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Idrissa Seck-Ousmane Sonko: « Février trop doux promet printemps en courroux » P. MBODJE

 « C’est la lumière du silence qui éveille notre potentiel intérieur, l’inspirant à s’épanouir comme une fleur »- Anthony Strano

Au début était la parole mais le silence est d’or : connus pour leur verbe acide contre Macky Sall, Idrissa Seck et Ousmane Sonko sont subitement devenus silencieux. Si l’un a des raisons de maintenir le bec fermé sur son fromage, l’autre avait toutes les raisons de se faire entendre. Sauf que le silence est devenu bien bavard dans une nouvelle stratégie de conquête du pouvoir, en direction de 2024 : c’est le calme avant la tempête, c’est couru.

S’il a persisté et signé au lendemain du rejet de sa plainte contre Mamour Diallo, le 20 janvier dernier, Ousmane Sonko ne s’est pas manifesté aussi bruyamment que d’ordinaire ; il n’a pas eu …grain de cause parce qu’il ne saurait  moudre et gagner une bataille par procuration : le doyen des juges Samba Sall lui a notifié que seuls ceux ont souffert directement de la chose, éventuellement, auraient pu porter plainte recevable. Cette douche survenait au lendemain de la collecte de fonds du parti « Pastef /les Patriotes » qui avait inquiété le pouvoir devant le succès engrangé ; une victoire en Cour eût été de trop. Avec la puérile et illégale menace de Antoine Diome de dissoudre le parti, un ange devait forcément passer, obligeant à faire observer une pause pour mieux rebondir de part et d’autre.

Car il en est de même pour Idrissa Seck : au lendemain du remaniement historique du Premier novembre, le fait notable fut sa nomination à la tête du Conseil économique, social et environnemental : l’exploit médiatique fut d’autant plus remarqué qu’à quelques encablures de là, le ci-devant Idrissa Seck réussissait le crime parfait en limogeant Déthié Fall le 29 novembre. Depuis, méthodiquement, il creuse non son trou mais celui dans lequel il souhaite enterrer son nouvel ami. Si ses soutiens extérieurs le laissent faire car ils commencent à douter de la capacité de leur allié à s’imposer aux populations du Sénégal.

Qu’à cela ne tienne : il ne faut pas s’y tromper avec le nouveau  rôle de Idrissa Seck  de griot du Roi qu’il doit chanter partout ; se taire équivaudrait à un malaise dans les relations entre le président de la République et celui qui est bien président par la volonté du premier, du Conseil économique, social et environnemental. De son côté, la causticité doit être l’arme d’un Sonko investi par le vide de  la liquidation des autres et qui essaie de surnager dans le combat que mène Macky Sall dans sa chasse  contre l’opposant qu’il poursuit désormais jusque dans les rangs de la société civile.

Les bavards devenus silencieux semblent vouloir changer de méthode d’approche du pouvoir ; depuis, là aussi, un ange est passé : le plus dur est à venir après la limitation des activités socio-économiques imposée depuis un an par la pandémie du Coronavirus. Cela arrange plus un pouvoir que l’opposition obligée de se taire non point tant parce que inquiétée par l’infantilisme des ukases du pouvoir que par solidarité agissante aux populations : le silence désolé d’en face est dû moins par une autorité d’autant plus matamore qu’elle est gênée aux entournures que par une conjoncture sanitaire dévastatrice et qui perdure et qui fait naître un nouveau sens de la responsabilité et de la solidarité en appelant à taire momentanément nos différences

Moins que les bravades d’un Macky Sall rétif à toute expression contraire à l’idéologie dominante, l’opposition sénégalaise essaie aujourd’hui de survivre plus pour les populations que pour un démocratisme qui marche sur la tête et c’est là que réside le paradoxe apparent entre un pouvoir de plus en plus autoritaire et des populations (dont l’opposition) outrées par le politique et les conditions d’une survie honorable.

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