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L’assistance médicale dans les salles d’accouchement: Les futures mamans hantées par l’arrogance de certaines sages femmes Par Khadidiatou GUEYE Fall

Un agent de santé est appelé à jouer un rôle social et, particulièrement, les sages-femmes qui s’occupent de la femme et de l’enfant. Souvent, les salles d’accouchement sont le théâtre de nombreux incidents dus à l’oisiveté des futures mamans et l’indiscipline de certaines sages-femmes. Ces dernières sont parfois désagréables avec les parturientes qui, anéanties par les contractions, perdent leur lucidité à répondre aux questions du personnel. Les responsabilités sont partagées.

Après neuf mois de grossesse, c’est le moment de la délivrance. Cette étape marque la fin d’une gestation. Elle est marquée par de fortes contractions qui préparent le corps à délivrer le petit bout de chou. Pendant cette période, la femme est tourmentée par les douleurs et la manière dont son bébé viendra au monde. Déboussolée par les contractions et l’incertitude de ces questions, elle se demande parfois si elle sera à la hauteur.

À ces interrogations et inquiétudes, s’ajoute, le plus souvent, un mauvais accueil de la part du personnel de santé. Les femmes devant accoucher sont victimes de violences verbales. Les sages-femmes qui devaient être un soutien pour ces donneuses de vie ont souvent des attitudes déplorables à leur endroit. Un manque d’assistance au moment de l’accouchement, des propos déplacés, de la négligence, du manque de respect, des tas d’attitudes indésirables animent certaines salles d’accouchement.

Quand certaines femmes taxent les sages-femmes d’irresponsables, ces dernières rejettent le tort sur les premières.

??? est une jeune maman. Elle a accouché d’un petit garçon dans une structure sanitaire de la place. Son cauchemar est figé à la salle d’accouchement d’une structure médicale de la place. « Lorsque les contractions ont commencé, j’ai demandé à mon mari de m’amener au centre de santé. Sur les lieux, j’ai trouvé quelques membres du personnel. Après salutations et explications. elles nous ont guidés vers la salle de consultation pour quelques questions. C’est par la suite qu’une femme m’a conduite dans la salle d’accouchement. Et là encore je patiente ; même quand les douleurs reprenaient, je les appelais en vain. Malgré l’intensité de mes cris, je n’aperçus personne. J’ai accouché mon bébé sans le soutien de personne. Elles sont venues après pour récupérer le bébé et couper le cordon ombilical » raconte-t-elle. Elle ajoute que son mari a failli porter plainte quand il a été mis au courant. « Je pouvais en perdre la vie, elles n’ont pas mis en avant leur instinct maternel » fustige-t-elle.

Le cas de cette femme n’est pas général. Car il y a certaines femmes qui ont reçu le plus tendre accueil dans les maternités. Bousso Diop en est un exemple illustratif.” Moi personnellement, là où j’ai accouché, les sages-femmes ont été à la hauteur. Elles m’ont assistée et conseillée»,déclare-t-elle. La jeune maman ne doute pas de l’indiscipline qui sévit dans les centres médicaux. Par contre, confie-t-elle,” lors de mes premières visites prénatales dans un hôpital, c’était le bordel”. Bousso Diop regrette son passage dans ledit hôpital. Elle fait savoir : « les sages-femmes me criaient dessus et ne s’occupaient pas de moi”. C’est la raison même pour laquelle elle a changé d’hôpital au moment de l’accouchement.

La jeune maman pense que ces sages-femmes arrogantes ne font pas ce métier par amour mais par obligation. Parce que, selon notre interlocutrice, elles n’ont pas le choix alors que ce travail demande beaucoup de tendresse et d’empathie.

Pour Bousso, en Médecine comme tous les secteurs d’ailleurs,  l’amour et l’assistance vont de paire. Elle trouve le comportement de ces sages-femmes vraiment désolant.

Trouvée à l’arrêt du bus de la station Hamo 6, Ndèye Saly nous avoue l’admiration qu’elle porte à l’endroit de ces femmes qui, certes, peuvent ne pas donner la vie, mais aident à donner la vie.”Pour ma part, pendant l’accouchement, les sages femmes qui m’ont assistée étaient adorables. Elles m’ont soulagée et m’ont donné du courage afin que je puisse avoir la force de pousser. Je tire un chapeau à ces braves sages-femmes. Elles m’ont montrée du respect et ont également partagé avec moi la joie d’accueillir mon petit bébé. Les sages-femmes ont été à la hauteur sincèrement”. Ndèye Saly pense que les sages-femmes arrogantes ne méritent pas d’être des sages-femmes. Elle demande à ce qu’elles soient dénoncées et limogées.

Le métier de sage-femme est très noble : accompagner une femme qui souffre avec les douleurs de l’accouchement est d’une haute magnanimité. C’est la raison pour laquelle cette femme répondant au nom Marie Nicky Thiam a accouché à l’étranger, particulièrement au Maroc. Son accouchement s’est passé d’une autre manière, contrairement à ce qui se passe au Sénégal. Accouchée, il y a deux semaines, elle n’a rien à envier aux Sénégalaises. Jointe au téléphone, elle se laisse aller :” Moi j’ai été bien accueillie durant toute ma grossesse d’ailleurs. Il y a vraiment une bonne prise en charge. J’ai subi une opération. Lors de l’intervention, j’étais à moitié éveillée. Il y avait une dame qui me disait tout ce que le médecin faisait pour je sois au courant de tout ce que je ne voyais pas. Elle m’informait si le docteur faisait telle ou telle chose. Dès que le bébé est né, elle m’a dit : « Çay est, c’est fini ! ». Elle me demandait comment je me sentais. Franchement j’ai eu une bonne assistance. Même dans la salle d’hospitalisation, on prenait soin de moi. En plus, elles étaient vraiment patientes”.

Outre les propos mal placés et le manque d’assistance, il y a une impatience notoire qui caractérise les femmes, au vu de certains témoignages. Mais, les futures mamans aussi ne manquent pas d’humeurs qui, selon une sage-femme, bouleversent le climat de tolérance qui aurait pu régner au sein des maternités

Madame Diop est sage-femme à la structure sanitaire « Mame Abdou » des Parcelles assainies. Elle ne nie pas le fait qu’il y ait des sages-femmes arrogantes. Cependant, elle partage les responsabilités et déplore le comportement de certaines futures mamans :”Parfois, les femmes sont indisciplinées ; elles refusent même qu’on les examine. Il y’en a qui refusent de répondre aux questions et après l’accouchement, au moment de réparer les points de suture elles tiennent tête. Pourtant on fait notre travail tout en prenant en compte leur bien-être”. Madame Diop trouve que c’est regrettable qu’on les traite d’insensibles. « La société sénégalaise taxe les sages-femmes d’indisciplinées, d’arrogantes. Pourtant tel n’est pas le cas”. Elle poursuit :” Parfois, elles ont du mal à exprimer leur ressenti au moment des douleurs. Et cela pousse ces sages-femmes à perdre leur sang-froid. Elles procèdent à la riposte en étant arrogantes”.

Madame Diop est passé par les salles d’accouchement avant de porter la blouse blanche ; elle a accouché dans un centre de santé. Elle reconnaît que certaines parmi elles sont des fainéantes. La sage-femme conseille aux futures mamans de respecter le personnel de santé et de suivre les instructions des sages-femmes à l’accouchement.

En plus d’être une psychologue, la sage-femme doit avoir de la compassion. Elle doit rassurer et soutenir la parturiente. Mais également, elle doit avoir la patience de l’expliquer comment elle doit faire durant son accouchement. C’est ce qui pourrait éviter la hausse du taux de mortalité maternelle et infantile au Sénégal.

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