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L’emploi des jeunes, un problème toujours dans les tiroirs: La solution se trouve-t-elle dans la botte de foin ? Entretien dirigé par Chérifa Sadany Sow

Au Sénégal, on a un problème par rapport à l’insertion parce que dès le départ il y a un pilotage aveugle

Papa Amadou Mbodj, président de l’office des petites entreprises émergentes du Sénégal, est persuadé que si la création de l’emploi des jeunes estsénégalisée, la persistance de certains problèmes s’estomperont.  La volonté politique ne suffit pas, il faut (…)

Pourquoi est-il difficile de régler le problème de l’insertion des jeunes ?

Amadou Mbodj : Au Sénégal, les jeunes ne sont pas bien adaptés aux réalités sociales économiques aujourd’hui, bien qu’ils aient des écoles de formation ; mais est-ce que c’est la demande ? Je pense il y a un problème de communication et un problème d’accès aux formations adaptées aux demandes.

Quelle est la responsabilité des jeunes sur le problème de l’emploi ?

Amadou Mbodj : La responsabilité des jeunes par rapport à l’emploi ? A vrai dire, les jeunes sont perdus et ils ne savent pas où se mettre. Avant l’emploi, il y’a la formation mais avec un mauvais choix des formations par rapport à la demande, la responsabilité par rapport à l’emploi reste mitigée. Aussi, il y a toujours des problèmes parce que c’est simple : l’Etat n’a pas sénégalisé l’emploi des jeunes, leur insertion pose problème ; d’abord où les insérer, dans quels lieux ?

L’État doit localiser les lieux d’insertion, créer des métiers autour de ces lieux pour créer de l’emploi adapté à ce secteur mais je pense qu’au Sénégal, on a un problème par rapport à l’insertion parce que dès le départ il y a un pilotage aveugle.

Pilotage aveugle ? Que voulez-vous dire par là ?

Amadou Mbodj : Pilotage aveugle ? Ils ne savent par où commencer : l’emploi des jeunes, c’est la formation, la création d’entreprises et le financement. Ce sont ces trois facteurs qu’on doit proposer.

La formation est pourtant accessible ;  est-ce que le problème n’est pas ailleurs ?

Amadou Mbodj : Les secteurs de l’Agriculture, de l’Environnement et de la Santé sont les secteurs qui peuvent créer des emplois. Je vous donne un exemple : quand, dans un pays, on n’arrive plus à devenir au Sénégal premier pays exportateur de gombo, de tomate etc….. Exemple : on prend des terres, on prend des salariés en partenariat et les jeunes auront tous les avantages comme les autres fonctionnaires ;  on pourra créer plusieurs emplois. Il faut motiver les jeunes. Pour la formation des jeunes, il faut essayer de la rendre communautaire : dans chaque commune, on doit mettre une école de formation.

Sont-ils, les jeunes, suffisamment préparés à la formation avant leur entrée dans le milieu professionnel ?

Amadou Mbodj : D’abord, il faut changer le programme : il faudra mettre dans le programme des écoles les cours des métiers à partir de Cm2 ; c’est le fondement de la réussite aujourd’hui ; si sur les demandes il n’y a assez de formations, cela va être un échec.

Est-il nécessaire de revisiter la formation des jeunes dans la manière de confronter le monde du travail ?

Amadou Mbodj: La formation pose problème mais d’abord quelles sont les demandes ? Aujourd’hui, il faut changer la méthode de la formation : on ne peut pas changer la procédure si on ne change pas les demandes sociales, tous les marchés que l’État doit faire ; le développement, c’est d’abord local, communautaire. Cela doit sortir de la base ;  mais le problème, c’est que les solutions viennent d’en haut et descendent alors que les solutions doivent monter de la base pour partir en haut. D’abord,  la formation doit changer pour créer des emplois en se focalisant sur les demandes quotidiennes des Sénégalais.

Êtes-vous d’accord que le problème de l’emploi est un enjeu de sécurité nationale ?

Amadou Mbodj : Le problème de l’emploi, c’est un problème crucial car, au Sénégal, nous avons un problème de revenus. Je pense aux agressions, l’émigration clandestine, etc. Tous ces problèmes-là sont causés parce qu’il y a un problème d’emplois donc la sécurité est menacée de l’intérieur ; c’est pour cela qu’on doit organiser des assises dans ces métiers mais pas comme les autres assises. Les assises de l’emploi doivent être d’abord locales,  de la commune.

Que faut-il pour solutionner le problème de l’insertion afin d’avoir une véritable politique d’emploi ?

 Amadou Mbodj : Une politique, c’est une vision. Un Etat qui n’a pas une politique d’emploi aura autant de problèmes ; c’est pour cela qu’il faut d’abord analyser au Sénégal les deux secteurs : ceux des riches et des pauvres. Ces secteurs qui sont les zones intermédiaires doivent être gérés par les Pme-Pmi et TPE (toute petite entreprise) ;  aujourd’hui, il faut aider à subventionner les Pme-Pmi et TPE pour la création d’emplois d’abord, essayer de les aider par rapport au fisc. La création d’entreprise doit être gratuite et faciliter le financement des jeunes ; les financements ne doivent pas être politiques, et aussi faciliter la formation, arrêter la communication institutionnelle et de descendre sur le terrain parler avec la grande masse.

Comment analysez-vous la procédure de recrutements et aussi la quête de l’emploi ?

Amadou Mbodj : La procédure de recrutement est obsolète depuis l’Indépendance ; il faut donc faire la promotion de l’emploi des jeunes. Je n’aime pas le mot insertion. J’aimerais qu’on leur permette à ces jeunes de se lancer dans la création de leurs propres emplois.

Beaucoup de jeunes ne savent pas se comporter en entretien et surtout ne savent pas gérer leur emploi. Qu’est-ce qui l’explique aussi ?

Amadou Mbodj : Les jeunes ne savent pas se comporter parce que, pour eux, après la formation c’est le boulot, même avant le stage. Vous devez bien faire l’entretien, donc il doit faire partie de la formation pour mieux préparer l’étudiant. Aussi, la gestion de l’emploi c’est par rapport à l’éducation de l’enfant et aussi à la responsabilité de l’étudiant.

Sur qui tirez-vous la grande faute entre l’Etat, les formateurs et les jeunes ?

Amadou Mbodj : La faute est partagée mais l’Etat est grand responsable. La volonté politique seule ne suffit pas, il faut que les autorités tropicalisent l’employabilité pour éviter un échec dans le domaine de l’emploi des jeunes.

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