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Institut de Recherche en Santé de Surveillance épidémiologique et de Formation-Institut Pasteur de Dakar: Les vagues du Coronavirus P. MBODJE

Macky Sall n’était pas encore rentré de Bruxelles que l’Institut Pasteur diffusait les résultats d’un échantillonnage aléatoire réalisé dans la région de Dakar. L’enquête sur les cas index et communautaires avait été menée durant la période allant de janvier à mars ; le résultat des courses était que, « sur un total de 335 échantillons analysés, le variant britannique a été retrouvé chez 14 patients vivant dans 7 districts de la région de Dakar » et qu’en « plus, 6 autres lignées du virus ont été identifiées pendant cette période ».

Le Professeur Souleymane Mboup venait de signer un protocole parrainé par le président de la République en visite à Bruxelles au terme duquel des vaccins seraient produits bientôt au Sénégal. Il s’agit d’un partenariat Union européenne-Sénégal pour la production de vaccins ; le communiqué de l’Institut Pasteur de Dakar (IPD), dès le lendemain, semblait ainsi une réponse du berger qui ne voulait pas être ridicule devant la bergère. D’autant que l’Institut de Recherche en Santé de Surveillance épidémiologique et de Formation (Iressef) du même Pr Souleymane Mboup avait signalé depuis le 28 janvier ce que l’Institut Pasteur annonçait à grands bruits le 15 avril, soit avec 90 jours de retard, i.e la présence du variant britannique au Sénégal à bonne date, c’est-à-dire avec la recrudescence des cas de contamination et de décès en décembre, après un reflux appréciable entre septembre et octobre 2020.

“Le variant britannique du coronavirus a été retrouvé sur un patient indien vivant au Sénégal et aujourd’hui guéri”, avait précisé le porte-parole du ministère de la Santé et de l’Action sociale.

L’institut de Mboup est ouvert à la collaboration extérieure dans ses recherches sur le séquençage là où l’Institut Pasteur se dit « désigné par l’Organisation Mondiale de la Santé et Africa CDC comme laboratoire de référence pour la surveillance génomique du virus de la Covid-19 », pour se donner bonne contenance, comme pour signifier autre chose pour ceux d’en face.

La bataille est ainsi lancée. Avec quand même quelques bons points pour celui qui a été éduqué dans la rigueur militaire.

Dans le temps et l’espace médical sénégalais et mondial, le Pr Souleymane Mboup a en effet toujours été premier, et pas qu’un peu puisque l’histoire retient qu’il est « l’homme qui co-découvrit le VIH-2, une espèce de rétrovirus qui a été isolée en 1985 chez des patients originaires de l’Afrique de l’Ouest, atteints du sida mais séronégatifs pour le VIH-1. »

Dans le séquençage du Coronavirus, son laboratoire a été à l’avant-garde en signalant dès janvier la présence de variants au Sénégal comme facteur explicatif et non de constat  et les chercheurs de l’Institut de Recherche en Santé de Surveillance épidémiologique et de Formation (Iressef) reprécisaient encore en mars la présence « à bas bruit » du  deuxième variant britannique  plus contagieux : si le patient de décembre était originaire des Indes, les nouvelles découvertes annoncées en mars indiquaient une « patiente de nationalité sénégalaise ». La confirmation de l’Institut sPsteur (14 patients vivant dans 7 districts de la région de Dakar : Centre (4), Sud (3), Nord (2) et Ouest (1), Guédiawaye (1), Rufisque (1), Keur Massar (1) et Diamniadio (1)) n’apporte donc aucune nouveauté à une information déjà diffusée entre janvier et mars.

L’originalité eût été d’édifier les Sénégalais sur les conséquences de la présence d’un variant très contagieux, très mortel, renvoyant l’Occident à une troisième vague mais pas le Sénégal.

En attendant l’intervention des autorités du ministère de la Santé et de l’Action sociale de Abdoulaye Diouf Sarr pour modérer le débat, certaines sources se réjouissent de la résistance du Sénégalais et modèrent les conséquences d’une éventuelle troisième vague qui expliquerait la guerre des instituts.

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