GMT Pile à l'heure

La Ligne du Devoir

Le «jébelé» et le «laabaan», des pratiques mises aux oubliettes ?

Le Sénégal est très réputé par son attachement à la culture de la tradition. Les gens de cette société à majorité conservatrice, ont toujours démontré leur penchant envers les us et les coutumes traditionnelles. Parmi ces derniers, le « laabaan » et le « jébelé », deux pratiques les plus populaires, ont tendance à prononcer leur oraison funèbre de nos jours. Le délaissement de ces rituels autrefois voués à la sacralisation de la virginité des jeunes femmes, laissent croire à une perte de valeurs, notamment une déperdition dans la société sénégalaise. Ce sujet continue à faire couler de la salive et aujourd’hui va couler de l’encre sur votre capsule TAM-TAM.

Pendant des lustres, les traditions ont instauré en normes sociales, différentes pratiques coutumières au sein de notre société. Le « jébelé » et le « labaan » sont des pratiques bien ancrées dans nos quotidiens. Destinées à célébrer la sacralisation de la virginité des jeunes femmes fraîchement mariées, ces pratiques ont commencé à s’enliser dans les méandres de l’oubli.

Il fut un temps où pendant le mariage, au lendemain de la nuit nuptiale, la « badiane » (tante ou marraine) de la jeune fille se rue, au petit matin devant la chambre du couple marié pour réclamer « le drap ». Une requête qui faisait objet de vérification ; si oui ou non la jeune femme était vierge. Autrement, est-ce qu’elle s’est préservé jusqu’au mariage. Chose faîte, le lendemain, une fête sous fond de tambours et de tam-tams s’organise à l’honneur de la mariée qui a offert sa virginité jusqu’au mariage. Ce fut une manière, pour la jeune femme, d’honorer sa famille notamment, sa mère.

Ainsi, bon nombres parmi celles qui n’ont pas eu la patience et la sagesse de « se préserver », en restant pudique jusqu’au mariage ont été trahies par « le tissu symbolique de la pureté ». Que dire si la honte s’invite dans notre vie un bon jour ?

Cependant, le temps est révolu et les mentalités ont évoluées. Le souffle de modernité a fini par jeter un voile pudique à ces cérémonies qui accompagnaient la nuit nuptiale.

Si certains persistent à les pérenniser par respect aux valeurs ancestrales, d’autres, par contre, les renient catégoriquement, car disent-ils, « elles sont contraires aux valeurs islamiques. Car selon les préceptes de la religion musulmane, le mariage est sacré et doit conserver son caractère discret d’où la préservation de l’intimité du couple ».

Par conséquent, un choc des génération s’expose. Les familles conservatrices tiennent à pérenniser ces coutumes, d’autres, adeptes de la modernité sont aux antipodes de ces dernières.
De nos jours, les jeunes couples préfèrent passer leurs lunes de miel dans de chics hôtels. Loin des yeux, des bouches et des rituels mais plus proches du dédain des familles respectives; la modernité a t-il supplanté la tradition ?

Le paradoxe subsiste : parmi les jeunes filles, qui tournent « en dérision » cette pratique, bon nombre ont recours à des pratiques chirurgicales pour retrouver leur virginité.
Cette opération chirurgicale qui a permis à des jeunes filles « sevrées » d’hymen à la naissance de saigner lors de leur première nuit de noces, est de plus en plus usitée par des jeunes filles désireuses de gagner le respect et la confiance de leur époux. 200 000 F Cfa, c’est le prix à payer pour se reconstruire une virginité.

Une vue rétrospective nous permet de comprendre que la tradition africaine était bien valorisée, avec une approche fondée sur le respect de la femme, qui ne méritait guère d’être traitée en objet sexuel. Par conséquent, la virginité évitait une dépréciation de la valeur de la femme selon les sociologues.

Cependant, la problématique qui s’expose face à cette analyse et la suivante:
– Doit-on se restreindre au respect des valeurs conservatrices afin de préserver la sacralisation de la culture et des coutumes qui la composent,
– Ou alors adopter la modernité et s’ouvrir au monde, s’adapter et s’exposer aux risques de la déperdition des valeurs.

Roulements de tam-tam ! A vous de juger !!!

%d blogueurs aiment cette page :