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Impact économique de la Covid-19:  Ndao voit grand Djiby NDAO

Djiby Ndao est analyste économique et professeur à la Faseg. Il montre l’impact économique du Coronavirus au Sénégal. Il décèle quelques éléments pour y remédier.

Ndao qui voit grand propose une approche en trois étapes dont la principale reposé cependant sur la fin de la pandémie, ce qui n’est pas encore pour demain.  Pour le reste, il propose le recours aux institutions financières internationales et la mise en œuvre de politiques monétaires et budgétaires expansionnistes efficaces permettant de relancer le niveau de l’activité économique.

Djiby Ndao, économiste

La Covid-19 a, aujourd’hui, handicapé économiquement tous les secteurs . Au niveau national, la récession n’est plus une option mais une évidence : le taux de croissance de l’économie sénégalaise qui se positionnait au-dessus des 5% depuis 6 ans a été fortement réduit par la crise sanitaire. En 2020 ; elle est estimée par le FMI à -0,7%, mais un rebond serait prévu en 2021, pour atteindre 5,2% de croissance.

Beaucoup de secteurs sont au ralenti comme les transports aériens et terrestres, le tourisme, les échanges nationaux et internationaux, le loisir et l’informel en général. Comme tout cycle économique, si l’expansion est suivie d’une crise puis de la récession, l’idéal c’est de tout faire pour mettre en œuvre des politiques de relances économiques pour éviter toute dépression (la dépression économique est une variation négative de la croissance dans le long terme). Cette dernière causera certainement une crise économique mondiale puisqu’elle entraînera une hausse du chômage et une baisse des investissements publics et privés.  Pour mettre en place des politiques de relance, il faut d’abord espérer que la propagation du virus s’estompe dans les plus brefs délais. Ensuite recourir aux institutions financières internationales qui sont probablement les moins touchées. Enfin mettre en œuvre des politiques monétaires et budgétaires expansionnistes efficaces permettant de relancer le niveau de l’activité économique. Si tous les secteurs sont en moyenne négativement affectés, la baisse des ventes ou l’arrêt des ventes à défaut d’e-commerce met en danger les entreprises et les indépendants, en particulier les plus petites structures qui ne disposent pas d’une trésorerie suffisante pour faire face à une crise qui perdure.

Dans les PME, on assistera forcément à des risques de problèmes de solvabilité.

Outre la baisse des dépenses de consommation (choc de demande), les entreprises de différents secteurs seront confrontées à des perturbations de l’offre (problèmes d’approvisionnement, de  rupture des stocks, de liquidité), comme le mettent en évidence les enquêtes des fédérations sectorielles.

En ce qui concerne les échanges extérieurs, le commerce direct de biens et services entre les zones contaminées et le Sénégal est sous pression, ce qui peut entraver nos exportations et importations, rendant inerte notre balance commerciale. Les recettes fiscales et douanières vont fortement baisser, créant des difficultés financières à l’Etat du Sénégal. Les ménages évoluant dans le secteur informel n’auront plus de fonds pour garantir leurs consommations et auront certainement besoins de l’appui de l’Etat pour survivre. Sur le plan éducatif, certaines écoles et universités privées vont certainement disparaître puisqu’elles ne seront plus en mesure de supporter leurs charges variables. Étant non prévu par les autorités compétentes, le système des cours en ligne qui aurait dû être un moyen important pour régler le problème, sera très difficile à adopter au regard de certains élèves et étudiants qui vivent dans les coins les plus reculés du Sénégal qui, parfois, n’ont même pas d’électricité.

Solutions économiques

Pour relancer le niveau de l’activité économique du pays, l’’Etat doit mettre en œuvre des mesures efficaces répondant aux contextes actuels.

Premièrement, un appel à l’action sanitaire immédiate et coordonnée, afin d’empêcher la transmission et de mettre fin à la pandémie puisque toute décision économique n’est efficace qu’en  l’absence d’une crise sanitaire.

Une action qui multiplie les capacités sanitaires en matière de dépistage, de traçage, de quarantaine et de traitement, tout en garantissant la sécurité du personnel qui assure les premiers secours et en prenant des mesures pour limiter les mouvements et les contacts. Une action qui offre un accès universel au traitement et au vaccin, lorsqu’ils seront prêts.

Deuxièmement, nous devons nous attaquer aux dimensions sociales et économiques dévastatrices de cette crise, en nous concentrant sur les plus touchés : les femmes, les personnes âgées, les jeunes, les travailleurs peu rémunérés, les petites et moyennes entreprises, le secteur informel et les groupes vulnérables, en particulier les zones les plus touchées par la crise comme Dakar.

Il faut que les populations s’unissent non seulement pour continuer à respecter les mesures barrières, mais aussi pour s’attaquer à ses répercussions profondes.

Pour cela, il faut élaborer des politiques économiques qui permettent d’accorder directement des ressources aux travailleurs et aux ménages, d’offrir une assurance maladie, de réduire le chômage, d’améliorer la protection sociale et de renforcer l’aide aux entreprises pour éviter les faillites et les pertes d’emplois massives.

Il faut une réponse multilatérale à grande échelle.

Les pays développés peuvent le faire seuls et certains le font déjà d’ailleurs.

Mais ici au Sénégal, nous devons accroître  notre endettement, faire appel au Fonds monétaire international pour qu’il émette des droits de tirage spéciaux et aux autres institutions financières internationales d’injecter rapidement des ressources dans notre pays.

Des échanges coordonnés avec la BCEAO peuvent également apporter des liquidités à notre économie, permettant aux banques commerciales d’accorder des prêts aux investisseurs et aux ménages afin de booster le niveau de l’activité économique par une hausse de la croissance qui sera probablement suivie d’une baisse du chômage.

L’allégement de la dette doit être aussi une priorité, y compris la demande d’exonération immédiate du paiement des intérêts pour 2020 et 2021.

Le système des Nations-Unies est pleinement mobilisé : il donne des orientations pour l’action mondiale, soutient les interventions des pays et met ses chaînes d’approvisionnement à la disposition du monde entier.

Troisièmement, nous devons aussi accorder un différé de paiement des impôts aux entreprises, surtout les PME, afin de leur permettre de relancer leurs activités et de rémunérer convenablement leurs personnels. Dans cette même logique, nous devons aussi réduire les taxes indirectes, surtout sur les biens de consommation, pour relancer le secteur informel.

Quatrièmement, nous devons profiter de cette occasion pour rattraper notre retard dans le domaine de l’économie numérique en encourageant le e-commerce, le télétravail. Mais aussi mettre en place des plateformes sophistiquées permettant d’encourager les cours et formations en ligne.

En somme, après la crise de la Covid-19, le relèvement doit ouvrir la voie à une économie différente.

Dans tout ce que nous faisons pendant et après cette crise, nous devons mettre l’accent sur l’édification d’économies et de sociétés plus égales, plus inclusives et plus durables, qui soient plus résistantes face aux pandémies, aux changements climatiques et aux nombreux autres défis que nous devons relever. L’Etat du Sénégal doit, après la crise, revoir ses priorités socio-économiques.

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