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Le manque grave au devoir de reconnaissance au Sénégal: « L’ingrat » connaît-t-il la gratitude ? Chérifa Sadany Ibou Daba SOW

Véritable antivaleur, l’ingratitude devient un phénomène négatif qui s’impose au Sénégal. Certaines gens, sans aucune gêne, expriment leur ingratitude à ceux qui hier leur ont rendu d’énormes services. La situation est criante chez des « victimes » ․․․ Irritées, se confessant au Devoir.

Reportage !

Des noms d’emprunts. Nabou, Pape et Gorgy sont conduits aux déchirements par le manque de reconnaissance qu’ils ont vécu. Trouvé dans un atelier d’où il sue modestement, Gorgy narre une partie de son vécu.

« En 2002, alors que j’avais 13 ans, j’ai été confié à un entrepreneur par mes parents. Il m’apprenait un métier artisanal pendant 15 ans, c’est-à-dire jusqu’à ce que j’aie 28 ans. Nous étions une équipe jeune qui faisait presque tout le travail. Lui se chargeait juste de démarcher des partenaires. J’habitais chez lui certes mais en aucun moment, il ne me récompensait. Pendant les fêtes musulmanes, je me débrouillais auprès de mes amis pour pouvoir envoyer 10 milles franc à mon père. Pendant ce temps, il menait la belle vie et je négociais la compréhension de mes parents… » explique Gorgy.

Aîné de ses parents, Gorgy, très malade, revient sur l’ingratitude de son ex patron. « J’ai été diagnostiqué la maladie des nerfs. Lorsque je l’ai mis au courant, il a au début pensé que c’était de la triche. Mais lorsqu’il a vu que je souffrais énormément, il, l’entrepreneur, m’a demandé de rentrer chez mes parents pour me faire soigner. Je rappelle que j’ai été à son service dès l’âge de 13 ans. Mes ordonnances, analyses, en tout cas tous les frais médicaux, je me suis débrouillé avec l’aide de mes parents pour les acheter. Lui, n’a aucunement levé le petit doigt pour me soigner. Au contraire, il m’a renvoyé chez mes parents. Depuis, je suis devenu un débrouillard ».

L’ingratitude est aussi présente dans le mariage. C’est même l’une des causes occasionnant le divorce de Nabou. Femme forte, elle n’arrive pourtant pas à se débarrasser des vieux souvenirs torrides du manque de reconnaissance de son ex-époux.

« C’est gravé en ma mémoire. Je ne peux pas oublier les évènements que j’ai vécus chez mon ex-mari à qui j’ai donné ma dignité, mon temps, mon amour, mon énergie. 10 ans de mariage, 7 ans de galère, de courage, d’efforts et 3 ans de maltraitances. » dit-elle, dégoutée.

Nabou travaillait dur pour contribuer aux dépenses quotidiennes. Son époux n’étant pas en mesure de tout remplir, elle a voulu, en tant que femme au foyer digne, lui apporter son aide, quitte à abandonner son rêve : devenir médecin. « Je n’ai malheureusement pas eu le temps de suivre une formation en médecine. Après la naissance de mon aîné, la situation de mon ex était devenue catastrophique. Je ne pouvais donc pas, par manque de temps et d’argent, m’inscrire et continuer mes études. J’ai donc décidé de me lancer dans la vente de thé. Ça payait bien et surtout j’avais le temps de gérer les tâches ménagères avant de me mettre au travail, raconte-t-elle en poursuivant : « Lorsque la situation s’est décantée du côté de mon ex, il n’a pas hésité à me trouver des problèmes. J’étais devenue à ses yeux une femme dépendante, fainéante qui passait son temps à lui soutirer de l’argent avec comme prétexte les enfants. Il ne faisait rien pour moi. Même pour une consultation à l’hôpital, je devais me débrouiller », se confie-t-elle.

Le plus souvent, face à une telle situation, l’un des partenaires est soit remercié, soit il divorce, ne supportant pas les comportements dégradants du partenaire qui volontairement oublie les bienfaits de l’autre. Une chose est sûre : en couple, l’ingratitude taillade le cœur. En amitié, ça tond la confiance.

« En intégrant un ami dans l’entreprise dans laquelle je travaillais, je ne pensais pas accélérer ma démission. Méconnaissable, mon ami (un jour) s’était engagé à me détrôner de mon poste. Ce qu’il a bien réussi vu que j’ai démissionné ne pouvant plus supporter ses manigances et son hypocrisie. J’ai vraiment souffert. Quand je pense que j’ai remué ciel et terre pour qu’il soit embauché… Il y a certaine chose que je ne voudrais pas citer parce que je le faisais en tant que bon musulman ».

Qu’en est-il de votre amitié après que vous ayez démissionné de l’entreprise ?

« Il a continué à jouer l’hypocrisie. J’ai dû bloquer son numéro et je ne l’ai plus revu depuis la dernière fois que nous nous sommes croisés au mariage d’un ami en commun, il y a un an de cela » précise Pape, responsable communication.

Et dire que dans une citation, Louis XIV l’avait prédit : « Quand je donne une place, je fais un ingrat et cent mécontents »

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