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L’Apr, l’anniversaire et le président: Une histoire escarpée avec son lot de ratés et de succès Par Pape Sadio THIAM, Éditorialiste, Le Devoir

Le Premier décembre 2008, une date à marquer d’une pierre blanche dans les annales de l’histoire politique du Sénégal. Elle signe la naissance de l’Alliance pour la République (APR) grâce, notamment, à cette figure emblématique qu’est Macky Sall. La naissance de ce nouveau bébé est vue comme : « …. Un superbe lever de soleil : l’enthousiasme de l’esprit avait fait frissonner le monde comme si pour la première fois seulement on en était arrivé à cette réconciliation du divin avec le monde » (Hegel, 1963). L’histoire de l’APR comme toute autre histoire est escarpée, avec son lot de ratés, des conquêtes remportées haut la main et des frustrations coexistant avec des joies précaires, des illusions salvatrices et des défis prométhéens relevés avec ardeur et abnégation. Absolument parlant, cette histoire n’est ni extraordinaire, ni surhumaine, mais elle reste passionnante à tous points de vue. Aujourd’hui, les péripéties qui jalonnent la vie politique du Sénégal sont, depuis quelques années, suscitées, animées et réorientées par l’APR. Le mérite de cette formation politique, malgré sa jeunesse, c’est d’avoir conquis le pouvoir en moins de trois ans de présence sur le terrain politique, là où ses concurrents directs culminaient avec un quart de siècle. Comment un produit local, n’ayant pas fréquenté Science-po Paris, n’ayant pas la longue présence politique de ses autres concurrents connus au Sénégal, a pu, par le principe d’efficacité, construire un aussi respectable poids politique, après avoir mis sur pied un parti et sillonné le pays dans ses coins les plus reculés et face à des adversaires qui avaient tous une histoire présidentielle, en tant que président élu ou candidats à l’élection présidentielle ?

La politique n’étant guère un espace d’altruisme et de générosité, les coups bas et les guet-apens habiles ou perfides ont littéralement rythmé les années 2009 à 2012. En effet, la bataille que l’homme politique Macky Sall a livrée contre le défunt régime libéral a correspondu à la crise des trois référentiels du système politique sénégalais que Wade a saturés : le clientélisme, le relais maraboutique, le dispositif répressif de l’Etat.

Dans la période 2008-2011, ces référentiels s’étaient effondrés au moment même où Macky Sall occupait le vide laissé par d’autres plutôt restés dans le « village médiatique ». A la rencontre des Sénégalais, Macky Sall a adopté une posture d’écoute qui lui a permis de s’approprier les priorités du pays profond pendant que les autres leaders étaient dans une « évidence de priorités ».  Macky Sall formulera alors un discours lisible parce qu’en phase avec des priorités réellement exprimées : l’emploi, la santé, l’eau potable, l’habitat etc.

Autres éléments importants dans la quête d’intelligibilité du phénomène « Macky Sall » : ce que beaucoup d’analystes ou politistes ne soulignent pas souvent, c’est que l’actuel président de la République, président de l’Alliance pour la République a apporté un soin particulier à sa communication : de puissants outils d’identité visuels ayant une continuité sémique et graphique. Une seule photo circulante pendant trois ans, un logo à image familière (le cheval), des couleurs attrayantes (marron-beige), etc. Bref, l’image d’un Macky Sall innovateur, sage et industrieux est largement ancrée dans les esprits de ses concitoyens. Cette image est restée intacte, onze ans encore après son élection à la tête du Sénégal.

Il est fort intéressant de remarquer que tout, dans la vie de Macky Sall a, d’une façon ou d’une autre, servi à son combat politique. Ses capacités d’écoute pour parler de son calme olympien quasi innée lui permettent de toujours faire face à toute situation. Par ailleurs, Macky Sall a laissé son parti évoluer sous la forme d’un mouvement, refusant les rigidités verticales, les leaderships locaux fragiles, c’est-à-dire potentiellement « débauchables » par un concurrent prompt à démanteler des adversaires.

Le grand paradoxe dans l’ascension de l’APR réside justement dans le fait que même si ce sont en majorité les gens de la génération de Macky Sall qui ont créé le parti, ce sont les jeunes qui l’ont véritablement porté au pouvoir avec tous les sacrifices que cela requerrait à une époque où le militantisme dans un parti d’opposition était presque un risque professionnel ou une entrave à son avenir personnel. L’APR, dès sa création en décembre 2008, s’est assignée comme première tâche de se battre pour délivrer le citoyen de l’asservissement mental dans lequel le confinait une conception patrimoniale de la légitimité. Les journées cauchemardesques de la place de l’Obélisque, les affrontements de son leader Macky Sall contre l’establishment libéral, la contestation permanente sous le signe du respect des institutions et de la redevabilité en matière de gestion, ont au moins le bénéfice d’avoir fait prendre conscience au citoyen sénégalais que la source de la légitimité était dans ses propres mains.

C’était toute une culture de l’opposition articulée par une cohésion presque obsessionnelle entre l’Alliance pour la République et ses militants. Cette prouesse, le parti actuellement au pouvoir l’a réussie, au grand dam des autres formations politiques qui, en vain, cherchent à trouver la solution miracle qui permettra de le déposséder d’un tel capital de mobilisation.

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