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Le « New Deal » : L’Afrique pour sauver la France   De notre correspondant en France, Séga Fall MBODJI

Pour relever la France et préparer sa Présidentielle de 2022, Macron propose un programme où l’Afrique ne retire que 5% des 650 milliards des Droits de tirage spéciaux retenus, alors que, pour l’Horizon 2025 qui est déjà là, il en faudrait dix fois plus au continent.

La crise de 1929 a mis les Etats-Unis dans une situation économique catastrophique : taux de chômage autour de 25%, recul net du PIB, situation financière précaire, ruine des millions d’épargnants et d’agriculteurs, etc. Le « New Deal » est un programme économique développé par Franklin Roosevelt pour contrecarrer les effets de la grande dépression due à la crise de 1929.

Aujourd’hui, ce concept de « New Deal » est repris par le président de la France Emmanuel Macron sous prétexte d’aider l’Afrique à relancer son économie post-Covid. Au contraire, la motivation de Macron qui se cache derrière cette fantaisie est de relever la France à terre à cause des effets néfastes de la pandémie Covid-19. Sans omettre l’approche à grand pas de l’élection présidentielle française prévue en 2022, Macron doit trouver un financement pour sa campagne électorale. L’Afrique est la solution à ce système d’équations macroniste.

Le mardi 18 mai dernier, Paris a accueilli le sommet sur le financement des économies africaines. Les chiffres clés évoqués lors de cette rencontre font état d’un appel au secours de la France avec un manque de respect notoire envers les pays africains. En effet, 18 sur 54 chefs d’Etat africains ont répondu présent à cet appel. Cela montre une baisse de popularité de plus en plus accentuée de la France et un sentiment anti-français plus partagé en Afrique. A l’aune des promesses égrenées, citons : « La France propose de faire profiter l’Afrique de droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international (FMI), des instruments de change qui permettent notamment de financer les importations ». Cette proposition définit de façon précise la dette africaine qui est simplement l’argent que les pays développés prêtent à l’Afrique pour qu’elle achète les produits fabriqués par ces pays développés.

L’Afrique n’est même pas libre de mettre l’argent là où elle voudrait. De plus, « Le FMI devrait décider en juin d’une émission massive de DTS de 650 milliards de dollars, dont 34 milliards pour l’Afrique (24 milliards pour l’Afrique subsaharienne) ». Des chefs d’Etat africains qui se font berner encore une fois : 650 Mds de DTS émis au nom de l’Afrique qui ne bénéficie que de 34 Mds, soit 5%. Et qui empoche les 616 Mds restants ? Sans nul doute, la France et ses acolytes. Paradoxalement, chaque année 88,6 milliards de dollars sortent frauduleusement de l’Afrique selon l’Organisation des Nations-Unies (ONU) qui va ensuite aller quémander des fonds de financement au FMI.

Macron n’est même pas cohérent sur ses chiffres : la France qui compte 60 millions d’habitants a un plan de relance de 100 milliards d’euros (121,8 Mds en dollars USD) alors qu’au même moment l’Afrique est financée à hauteur de 34 Mds de dollars pour 1,2 milliard d’habitants. Soyons sérieux. On rappelle que l’évaluation des besoins du continent africain à l’horizon 2025 estime une budgétisation d’environ 300 Mds de dollars, soit 10 fois plus que le financement du New Deal. D’ailleurs, la France fait partie des pays engagés via le programme d’Aide publique au Développement (APD) qui consiste à soutenir, avec au moins 0,7% de son Revenu national brut (RNB), les pays pauvres. Elle n’a jamais atteint ce seuil minimal de 0,7% alors qu’elle prétend aider.

L’endettement des pays africains est contrôlé et ne doit pas dépasser 70% de leur PIB. Cette règle ne repose absolument sur rien du tout. Prenons la dette publique de la France en pourcentage du PIB :

On voit très bien que depuis 1978, la dette publique de la France ne cesse de croître. Comparée à l’Afrique avec son seuil 70%, la France a franchi la barre des 75% de son PIB depuis 2009. Aujourd’hui, sa dette a dépassé 100% du PIB et devrait s’établir aux alentours de 118% en 2021. Donc cette limitation de dette imposée aux Etats africains n’est rien d’autre qu’une mascarade.

En définitive, il est inadmissible que la France prenne l’initiative de la réflexion, de l’action, de l’accompagnement de l’action et de l’expertise pour les Africains. La Françafrique est une nouvelle forme de colonisation pour faire de la France – à – fric grâce à la France-Afrique. L’Afrique francophone a tout sauf la volonté d’être autonome.

Séga Fall MBODJI,

Paris

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