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Le bouillon en déclin: “Mieux vaut manger sain et amer que de se servir un délicieux poison” Khadidiatou GUÈYE Fall

Depuis plusieurs années, la cuisine sénégalaise a connu un compagnon culinaire, un compagnon que la cuisine de grand-mère ne connaissait pas : le bouillon alimentaire. Ce bouillon alimentaire est conçu pour améliorer le goût. De marques différentes, ces bouillons alimentaires commencent à perdre leur place dans la cuisine sénégalaise. Certaines conséquences néfastes pour la santé sont avancées. D’où son déclin silencieux.

Mayram Niang est employée comme cuisinière dans une famille moyenne. Dans sa cuisine, elle épluche les légumes. Mayriam n’a que 21 ans et depuis qu’elle sait cuisiner, elle n’a jamais cuisiné sans les bouillons en cube.” C’est à l’âge de treize ans que ma mère m’a initiée aux tâches ménagères et à la cuisine. J’ai toujours cuisiné avec les bouillons en cube” nous a-t-elle raconté.

Mais Mayram s’étonne quand elle a commencé à travailler dans une maison où les publicités des bouillons n’ont aucun impact sur les membres de ladite famille. A voix basse, elle confie : ” Je travaille dans cette maison depuis deux ans mais il est interdit d’utiliser le bouillon. Parfois, j’en mettais en cachette mais il suffit que le repas soit servi qu’on me reproche un changement de goût”. L’employeur de Mayram est très strict par rapport à cela. Raison pour laquelle elle s’en limite aux épices et au poisson sec appelé “guedj”.

” Après trois semaines de cuissons sans les bouillons en cube, j’ai commencé à m’y habituer. Maintenant, je n’arrive plus à manger convenablement quand la cuisson est faite avec le bouillon. J’ai remarqué aussi que je ne me plains plus des remontées gastriques “.

Si Mayram a réussi à se débarrasser de son obsession sur l’utilisation des bouillons, certaines femmes sont en phase de l’abandon progressif. C’est le cas Adji Laye, une femme au foyer. Elle cuisine pour une grande famille.

Adji Laye utilisait tous les types de bouillons sur le marché pour améliorer le goût de ses repas. Mais depuis qu’elle a eu vent que ces bouillons sont responsables de certaines maladies, elle a diminué l’utilisation de cet additif. ” Maintenant, j’achète deux cubes. J’aimerais bien faire la rupture définitive mais c’est évident. J’ai comme l’impression que si je ne l’utilise pas, je vais rater la cuisson”, soutient-elle. Adji Laye fait savoir qu’elle s’efforce difficilement d’arrêter les cubes.

Pour Ngoné Sarr, il est hors de question de lui servir un “poison”. Cette septuagénaire préfère une cuisson toute naturelle sans produit chimique. Elle se rappelle le goût des repas d’autrefois :” Nos mamans cuisinaient sans bouillon et pourtant elles servaient des repas appétissants. Il suffit juste d’utiliser les épices nécessaires, de bien les doser de et  laisser les épices et le poisson sec donner goût aux légumes et au riz “. Ngoné Sarr considère le repas à base de bouillons comme du poison. ” C’est à cause de ses bouillons que notre espérance de vie a diminué, le diabète et autres maladies courantes causées par ces bouillons. C’est pourquoi j’ai demandé à mes belles-filles d’arrêter d’en consommer. Mais très difficile de leur côté, elles sont obsédées par le goût artificiel”, se désole-t-elle.

Mieux vaut manger sain et amer que de se servir un délicieux poison, d’après cette jeune femme qui a fait une trêve avec tout ce qui est additif alimentaire. Elle se contente de la mère nature pour cuisiner des plats succulents.

” Je suis maîtresse de mes plats : aucun bouillon ne m’accompagne et j’ai confiance en mon expérience culinaire. Je connais beaucoup de personnes qui ont délaissé ces produits”. Notre interlocutrice est convaincue que ces produits sont nocifs pour la santé.

Dans plusieurs ménages, l’utilisation des bouillons en cube a diminué timidement. Certaines femmes l’ont abandonné par peur de contracter des maladies chroniques, tandis que d’autres mènent un combat pour se départir de cette obnubilation du goût.

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