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La silhouette masculine de la belle époque retracée: Oh le bon vieux temps ! Chérifa Sadany Ibou Daba SOW

Les « Vieux » représentent le pilier de la société africaine, particulièrement au Sénégal. Ils ont fait leur génération et aussi des générations. Ils vieillissent, parfois même perdent la mémoire, mais pas les souvenir de leur belle époque.

A la belle époque, ils étaient élégants, les vieux, peu importe la classe sociale à laquelle ils appartenaient. La mise correcte était le vecteur de l’image, l’identité masculine positive qu’ils incarnaient. Le costume surtout faisait dégager leur élégance. Pour certains c’était la beauté, pour d’autres, le pouvoir.

Né en 1936, Pa Thiam ne connaît pas la modestie lorsqu’il retrace son époque. A 85 ans, il se souvient encore de toutes les fois où il a joué au beau gosse. « Mais c’est vrai que j’étais très beau. Quand j’avais 24 ans, j’étais déjà un employé. Mon salaire était de 9.500 FCFA. La vie n’était pas si chère à l’époque et avec ce salaire on pouvait se permettre certaines choses. Je me souviens, à chaque fin du mois, je donnais tout mon argent à ma mère ; c’est elle qui dispatchait la somme. Et quand elle me donnait ma part du salaire, je trouvais l’occasion de me faire beau. Je mesure 1m82, imaginez combien j’étais un tombeur ». Taquine-il.

« J’assortissais mon pantalon kaki avec une veste bleu marine et une torpédo de la même couleur que le pantalon. Et je vous confie un secret : à l’époque, j’étais la star des femmes » éclate-t-il de rire.

Malgré sa vieillesse, il garde toujours ses dents, son sens de l’humour, son esprit vif aussi. Père de sept grands garçons et deux filles, (tous des pères de famille), Pa Thiam est redevenu monogame et chuchote de manière ironique qu’il ne le regrette pas.

Les styles différaient à l’époque révolue. Le milieu urbain ou rural déterminait le choix. Un habitant de Ziguinchor pouvait préférer le style de Sembène Ousmane, habillement culturel (grand boubou, pagne tissé, bonnet), sans oublier la pipe. D’autres celui d’Aimé Césaire, le grand dramaturge aux yeux perçants et au costume souvent de couleur grise. Les cheveux étaient soit portés courts ou afro, c’était au choix. La moustache, la barbichette devaient être bien entretenues, pour ceux qui les préféraient.

 « Je n’avais ni une moustache ni une barbe, à la différence de mon père », éclaircit pape Ibrahima Cissé.

« Et pourtant », reprit-il, « c’est lui qui m’avait appris à me comporter élégamment. Je le voyais combattre le désordre. Je me souviens, il avait toutes ses affaires bien rangées par ordre d’importance et d’usage. J’ai commencé à travailler en 1952. Et quand j’étais cadre dans une grande société, (OPT) Office des Postes et Télécommunications devenu Sonatel, je me devais d’être présentable. Mon père m’avait contracté un abonnement dans une grande boutique de costume. Je passais chaque fin du moins récupérer mon lot et me préparer à rester élégant au bureau. A notre époque, chaque détail comptait dans l’habillement. La couleur, la démarche, le caractère. Vous pouvez même prouver ce que je dis en revisitant les photos de l’époque. Vous remarquerez certainement nos regards francs. Nous dégagions de la franchise, de la pudeur et surtout de la virilité. Nous étions courageux, vivaces et disciplinés contrairement à la jeune génération ».

Et comment est la nouvelle génération ?

« Je dirais plutôt arrogante, flemmarde et mentalement pauvre. Ce n’est pas une insulte, juste une remarque qui malheureusement rend luctueux », se désole-t-il

Les vieux, de grands intellectuels étaient-ils. Par la manière de s’habiller, de s’exprimer et de se comporter. Le café, la cigarette, la lecture et la bonne musique étaient les éléments additifs par lesquels ils inspiraient. Ils ne manquaient jamais à leur devoir quand il leur appelait. Et pourtant, ils trouvaient quand même le temps de se divertir, et pourquoi pas avec la chanson de Robert Burnier Ah ! La belle époque (de l’opérette “La poule”).

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