silence de cathédrale de Macky Sall.

Par effets induits, tous les maires en place se considèrent naturellement comme devant rempiler. Dès lors, ils s’empressent de déclarer leur candidature, faisant fi de l’appréciation que les citoyens pourraient faire de leur de gestion passée.

Or, reconduire systématiquement tous ces édiles exposerait l’APR et BBY a des pertes considérables de fauteuils car les gestions locales des collectivités territoriales, de quel que bord d’ailleurs que se situe le premier magistrat de la ville, est souvent catastrophique.

Les maires, la plupart d’entre eux précisément, excellent dans la spoliation des réserves foncières et la gestion non transparente des ressources municipales. Certains risquent, par la sanction des urnes d’être rattrapés pour gestion douteuse, même s’ils portent la croix du président Macky Sall.

Certains sont contestés tout le cours de leur mandat, parce qu’imposés par Macky Sall en juin 2014, même s’ils n’avaient pas le profil à l’emploi. Reconduirait-il sept ans et six mois après la même équipe avec tous ses défauts, ses actes délictuels passés sous silence ?

Il reste les plus prudents, les disciplinés. Ceux qui observent le président dans sa logique, sa démarche et une fois le verdict présidentiel annoncé, n’hésiteront pas, quelles qu’en soient les sanctions ou menaces faites, de se mettre en rébellion contre la décision de leur président pour déposer officiellement leur candidature.

Peu importe ce que cela leur coûtera. Pour ceux-là, demander le suffrage direct des populations, sans l’onction du président, est un acquis indéniable de la démocratie.

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