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L’essentiel: Le respect du calendrier électoral De notre correspondant à Matam, Habib KÂ, Thilogne

Que dire de cette tournée au cours de laquelle le président de la République a constaté de visu que tout n’est pas nickel, contrairement aux nouvelles que lui distillaient ses représentants locaux, les services de renseignements aussi, certainement.

Le discours guerrier, triomphaliste, poings fermés, bras haut levés qu’on connaissait au président de la République a cédé le pas à des propos modérés.

Une langue de bois sur les élections communales et départementales, signes de tensions mal gérées entre tendances du parti présidentiel d’une part, et le parti de l’Alliance pour la République (APR) et l’alliance Benno Bokk Yaakaar (BBY) d’autre part, mais aussi et surtout la mouture de l’hypothétique 3ème candidature qui, très controversée, fait monter l’adrénaline.

Ils ont fini de plier le drapeau du 3ème mandat sous l’aisselle, s’accommodant tant bien que mal des pierres à poser, des daras modernes, centres de santé, ponts et autres à inaugurer.

Et pourtant, une situation juridictionnelle, d’importance capitale, est là, présente et ne suscite aucun intérêt d’urgence pour les mouvanciers que les engagés du Dialogue national et du Dialogue politique.

L’opposition peine encore à porter à l’attention du peuple sénégalais les positions consensuelles, définitivement scellées et son imprégnance pour leur validation par un vote à l’Assemblée nationale.

Il s’agit d’une nouvelle loi, très progressiste, une loi consacrant le mode du scrutin des municipales et départementales aux suffrages universels directs. Comme pour le président de la République, l’élection d’un maire d’une commune, ce sera un rendez-vous entre l’homme et sa collectivité territoriale. Plus d’élections sur la base de listes de conseillers qui après auront la charge de faire de l’un d’eux, le premier, leur maire. Le risque était gros, avec l’ancienne formule, de voir des élus locaux corruptibles par celui qui, sans assise électorale, sans compétences avérées, sans attaches affectives avec le milieu, met le plus sur la table pour acheter la conscience de ses pairs conseillers municipaux.

Cette proposition, révolutionnaire donc, devait faire partie des objectifs immédiats de la classe politique sénégalaise pour finaliser ce projet.

Même si l’opposition avait manifesté des signes de grincement de dents, à l’annonce d’un décret présidentiel fixant les Municipales au 23 janvier 2022, aujourd’hui, elle est passée carrément à côté de la plaque.

L’essentiel, dans ce bras de fer contre le pouvoir, c’est le respect du calendrier républicain pour que les municipales et départementales se tiennent à date échue, le 23 janvier 2022, la Présidentielle, un jour de février 2024 et les Législatives à équidistance des deux en 2023.

Quand il s’agit des nouvelles modifications de lois, comme celles qui viennent de se dérouler tristement à l’Assemblée nationale, l’opposition et le pouvoir sont prompts à dégainer leur ire dans l’hémicycle, sur les aires des télévisions. Pire : ils ne se gênent guère de transformer ces hauts lieux en ring pour des parties de xaxar, de pugilat, si tant est que la discorde semble apporter de la valeur ajoutée aux partis, aux mouvements, aux alliances.

Lieux prédisposés à abriter des joutes oratoires, susciter des débats contradictoires de haute facture, lieux donc d’excellence, de persuasion, de dialogue, d’échange, de consensus.

Lieux aussi de prise en compte des opinions plurielles, de consolidation d’une véritable expression de la démocratie et de préservation des fondamentaux des droits civiques.

Les citoyens lamda y ont assisté à tout le contraire, quand bien même ils seraient les principales victimes d’une loi injuste, personnelle, scélérate.

Les protagonistes jouent aux amplificateurs de la pomme de discorde. Ceux de la majorité présidentielle cultivent la peur des djihadistes et des réseaux terroristes, actifs comme dormants. Qui plus que Cheikh Tidiane Gadio, inamovible ministre des Affaires étrangères sous l’ère du président Abdoulaye Wade, peut porter l’alerte au niveau 5, quand il déclare lors de ce débat très mouvementé que les réseaux terroristes sont bien présents “dans” les portes du Sénégal ? L’opposition sénégalaise, quant à elle, dénonce que pire que l’article 80, le pouvoir cherche à qualifier les manifestations publiques, les actes de vandalisme et tout ce qui est trouble à l’ordre public, ou assimilable comme tel d’acte de terrorisme et, par suite, les indélicats sont passibles de lourdes peines y relatives.

Et les Sénégalais, dans l’attentisme, assistent, indifférents, les partis jouer aux amplificateurs de voix, à une guerre de dénigrement, de critique, de justifications, de raisonnements savants pour que la loi sur la criminalisation des manifestations publiques passe en force ou soit attaquée en appel pour annulation.

Ce qui est constant, de part et d’autre, c’est que les stigmates des événements du début du mois de mars dernier laissent encore des frissons traumatisants à la coalition au pouvoir, qui craint une probable seconde vague. Une vague plus menaçante, pour les gens du pouvoir, que la déferlante de la pandémie Covid-19 dont tous les Sénégalais ont vu le relâchement des mesures préventives contre la pandémie, au sein même de la délégation et de l’entourage présidentiel, lors de la tournée économique du chef de l’État Macky Sall dans le centre et le nord-est et centre du Sénégal.

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