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Laveur de voiture, un business pour ceux qui voient grand Khadidiatou GUÈYE Fall

Les stations-services sur le point d’être détrônées par les gars du coin

Si une voiture vous frôle en brillant, un laveur est passé par là. Ils sont dans les garages, chez le mécanicien, ou dans un coin de la cité et du quartier. Pour gagner leur vie et subvenir à leurs besoins, des jeunes souvent originaires des localités les plus reculées du pays s’installent dans la capitale pour exercer le travail de lavage de voitures.

Sans complexe, ces laveurs de voitures se pointent aux alentours des entreprises pour trouver des clients et avoir de l’avance sur leurs camarades de travail. Adramé, il se nomme, un jeune homme de 17 ans. Adramé vient de la région de Louga, dans le département de Linguère. Son passe-temps était de courir derrière les troupeaux de vaches et de chèvres à longueur de journée. Très embarrassée par l’oisiveté de son fils, sa maman interpelle son demi-frère basé à Pikine. Arrivé à Dakar, l’oncle suggère à son neveu de travailler en tant que laveur de voitures. C’est ainsi que Adramé s’est engagé dans le lavage de voitures. Et il ne le regrette pas, il se frotte les mains avec ce gagne-pain. “Pour chaque voiture lavée, je perçois 1.000 francs ou 1.500 francs, tout dépend du type de voiture. Je ne pensais pas pouvoir parvenir à faire ce travail. C’est avec l’aide d’un habitué du secteur que les choses ont commencé à m’intéresser sérieusement. Au début, mon wolof était lamentable : je ne faisais que me débrouiller avec mes clients mais à force d’être en contact avec eux, j’y suis arrivé”, raconte le jeune avec seulement deux ans d’expérience.

Malgré ces débuts difficiles, Adramé s’est démarqué des autres laveurs de voitures : il était toujours matinal avec ses clients qui doivent arriver avant 08 heures à leur bureau. Le soir, Adramé se consacre aux taxis. Avec ses clients fidèles, il parvient à laver 10 voire 13 voitures par jour, si bien sûr ses collègues de travail ne profitent pas de son absence pour aborder ses clients.

En culotte beige et un t-shirt marron, Lamine semble plus ancien que  Adramé dans ce domaine. “Adramé est comme un frère pour moi. On travaille ici ensemble depuis son arrivée mais chacun a ses propres clients. Seulement, si un de ses clients arrive et s’impatiente, je m’occupe de sa voiture vite fait”, confie Lamine, tout en s’activant à nettoyer une voiture, un minuscule balaie à la main.

Lamine a fait 4 ans de service. Il s’est donné un objectif : celui de quitter le secteur informel de lavage de voitures pour ouvrir une station de lavage de voitures externe et interne avec tout le matériel que cela demande. Je ne me vois pas laver des voitures toute ma vie, je voudrais vraiment que ça s’améliore en m’insérant dans le professionnalisme”, souhaite-t-il.

Lamine pense que cela serait bénéfique pour les propriétaires de voiture qui ont déjà été victimes d’un vol avec le lavage de leur voiture : “On veillera à ce que tous nos clients n’aient pas de plainte à faire”.

Si Lamine espère une amélioration de son travail, Adramé, lui, voudrait s’acheter une voiture avec ses économies pour faire le” clando ” : « Je voudrais faire le clando puisque je maîtrise les quelques règles de conduite”.

Quand les économies poussent ces laveurs de voitures à voir grand en fixant de pareils objectifs, c’est parce que le business rapporte bien. Adramé confirme qu’il gagne jusqu’à 10.000 par jour si tous ses clients passent à la caisse. Mais il lui arrive de comprendre un fidèle client qui n’a rien dans les poches et qui lui assure le payement à la fin du mois. Lamine qui prévoit une station-service ne dira pas contraire. D’après lui, le lavage de voiture est le meilleur moyen de faire des économies à moyen terme.

Il va sans dire que le lavage de voitures est un travail avec des risques. Nos interlocuteurs sont souvent accusés de vol par les propriétaires de voiture. Pour apaiser les tensions, ils procèdent au remboursement des supposés matériels et somme volée pour sauvegarder leur réputation. Aussi, des laveurs de voitures sans permis apprennent à conduire avec les voitures sans l’aval du propriétaire.

Les stations-services spécialisées en lavage de voitures ne sont plus les seuls sur le marché. Des jeunes représentant la concurrence s’implantent quelque part dans les lieux où la demande du service est fréquente.

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