François Bayrou : Éviter le 10, tomber le 08
France
Pau de départ de M. Bayrou
le 8 septembre à 20h à Matignon
Afin d’anticiper sur les appels à bloquer le pays le 10 septembre, François Bayrou passe de « l’alerte mortelle » d’hier au « surendettement » d’aujourd’hui, augmentant la peur qui pousse les députés à rejeter la confiance que le Premier ministre cherche le 8 septembre prochain.

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Un danger immédiat pèse sur nous auquel nous devons faire face, non pas demain ou après-demain, mais aujourd’hui même sans retard d’aucune sorte, sans quoi l’avenir nous sera interdit et le présent durement et lourdement aggravé. Notre pays est en danger parce que nous sommes au risque du surendettement. Notre pays est en danger parce que nous sommes au bord du surendettement. Sur les deux dernières décennies, malgré la succession de gouvernements de tendance différente, la dette de notre pays s’est accrue de 2000 milliards d’euros : 1.000 milliards entre 2005 et 2015, et 1.000 milliards entre 2015 et 2025… », François Bayrou; lors de sa conférence de presse à Paris, le 25 août 2025.
Dans une adresse grave, François Bayrou affirme que la France traverse un moment périlleux et met sa fonction en jeu : alors que des blocages sont annoncés pour le 10 septembre 2025 et qu’une censure menace, le Premier ministre appelle à la responsabilité, invoquant une dette aggravée par des dépenses excessives. Le leader du MoDem demandera la confiance des députés le 8 septembre : si le « non » l’emporte, il démissionnera. La Gauche et l’Extrême-droite ont déjà fait savoir qu’elles s’y opposeront.
La mission d’un Premier ministre n’est pas d’effrayer (valable aussi pour Ousmane Sonko) mais de donner un cap et d’expliquer. S’il veut réellement réduire les déficits, il doit en présenter l’anatomie de façon transparente afin que chacun comprenne et se sente sécurisé. À l’inverse, le registre choisi de « l’alerte mortelle » d’hier au « surendettement » d’aujourd’hui vise la sidération pour faire accepter des réformes impopulaires. Il épargne à demi les retraités au nom d’une responsabilité partagée. Mais la dramatisation n’emporte pas l’adhésion. La vraie pédagogie, c’est définir le déficit, comparer la trajectoire de dette avec celle des pays voisins et expliquer comment les réformes amélioreront concrètement le quotidien.
Non, le péril n’est pas immédiat. La dette a explosé ailleurs — les États-Unis en tête, portés par le «privilège dollar » — et l’euro reste une monnaie de référence. Sur vingt ans, d’autres pays (Grèce, USA, Royaume Uni) ont vu leur dette croître plus vite, quand la France a récemment stabilisé son ratio. Les dépenses publiques ? Pratiquement inchangées depuis 2017 (57,2 % du PIB contre 57,7 %) : le nœud est côté recettes, après des baisses d’impôts massives et ciblées sous Macron. « … Mais cela me permet de rappeler à tout le monde que la dette, ce ne sont pas les gouvernements qui la consomment. Cette dette colossale, elle a été année après année consommée en dépenses courantes et en protection de nos concitoyens. Il suffit de penser au Covid… », François Bayrou.
En réalité, si la dette a bondi de 40 à 60 % du PIB, c’est d’abord à cause de trois chocs exogènes : subprimes, pandémie, énergie.
La crise des subprimes en 2007 venant des USA et déferlant en Europe a explosé la dette pour pouvoir sauver les banques, aider les entreprises, compenser les licenciements des entreprises via l’assurance chômage. Ce n’est pas à cause des Français.
Le Covid qui n’est pas propre à la France durant lequel l’Etat faisait à 100% l’économie en aidant les entreprises, les restaurateurs, les gens en chômage technique, etc.
La hausse des prix de l’énergie due à la crise russo-ukrainienne. C’est aussi un choc extérieur à l’économie française. On ne blâme pas des citoyens quand l’État joue le bouclier. Le reste tient à une « révolution contrefiscale » (env. 70 Md€) profitable à une minorité, les ultras riches : flat taxe, ISF qui concerne 1% de la population qui détient 25% du patrimoine, taxe d’habitation avec 40% de ces gens qui avaient une taxe plus ou moins exonérée. La bonne pédagogie, c’est rappeler que l’école, la santé, la protection sociale sont des investissements diffus, qui irriguent le privé. Et admettre qu’on a manqué l’occasion d’investir plus, à taux négatifs, avant le Covid.
La dette sert de variable d’ajustement à sens unique : « danger » pour justifier le gel des retraites ou la baisse des postes publics, mais beaucoup moins dès qu’on parle de contribution des plus riches. Or, tailler dans la dépense peut provoquer un trou d’air économique et faire grimper le ratio dette/PIB. Les effets « Dracula », « 100 milliards en 2030 ! » dramatisent sans contextualiser : rapportée au PIB futur, la charge resterait autour de 2,5% à 3%, niveau quasi-inchangé depuis 1515–2020 ans et plus élevé encore dans les années 1990.
« Le risque suprême, c’est de laisser se décomposer le débat public, la situation de voir des affrontements, des gens qui disent : “On va tout bloquer” et au fond des gens qui pensent que c’est pas si grave que ça. Monsieur, c’est grave. Je peux pas le dire mieux. », extrait de sa conférence de presse.

François Bayrou appelle à un vote de confiance le 8 septembre. Il laisse entendre que si le gouvernement tombe, la situation sera catastrophique économiquement. Le ministre de l’Economie et des Finances Eric Lombard, dans sa déclaration du 26 août sur France Interne, appuie cette thèse : « il y a un risque que le FMI intervienne ». Présenter l’arrivée du FMI comme imminente, avec son cortège de mesures « choc », sert surtout à installer la peur pour faire passer un programme impopulaire : retraites amputées de 30%, réduction massive de la fonction publique, privatisations. Cette dramatisation n’est pas nouvelle. Or, dans l’architecture européenne, la BCE est le premier rempart, et une part substantielle de la dette française étant détenue par des acteurs européens, un « scénario FMI » serait un aveu d’échec collectif aux effets domino. La France n’est pas la Grèce : entre patrimoine public net, haut niveau d’épargne des ménages et indicateurs macro loin d’être dégradés, on est très en deçà d’une situation justifiant une mise sous tutelle.
Que des Français se tiennent prêts pour le « plan de départ » de Bayrou n’a rien d’illogique. La séquence politique est marquée par une réélection en 2022 assumée comme un vote de barrage, une dissolution en 2024 suivie d’une victoire du NFP puis la nomination de Michel Barnier, perçue comme un déni du message des urnes. Malgré 7 salariés sur 10 opposés à la réforme des retraites et 8 Français sur 10 favorables à la taxe Zucman, l’exécutif est resté inflexible. Dans un quotidien où logement, énergie et biens essentiels coûtent plus cher, où les salaires stagnent tandis que les dividendes augmentent, l’idée d’une « cure d’austérité » imposée nourrit une colère diffuse qui pourrait finir par exploser.

Séga Fall MBODJI,
MOA Pôle ALM DFINF/Trésorerie chez Groupe Caisse des Dépôts
Ingénieur Statisticien – Mathématicien du risque & Actuariat, aide à la décision, Paris,
06 50 54 72 75 Segafall.mbodji@gmail.
Boîte de réception (2)
Message 1 : Je vous confirme l’organisation du PAU de départ de Monsieur Bayrou le 8 septembre à 20h à Matignon.
Message 2 : Monsieur Bayrou, votre réservation a bien été prise en compte.
