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Grand Barrage De Feu Le Grand Barrage de la Renaissance en Ethiopie risque d’embraser l’Afrique

Mon appel aux Présidents de l’Union Africaine 

Le Grand Barrage de la Renaissance en Ethiopie

Un projet pharaonique

d’intégration régionale panafricaine

qui risque d’embraser l’Afrique

Par le Professeur

 Aliou Diack

S’il y a une question brulante pour laquelle une recherche de solution urgente s’impose et interpelle le Président de la République du Sénégal Macky Sall et ses pairs de l’Union Africaine (UA), c’est bien celle, hydro-conflictuelle, qui oppose l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie, et qui pourrait déboucher sur une guerre fratricide, relativement au partage des ressources hydriques du fleuve Nil. Le dialogue de sourds qui s’est installé depuis 2002 entre lesdits pays, vient de se solder par un échec, le mardi 06 avril 2021 à Kinshasa. En effet, son Excellence Félix Tshisekedi Président de la République Démocratique du Congo (RDC) et actuel Président en exercice de l’UA, avait pris l’initiative de réunir à Kinshasa les ministres des affaires étrangères des protagonistes, afin de trouver une solution à l’amiable. Cependant, l’ambiance dans laquelle les délégations se sont quittées sur fond de discourtoisie et de menaces à peine voilées, en dit long sur la situation sécuritaire délétère qui prévaut actuellement dans la corne de l’Afrique. Avant l’intervention du Président Tshisekedi, celle de son homologue et prédécesseur à la tête de l’organisation panafricaine, le Président d’Afrique du Sud Cyril Ramaphosa s’y était attelé, sans succès tangible (1). L’Ethiopie exige que le différend soit réglé par les Africains au nom du sacrosaint principe « solutions africaines aux problèmes africains » et que l’UA en soit exclusivement l’arbitre : donc pas d’intervention de l’Organisation des Nations Unies (ONU), encore moins de l’Union Européenne (UE) ou des Etats-Unis d’Amérique (USA). L’Egypte et le Soudan souhaitent quant à eux l’implication de ces derniers. La position de l’Ethiopie a des fondements historiques et peut s’expliquer par ses expériences traumatisantes vécues avec l’occident, qui a toujours pris fait et cause pour l’Egypte et le Soudan dans ce conflit autour du Nil ; cet état d’âme de l’Ethiopie est un aspect, qui loin d’être un épiphénomène, devrait être pris en compte dans toute stratégie de médiation. Ce profond différend s’est cristallisé autour de deux grands projets hydrauliques pharaoniques construits sur le Nil, l’un par l’Egypte et l’autre par Ethiopie. Sans convoquer l’histoire lointaine, on peut s’accorder pour retenir l’année 1954 comme début des hostilités ouvertes, lorsque le Premier Ministre égyptien, en l’occurrence Gamal Abdel Nasser, formula la volonté de son pays de construire un nouveau grand barrage à Assouan, en amont de l’ancien barrage construit en 1902, mais qui ne pouvait plus couvrir les besoins de l’Egypte. Ce nouveau grand barrage devait d’une part satisfaire la demande de plus en plus pressante en énergie électrique, mais également permettre de mieux maîtriser les crues du Nil, d’améliorer sa navigabilité et d’irriguer pendant toute l’année les vastes plaines sur ses deux rives. Nasser demanda le soutien financier et technique des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Ces derniers acceptèrent dans un premier temps, puis se désengagèrent en 1956, pour sanctionner l’Egypte, un des membres-fondateurs en 1955 de « l’organisation des pays non-alignés » lors de l’historique conférence de Bandoeng (Bandung) en Indonésie. L’Egypte a eu à leurs yeux l’outrecuidance d’avoir reconnu la souveraineté de la Chine populaire communiste et de surcroît, d’avoir osé acheter des armes à l’Union soviétique en pleine guerre froide ! En outre, le puissant lobby américain du coton avait exercé une pression énorme sur le gouvernement du Président Dwight D. Eisenhower, pour qu’il empêchât l’Egypte de construire ce barrage, qui donnerait à ce pays africain, la capacité d’irriguer d’immenses étendues de terres agricoles et de devenir son redoutable concurrent sur le marché international. Devant le refus des pays de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et des pays occidentaux de soutenir Nasser, l’Union soviétique se substitua partiellement à eux sur les plans technique et financier et permit la construction du barrage. En réaction au chantage de l’occident, le Président Nasser prit la décision de nationaliser le canal de Suez pour financer en partie le projet et expulsa de son territoire les Français, les Anglais et les Israéliens qui occupaient la zone du canal, avec un soutien décisif de l’ONU (crise du canal de Suez). Ce fut une éclatante victoire pour le Président Nasser et l’Afrique. Le barrage fut construit entre 1960 et 1970 et fut l’un des plus imposants de son époque dans le monde, avec une puissance installée de 2100 mégawatts. Un réservoir artificiel long de 500 kilomètres (distance qui sépare Saint-Louis du Sénégal au Cap Skirring!) et large de 10 kilomètre baptisé « Lac Nasser » fut rempli avec une capacité de stockage de 169 milliards de mètres cubes d’eau assurant 95% des besoins de l’Egypte en eau potable et en eau pour l’irrigation et l’industrie.

L’Ethiopie de son côté s’engagea avec 60 années de retard sur l’Egypte dans la construction d’un barrage tout aussi pharaonique appelé « Grand Barrage de la Renaissance ». Le chantier fut démarré le 28 mai 2013 malgré des tentatives de blocage, intimidations et menaces. L’Egypte redoutant un détournement des eaux du Nil bleu par l’Ethiopie, s’y opposa farouchement en se prévalant de « ses droits historiques de propriété » sur toutes les eaux du Nil ! Les institutions financières internationales, en l’occurrence la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International (FMI) et d’autres bailleurs internationaux refusèrent de financer le projet sans donner de raisons crédibles. L’Ethiopie offusquée, sous l’impulsion de son Premier Ministre Meles Zenawi Asres – Tigréen né à Adaoua, là où Ménélik 2 infligea leur défaite aux Italiens – décida alors de financer ce projet gigantesque sur ses fonds propres, en faisant appel au patriotisme des Ethiopiennes et Ethiopiens y compris sa diaspora, lesquels consentirent des ponctions régulières sur leurs salaires et revenus pour financer ce projet d’un coût de 4,8 milliards de dollars américains, soit 2820 milliards de FCFA et environ 7% du PIB du pays en 2016. Pour mesurer l’ampleur du sacrifice consenti par les Ethiopiens au plan financier, il faut comparer le montant ci-dessus à celui du barrage hydroélectrique de Manantali au Mali qui a coûté 350 milliards de FCFA, mais financé en totalité par 15 bailleurs de fonds étrangers à côté de la Banque Africaine de Développement). Ce pays africain venait ainsi de démystifier le pesant paradigme de dépendance et de soumission de l’Afrique au diktat des institutions internationales, en prenant en main sa propre destinée, en défendant ses propres intérêts, mais surtout en comptant sur ses propres ressources humaines. Le délai d’achèvement du chantier prévu pour 2022 sera respecté parce que le réservoir artificiel de retenue du barrage est entré dans sa phase cruciale de remplissage annuel en saisons pluviales (juin à septembre), sur une période de 6 ans. Ce barrage hydroélectrique est le plus imposant d’Afrique : sa puissance installée de 6450 mégawatts est trois fois supérieure à celle d’Assouan et 32 fois à celle du barrage hydroélectrique de Manantali construit par le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, dont la puissance installée est de 200 mégawatts. La puissance du Grand Barrage de la Renaissance correspond à celle de six (6) réacteurs nucléaires. Il pourra à terme, alimenter beaucoup de pays de la sous-région en électricité. Ce projet pourrait servir comme exemple d’une intégration panafricaine réussie à une échelle sous régionale, si les réseaux électriques des pays venaient à être entièrement interconnectés. Cette interconnexion est d’ailleurs déjà entamée, car l’Ethiopie a signé des contrats de fourniture d’énergie électrique avec le Soudan, le Kenya, le Rwanda, la Tanzanie et Djibouti. L’Ethiopie, second pays le plus peuplé d’Afrique avec ses 112 millions d’habitants derrière le Nigéria et devant l’Egypte, est devenue maintenant avec ce barrage, la première puissance africaine en matière d’énergie hydroélectrique.

Aux sources historiques du conflit sur le Nil :

Le bassin versant du Nil couvre une superficie de 3 254 555 km² correspondant à 10% de la surface totale du continent africain. Il est le 3ème plus grand bassin fluvial du monde, derrière l’Amazone (Brésil) et le Congo (RDC). Les eaux du Nil sont partagées par 11 pays africains : Egypte, Soudan du Sud, Soudan du nord, Erythrée, Kenya, Ouganda, Ethiopie, Rwanda, Burundi, RDC et Tanzanie. Mais c’est l’Ethiopie qui alimente le barrage d’Assouan en eau à 86%, grâce au Nil bleu qui y prend sa source. Les anciens Egyptiens savaient déjà depuis l’antiquité Kémétique, que le régime du Nil était lié aux fortes pluies dans les montagnes éthiopiennes et à la fonte des neiges sur les monts Simien à 4550 mètres d’altitude. Le reste du débit du Nil est assuré par le Nil blanc qui prend sa source au Lac Victoria que se partagent l’Ouganda, le Kenya et la Tanzanie.

Le conflit est né d’un ostracisme dont l’Ethiopie a longtemps souffert de la part des occupants européens (Anglais, Français et Italiens). Les colonisateurs européens n’ont jamais digéré que l’Ethiopie ne fût jamais colonisée par eux, considérant cela comme une anomalie de l’histoire humaine! Ils n’ont non plus jamais digéré la victoire que l’empereur Ménélik 2 avait infligée aux troupes italiennes le 1er mars 1896 à Adoua. Pour punir ce pays et prendre une revanche sur lui, la Grande-Bretagne inscrivit dans le traité de 1902 fixant arbitrairement la frontière de celui-ci avec le Soudan, une clause lui interdisant d’entreprendre sans son autorisation, un quelconque ouvrage hydraulique en amont, sur le Nil Bleu. En 1906, la France, la Grande Bretagne et l’Italie signèrent un autre traité tripartite déniant tout droit à l’Ethiopie sur les eaux du Nil. En 1929 (2) l’Egypte et le Soudan, avec la bénédiction toujours des Européens signèrent un traité léonin de partage des eaux du Nil, en y excluant tout bonnement l’Ethiopie, mais en y accordant en même temps à l’Egypte un droit de véto sur tout projet hydraulique que pourraient entreprendre les pays en amont et qui pourrait avoir un incident sur sa part des eaux. Quand l’Egypte sous Nasser négociait en 1959 (3) le projet de construction du barrage d’Assouan, l’Ethiopie n’y a même pas été invitée à plus forte raison reconnue comme ayant-droit sur les eaux du Nil. Les accords susvisés accordèrent 87% des eaux du Nil à l’Egypte et au Soudan. Selon les termes de ce traité, le Soudan avait le droit de prélever 19 milliards de mètres cubes et l’Egypte 55,5 milliards de mètres cubes sur les eaux du Nil. Ce partage inique et dépourvu de tout bon sens, était bien sûr inacceptable pour l’Ethiopie. Cet état des lieux sommaire des relations conflictuelles entre l’Ethiopie et ses voisins, montre qu’énormément de frustration a été accumulée par cette dernière durant presque soixante-dix ans! Maintenant que l’Ethiopie veut remplir son réservoir de retenue qui ne prend que 13,5 milliards d’eau du Nil bleu, cela soulève l’ire du Soudan et de l’Egypte.

Les menaces d’intervention militaires de l’Egypte :

L’Egypte et le Soudan craignent un détournement des eaux du Nil bleu par l’Ethiopie avec comme conséquence directe, une rétention dans le réservoir artificiel du barrage des limons fertiles indispensables pour l’agriculture des deux pays situés en aval. Aussi, mettent-ils en demeure l’Ethiopie de ne pas toucher à l’eau du Nil Blanc qui se trouve pourtant en territoire éthiopien, au risque de déclencher un conflit armé. Feu le Président égyptien Mohamed Morsi avant sa destitution par un coup d’état militaire, avait ouvertement menacé en 2013, de bombarder le chantier du Grand Barrage de la Renaissance pour le stopper. En outre, il avait menacé d’apporter son soutien aux indépendantistes du Tigré dans leur lutte contre les autorités d’Addis-Abéba, si un accord qui devrait lui être favorable n’était pas trouvé. Son successeur putschiste, le Maréchal Abdel Fattah Al-Sissi n’a nullement remis en question cette option guerrière de son prédécesseur, au contraire !  Après l’échec récent des négociations de Kinshasa, le maréchal a menacé l’Ethiopie le lendemain mercredi 07 avril en ces termes : « personne ne peut prendre une goutte d’eau de l’Egypte. C’est une ligne rouge » (dixit). Cette propension de l’Egypte à vouloir s’approprier la totalité des eaux du Nil est difficilement défendable au vu du droit international. La situation militaire dans cette partie de l’Afrique est déjà particulièrement explosive. En effet, l’Ethiopie est déjà en guerre ouverte contre le mouvement séparatiste du Tigré avec l’implication de son voisin l’Érythrée qui faisait partie de l’entité léguée par le Négus Haïlé Sélassié. D’autre part, la république de Djibouti qui est une base stratégique convoitée par toutes les puissances militaires du monde, à commencer par la France, les USA et la Chine qui y entretiennent des bases militaires, et dont les intérêts sont menacés par les terroristes Shebab somaliens, est également confronté à un mouvement irrédentiste interne qui combat le Président Ismaël Omar Gelleh qui y exerce un pouvoir clanique depuis 22 ans (il en est à son 5ème mandat !). Le Soudan est pris dans une spirale de violences ethniques sans fin au Darfour et l’Egypte elle-même est en proie à une contestation populaire contre le régime autoritaire de Sissi accusé d’avoir enterré les acquis de la révolution de la place Tahrir.

L’histoire de cette grande civilisation de Kemet que partagent tous ces pays africains, de la région des Grands Lacs jusqu’à la Méditerranée, devrait pourtant constituer un socle fédérateur solide sur lequel on pourrait construire une Afrique forte et unie, mettant surtout en avant son héritage philosophique de la Maat*). Kemet est en effet le nom que nos ancêtres avaient donné à cette partie baignée par le mythique fleuve Nil. Ce fleuve a enfanté la plus rayonnante des cultures et civilisations du monde, dont le récent défilé des pharaons noirs à travers les rues du Caire a émerveillé la planète entière. Cette région était une et indivisible pendant le règne des pharaons et avant l’incursion des étrangers (Grecs, Romains, Arabes, Assyriens, Turcs etc). Le peuple Kémite et les pharaons avaient appris à dompter le Nil sur tout son parcours de 6852 kilomètres – en comparaison, la distance Dakar-Paris est de 4213 km à vol d’oiseau ! –  et à l’exploiter pour en tirer le plus grand bénéfice pour toutes ses populations. Leur génie a construit les pyramides, inventé l’architecture, l’astrologie, l’astronomie, les mathématiques, la géométrie descriptive, l’arpentage pour délimiter les terres de cultures, l’hydraulique pour irriguer les terres, etc. Le premier ingénieur hydraulicien du monde fut un africain noir, en l’occurrence le 1er pharaon de Kemet (Egypte) Mény, ou Narmer ou Ménès (de son nom donné par ls Grecs), qui unifia la Haute et la Basse Egypte, 3100 ans avant Jésus-Christ !. L’actuel lit du Nil ne correspond pas en effet à son lit initial. C’est Ménès qui a détourné son cours pour créer des « Polders », en vue de la construction et de la fortification de la ville de Memphis comme poste militaire avancée pour protéger l’empire Kemet contre les envahisseurs asiatiques et récupérer des terres pour l’habitat et l’agriculture, dans la zone marécageuse du delta. Dans son fameux livre « Nations Nègres et Culture I (4), le savant africain et plus grand égyptologue du monde Cheikh Anta Diop cite un passage très instructif de l’historien grec Hérodote contemporain de cette brillante civilisation plusieurs fois millénaire, qui a décrit de manière exhaustive les gigantesques travaux hydrauliques effectués par Ménès (v. page 152) en ces termes : « Ménès qui fut le premier roi d’Egypte, fit faire, selon les prêtres des digues à Memphis. Le fleuve, jusqu’au règne de ce prince, coulait entièrement le long de la montagne sablonneuse qui est du côté de la Libye mais, ayant comblé le coude que forme le Nil du côté du Midi et construit une digue environ à cent stades au-dessus de Memphis, il mit à sec son ancien lit, et lui fit prendre son cours par un nouveau canal afin qu’il coulât à égale distance des montagnes : et encore aujourd’hui, sous la domination des Perses, on a une attention particulière à ce même coude du Nil, dont les eaux retenues par les digues, coulent d’un autre côté, et on a soin de les fortifier tous les ans. En effet, si le fleuve venait à les rompre, et à se répandre de ce côté-là dans les terres, Memphis risquerait d’être entièrement submergée (Hérodote II, 99) ».

Conclusion et appel aux dirigeants africains

La situation dans la corne de l’Afrique est très préoccupante et risque d’embraser tout le continent, si l’Egypte en arrivait à mettre à exécution ses menaces de guerre contre l’Ethiopie, avec probablement le soutien du Soudan Nord. Ce différend devrait désormais être considéré par les Présidents et chefs de gouvernements africains comme la première des priorités du continent à régler d’urgence. Pour cette raison, j’en appelle au Président Macky Sall de mon pays, de prendre l’initiative de faire convoquer une réunion extraordinaire de l’UA, pour régler ce problème africain avant que le Conseil de Sécurité de l’ONU ne s’en saisisse. Les seules questions qui méritent d’être posées et débattues seraient :

  1. De quel droit international ou historique peuvent se prévaloir l’Egypte et le Soudan, situés en aval de 9 autres pays africains baignés par le Nil avant de se jeter dans la Méditerranée, pour justifier une propriété privée sur 87% des ressources hydriques du Nil ?
  2. Pourquoi, l’Ethiopie qui fournit 86% de l’eau du Nil dont a besoin le barrage d’Assouan n’a aucun droit sur ces eaux ?
  3. Pourquoi limite-t-on les négociations sur le partage des eaux du Nil à seulement 3 pays (Egypte, Soudan et Ethiopie), alors que 8 autres pays africains en amont sont concernés et y ont droit ?
  4. Le réservoir de retenue d’un barrage hydroélectrique ne diminue pas le régime régulier d’un fleuve ! C’est pendant la phase de remplissage qu’il faut réguler et contrôler les débits du Nil bleu. Mais si les pluies et la neige tombent en abondance, il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour le Nil. Chaque année on procède au barrage de Diama (Sénégal) comme partout dans le monde à des lâchers d’eau excédentaires vers l’océan, pour éviter les inondations, de même qu’à Assouan. Pourquoi alors refuser à l’Ethiopie de remplir son barrage ?

Les hydro-conflits ne sont pas spécifiques de l’Afrique, mais sont planétaires. Exemples :

  • Le partage des eaux du fleuve Colorado est source de tension entre le Mexique et les USA, ces derniers prélevant 90% des eaux pour ne laisser que 10% au Mexique ;
  • L’Euphrate et le Tigre opposent depuis toujours l’Iran, la Turquie, la Syrie et l’Iraq ;
  • Le bassin du fleuve Jourdain fait partie des facteurs de perpétuation de la guerre au Moyen-Orient entre Israël, la Jordanie, la Syrie et le Liban qui se le partagent ;

Ces exemples pourraient être multipliés à volonté. Dans la plupart des foyers hydro-conflictuels, c’est cependant par les négociations que les différends ont été aplanis. C’est l’UA qui doit régler ce contentieux dans l’intérêt supérieur de l’Afrique et du Panafricanisme. Les pays arrosés par le bassin du Nil représentent maintenant 40% de la population du continent. C’est une région-tampon et hautement stratégique entre l’orient et l’occident, où le canal de Suez – les perturbations du commerce mondial suit au blocage du canal par le porte-conteneurs Ever Given en sont une illustration ! – joue un rôle primordial dans l’économie mondiale. Si cette région est déstabilisée, toute l’Afrique en pâtira. En apportant des réponses justes aux 4 questions posées ci-dessus, l’UA saura sûrement trouver un consensus qui sauvera la paix sous l’arbre à palabres africain. Hérodote disait que « l’Egypte est un don du Nil », Cheikh Anta Diop l’aurait poliment corrigé en disant que c’est « Kemet qui est un don du Nil » !

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Secrétaire Général

Du Mouvement Panafricain pour la Renaissance

et la Dignité de l’Afrique Kemet (M.P.-R.D.A Kemet)

Ingénieur en Génie Civil

Dr. ès Sciences en Structures, Ingénieur Hydraulicien

Ancien Professeur à l’Ecole Polytechnique de Thiès.

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*) La Maat est symbolisée par une femme, dans la mythologie égyptienne, incarnation de la déesse de l’ordre, de l’équilibre du monde, de l’équité, de la paix, de la vérité et de la justice. Elle est l’antithèse de l’Isfet qui est chaos, injustice et désordre social. La Maat symbolise la norme universelle, à savoir l’équilibre établi par le Créateur, la justice qui permet d’agir selon le droit, l’ordre qui fait conformer les actes de chacun aux lois, la vérité, la droiture et la confiance.

  • Barrage de la Renaissance ; l’Afrique du Sud peut-elle résoudre le conflit sur les eaux du Nil ?. JEAN-PHILIPPE REMY. Journal LE MONDE du 14 janvier 2020.
  • “Combats sur le Nil : la guerre de l’eau ?”. ALAIN GASCON. Bulletin de l’association de géographes français, 92-2 | 2015, 154-166. ALAIN GASCON
  • Le barrage de la discorde entre l’Ethiopie et l’Egypte. Journal LE MONDE du 03 juillet 2020. FLAVIE HOLZINGER, XEMARTIN LABORDE et ERIC DEDIER ;
  • Nations Nègres et Culture I. CHEIKH ANTA DIOP. Edition Présence Africaine 1979. ISBN 2-7087-0362-5.
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