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Le français sénégalais: Des mots déformés à la création d’expressions Khadidiatou GUEYE Fall

La langue du colonisateur déformée en Wolof, refus du néocolonialisme

Le français du citoyen lambda ne se compare avec le français administratif. Tel un refus d’un néocolonialisme, le Sénégalais parvient à imposer ses créations à la langue française. Des mots inexistants auparavant se trouvent désormais une place dans le dictionnaire. Au-delà de cette création, certains mots ou expressions français sont déformés puis insérés dans le dictionnaire Wolof.

Le Sénégal a été un territoire colonisé par la France. Pendant plusieurs années, il a été la capitale de l’AOF. Et à cette époque, les colonisateurs avaient malicieusement imposé la langue française pour communiquer à travers leurs documents administratifs. Ainsi, on assiste à une imposition de la langue du colonisateur.

Actuellement, le français est le socle de la communication au Sénégal : la constitution sénégalaise est rédigée en français, dans les écoles, la langue enseignée est le français, dans les administrations publiques ou privées, les documents sont écrits en français, dans les entreprises, les employés parlent français.

Outre ces prétextes d’utiliser cette langue, l’école coranique trouve l’impasse de contourner cette langue. Le constat s’oriente sur les cicatrices de la colonisation. Les autorités coloniales ont bien médité sur comment conquérir le continent africain quand ils ont commencé par faire aimer leur langue avant de nous l’imposer dans notre vie. Ceci fait que le français est une langue incontournable dans le monde des affaires au Sénégal. Même si, au niveau mondial, cette langue n’est parlée que par près de 300 millions de locuteurs dans le monde. Elle est placée en 6ème position, derrière le mandarin, l’anglais, l’hindi, l’espagnol et l’arabe.

Au Sénégal, le français est bien manié dans les établissements, dans les entreprises… Mais il suffit d’être attentif pour constater un rejet de cette langue par une infime partie de la population, le plus souvent les personnes âgées. Ce rejet de la langue reste flagrant sur la manière dont certaines personnes déforment les mots pour les rapporter dans leur dictionnaire Wolof. Ce n’est pas un seul mot, mais plusieurs mots français qui sont déformés. L’exemple d’une dame, vendeuse de pain devant la porte de sa maison dans son kiosque montre le refus de cette langue. À la place de kiosque, elle dit ” kesque”. Cette vendeuse de pain n’est pas seule dans cette sphère de riposte. D’autres préfèrent dire “ordosawel” plutôt qu’eau de javel.

Pour acheter des pommes de terre, des patates, de la tomate au marché, les femmes articulent “pom bi terre, Patassé, tamaté et marsé”. La liste est longue.

Outre cette déformation qui manifeste inconsciemment l’inacceptabilité de la langue du colonisateur, les Sénégalais ont réussi à créer des mots inexistants en français. Ces mots sont aujourd’hui insérés dans le dictionnaire français. Par exemple le mot “dibiterie” dérivé du mot wolof “dibi”, signifie le lieu où on vend le dibi, de la grillade. Pour désigner la station d’essence, ils disent essencerie, une manière de s’imposer dans la langue d’autrui.

Le Sénégal dans sa diversité linguistique se retrouve dans le wolof, considéré comme la langue la plus parlée parmi les langues nationales. Ces langues nationales triées sont : le Peule, le Sérère, le Mandingue, le Diola. Elles sont enseignées tout comme le français qui subit malheureusement une sorte de digression au profit des langues nationales au Sénégal et des langues internationales comme l’anglais sur le plan mondial.

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