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Gambie-Guinée Bissau-Sénégal : Élémentaire, mon cher Watson

Gambie-Guinée Bissau-Sénégal

Parlementaire, mon cher Watson

Le Sénégal de la cohabitation a déjà démontré les difficultés de Macky Sall à imposer ses désidératas à la chambre d’enregistrement et devra se limiter au strict minimum. Régime sec également pour le Gambien Adama Barrow et au Bissau-guinéen Umaro Sissoco Emballo sans majorité parlementaire : n’est pas démocrate qui veut, malgré les invites des sociétés.

Après la Gambie et le Sénégal, voici que la Guinée-Bissau bascule aussi au niveau parlementaire : les majorités perdent leur rang et doivent marauder pour grappiller des voix et se donner bonne contenance.
Ce pourrait être difficile en Guinée-Bissau où l’opposition maintient une forte majorité, en juin, de même qu’en Gambie quand le Sénégal vit un équilibre précaire avec une opposition qui voulait imposer une cohabitation en juillet 2022 et qui se divise pour secourir la « majorité ».
En Guinée-Bissau, la défaite est plus cuisante avec la majorité absolue de l’historique Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (Paigc), qui obtient 54 sièges devant tous les autres, le Madem G15 du président (29 sièges), le Parti du renouveau social (PRS) avec 12 députés, le Parti des travailleurs (6 députés) et un siège pour l’Assemblée du peuple uni.

« Et puis ce qui se passe en Gambie n’est pas rassurant : Barro se retrouve avec 18 députés ; il est en train de faire du racolage pour avoir une majorité.
Nous n’avons aucun appui de nos voisins, et ceci depuis Jawara. Le voisinage doit se construire de l’intérieur, par une consolidation de la cohésion et de l’unité nationales. Seul Macky Sall peut apaiser et réconcilier, sans une confrontation qui inquiète les services de sécurité intérieurs et internationaux ainsi que les chancelleries qui sont au fond dans l’espionnage ».

Ansoumana Mané

Le Sénégal risque de payer cher son appui à ses voisins : sa sollicitude historique pour la Guinée-Bissau et la Gambie, au-delà d’une diplomatie de bon voisinage, se voulait avant tout sécuritaire avec l’irrédentisme casamançais qui avait ses bases de repli chez les voisins immédiats;  après avoir opté pour Darboe dès Abdou Diouf, Dakar a continué à agir pour la sécurité avec un Barrow qui vient de montrer ses limites. Il en désormais de même en Guinée-Bissau avec Mballo, malgré les efforts déployés depuis la guerre civile avec Ansoumana Mané.
Le Gambien essaye de rebondir en promettant un procès à son prédécesseur Yaya Jammeh. Comme jadis pour la crise au Libéria, l’Afrique occupée ailleurs va fermer les yeux sur une solution adoptée au Libéria avec l’exil de Charles Taylor pour favoriser la paix et sur lequel elle est revenue ; l’exfiltration de Yaya Jammeh participait de la même logique que l’absence de majorité cherche à rejeter.
En Guinée-Bissau, le président en exercice de la Cedeao ne pouvait que prêcher par l’exemple de l’ouverture et de la tolérance en recevant le nouveau chef de l’opposition dès le lendemain des Législatives, pour dégonfler la tension post-électorale.

Les responsables ouest-africains ne semblent pas comprendre cette forme de démocratie quand le pouvoir éclaté est un appel à la tolérance, à l’unité dans la diversité. Le Sénégal le refuse depuis les années 90 avec une capitale qui tourne le dos au pouvoir avec les résultats qu’on a enregistrés ce mois de juin de triste mémoire. Aujourd’hui, ce sont des démocraties de seconde génération comme la Guinée-Bissau qui lancent ce cri de cœur.

 

P. MBODJE