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La Ligne du Devoir

Jikkoy jamano Par Habib KÂ, Correspondant à Matam, Thilogne

L’enregistrement vidéo de l’activiste Kilifa par un ami de longue date, relayé par certains sites internet et quotidiens de la place, au-delà du séisme qu’il entraîne dans les studios et sur les plateaux de télévisions, contextualise l’image la plus terne de la nature de l’Homme sénégalais.

Pour brocarder un adversaire il faudrait d’abord qu’on soit exempt de reproche, qu’on s’applique à rester dans le droit chemin et qu’on surveille prudemment ses arrières. L’hypocrisie humaine voudrait qu’on se complaise à faire porter à l’autre tous les péchés d’Israël et pour sa propre personne, se construire une carapace d’airain.

C’est comme la parabole dans la Bible, de la brindille de bois et de la poutre dans l’œil.

L’affaire Kilifa crée l’actualité et crève les écrans parce qu’elle est une occasion politique qu’il ne faut pas rater et qui rapporte gros à la presse et aux politiciens. Rendre coup par coup, et tous les coups sont permis, c’est la loi du milieu. Exploiter les failles de l’adversaire, l’attaquer de front, l’acculer, l’anéantir, du moins l’affaiblir est une occasion qu’aucun homme politique ne laisserait inexploitée.

Nul n’ignore que le traffic de visas et de passeports diplomatiques est un métier de prestige. Ces rares privilégiés font même partie du décor de l’entourage proche de l’administration et des chancelleries. Ce débat donc, comme d’autres faits divers, aura la même destination, après d’àpres engueulades et empoignades verbales, dans les fanges.

Parce que les contradicteurs et adversaires politiques du rappeur de Keur Gui ne sont pas aussi blancs comme neige, que regrouper leurs tirs pour reprocher à ce dernier le trafic de visas et passeports diplomatiques risque d’interpeler de vieux roturiers et rouvrir des pages sombres sur des scandales de la diplomatie sénégalaise, dont les concernés sont toujours en activité.

Trafic de visas et de passeports diplomatiques, un tir de sommation et personne ne voudrait d’audit, parce que le mal est dans le fruit.

Le peuple laborieux du Sénégal, confronté aux lots de morts quotidiens de la Covid-19, aux embouteillages dans les cimetières de Yoff et Touba, aux récurrentes inondations qui s’annoncent, à l’improbable tenue des élections locales et départementales le 23 janvier 2022, n’en a cure de cette discorde entre Kilifa et son ami de plus de vingt ans.

La vertu, la dignité, le respect de la parole donnée ne sont pas le fort de la classe politique d’un camp comme d’un autre. La seule différence c’est que ceux aux affaires ont les mains noircies de corruption, de détournement, de trafic d’influences, de gestion scabreuse de biens publics. Les autres, en embuscade dans le pavillon de l’opposition, bénéficient pour une partie d’entre eux d’une présomption de bonne conduite, le reste, veulent prendre la place des autres déjà grassement bien servis.

D”un enregistrement vidéo compromettant sur un activiste, des lignes de démarcations se font, nettes. D’un côté, des intègres, purs, immaculés. De l’autre, des voleurs notoires, des crapules, des dévergondés.

L’orthodoxie d’un côté, la perversion de l’autre.

Aux uns, la droiture, l’éducation. Aux autres la roublardise, le sans-gêne.

Ce qui est répréhensible, punissable pour certains est acceptable, tolérable pour d’autres.

Quelque bord qu’il soit, il faut au citoyen de l’éducation, de la morale, de l’éthique pour être un bâtisseur d’une nation en devenir.

Perdre sa dignité, socle de l’essence humaine, réveille le côté immoral de l’individu qui rejette le bien pour le mal, pourvu qu’il lui procure plaisir et fantasmes.

Pendant que sur les plateaux de télévision, les émissions vont dans tous les sens, cherchant plus à jouer sur l’audimat qu’à informer juste et vrai.

La presse et les plateaux entre les mains de chroniqueurs et animateurs qui se permettent tout, prennent la place des journalistes, zooment les caméras sur leur personne et jouent les premiers rôles.

Faute de ligne directionnelle, on convoque les faits divers, les intrigues dans le milieu politique, les stars, les fashions pour leurs scoops, leurs buzz.

L’homme de demain reste encore à éduquer dans la famille et en société pour avoir une couvée de citoyens modèles ouverts sur un monde en continuelle mutation chez qui priment l’excellence et le travail bien fait.

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