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France : Bayrou, l’ombre Marine

France : À l’ombre du Fn

Gaspiller le temps,
sans totem ni tabou

Avec Marine, ni majorité, ni motion de censure

La censure brandie par le Parti socialiste, si elle menait à une nouvelle dissolution, coûterait sa place à Marine Le Pen, désormais inéligible.  Le Rassemblement national n’a donc pour l’instant aucune motivation à censurer le gouvernement, même pour les retraites ; le Parti socialiste perd ainsi son rôle pivot au parlement et a échoué dans sa tentative d’influencer Bayrou ;  l’austérité s’est abattue sans ménagement, la réforme des retraites a été consolidée et le gouvernement n’a cessé de glisser à droite. Bayrou n’a fait qu’enfoncer le pays dans le chaos.

De notre correspondant en France

Lundi 23 juin, les discussions du conclave ont abouti à leur conclusion naturelle : l’échec. Dans la précipitation, François Bayrou a convoqué les partenaires sociaux pour conclure qu’il n’y avait pas d’accord, et donc pas d’issue solide.
En effet, en janvier 2025, devenu Premier ministre, François Bayrou annonce la relance de la réforme des retraites via un conclave de trois mois entre syndicats et patronat, sur l’ensemble des paramètres, y compris l’âge de départ à la retraite à 64 ans. L’objectif est la renégociation rapide, sans tabou, avec un calendrier fixé jusqu’à fin mai. Si aucun accord, la loi actuelle s’applique.
Cette mascarade a été très tôt démasquée par Force ouvrière qui quitte la table dès fin février. En mars, Bayrou ferme la porte à un retour à 62 ans, citant le déficit projeté (6,6 milliards en 2025 et 30 milliards en 2045). Cette position entraîne le départ des artisans/patronat et de la CGT, éreintée par les déclarations du Premier ministre.
La crise parlementaire arrive avec des conséquences imprévisibles. « Moi, j’ai été entendue, scannée, vérifiée, contrôlée et pas qu’une fois. », Rachida Dati. Olivier Faure sur BFM TV : « François Bayrou a ‘vicié’ le conclave ». Les Socialistes menacent donc d’aller vers la censure. En janvier, Bayrou s’est exprimé devant le parlement en ces termes : « Nous pouvons, j’en ai la conviction, rechercher une voie de réforme nouvelle sans aucun totem, sans aucun tabou, pas même l’âge de la retraite à condition qu’elle réponde à l’exigence fixée ». Puis il dérive en disant que les discussions ne pouvaient pas porter sur l’abrogation des 64 ans. Il a donné les pleins pouvoirs au patronat en voulant appliquer la loi de mars 2023 si aucun accord n’est conclu. Or le patronat n’avait aucun intérêt à conclure un accord. Et encore Bayrou le clairvoyant au parlement : « Oh c’est parfaitement clair ».
Ce conclave était un dispositif dilatoire pour gaspiller du temps et créer une apparence de légitimité à un processus vicié depuis le début. Le débat des partenaires sociaux était verrouillé et le débat parlementaire ne l’était pas moins. Les Socialistes ont demandé à Bayrou de remettre l’intégralité de la question sur le tapis et de laisser l’Assemblée nationale et le Sénat s’emparer du sujet pour proposer une vraie réforme des retraites. L’idée a été soutenue par les partenaires sociaux de Gauche. Rappelons que le 5 juin dernier, plus de 180 députés ont voté pour l’abrogation de la réforme. Mais en bon macroniste, Bayrou a catégoriquement refusé tout ce qui s’apparenterait à une autonomie parlementaire. La censure brandie par le PS, si elle menait à une nouvelle dissolution, coûterait sa place à Marine Le Pen, désormais inéligible. Et donc, le Rassemblement national n’a pour l’instant aucune motivation à censurer le gouvernement, même pour les retraites. Il ne compte pas apporter aux Français les deux années de retraite volées au profit du capital. Ce n’est pas surprenant :  les retraites ne sont plus une priorité pour un parti qui cherche à séduire les élites économiques de Droite pour qui la réforme a été une aubaine. Cela fait des mois que le RN soutient largement les initiatives du gouvernement. Sans lui, ni majorité, ni motion de censure. Comme Barnier avant lui, Bayrou a pu compter sur le RN pour se maintenir jusqu’aujourd’hui.
Dans ce contexte, le PS a perdu son rôle pivot au parlement : sa tentative d’influencer Bayrou a échoué, l’austérité s’est abattue sans ménagement, la réforme des retraites a été consolidée et le gouvernement n’a cessé de glisser à droite. Bayrou n’a fait qu’enfoncer le pays dans le chaos.
La droitisation du gouvernement a pour corollaire la macronie qui est le Robin des riches. Il faut lui reconnaître un vrai talent pour inventer de nouveaux moyens d’enfoncer les pauvres et d’enrichir les riches sans en avoir l’air. Bayrou cherche 40 milliards et pour justifier les coupes dans les dépenses publiques, il renvoie la faute sur les autres : « Depuis des décennies, on a laissé tous courants politiques confondus, on a laissé s’accumuler les déficits, on a laissé s’accumuler une montagne de dette… ». Comme l’opposition l’a rappelé, cette dette est largement due à Macron.
Un rapport de la Cour des Comptes dit qu’aujourd’hui en raison des exonérations de cotisations sociales qui n’ont pas été financées par l’État, en raison de mesures par exemple de primes qui se sont substituées à des augmentations de salaires, le manque à gagner pour la sécurité sociale par an est de 19 milliards. Des pistes sont à l’étude pour réduire le déficit et comme toujours sans toucher les riches mais en tapant sur les pauvres. En effet, le jeudi 12 juin 2025, le Sénat a rejeté la taxe Zucman--photo–, un impôt planché de 2% sur le patrimoine des centimillionnaires. Yannick Jadot a exprimé son ire à l’Assemblée nationale : « Vous préférez en fait perdre 20 milliards de recettes potentielles pour protéger ces privilégiés plutôt que d’investir dans la santé, dans la santé mentale de notre jeunesse, on en a beaucoup parlé cette semaine, dans la transition écologique, dans la réindustrialisation, dans l’école ou dans l’hôpital ». Ainsi poursuit-il : « Sommes-nous devenus une plutocratie ? Le Sénat de la République qui devrait se battre bec et ongle pour lutter contre les coupes budgétaires qui abîment notre territoire et notre collectivité, ce Sénat de la République est-il devenu la chambre des pairs sous la restauration, plus soucieux de protéger uniquement les privilégiés ? ». En France, plus vous êtes riche, moins vous payez d’impôt sur votre patrimoine. Yan Chantrel, Sénateur des Français établis hors de France, sans langue de bois : « Ça concerne ceux qui gagnent plus de 100 millions dans notre pays. 100 millions d’euros. 2% parce qu’eux, ils ne payent que 27% en termes de cotisations sociales et de revenus alors que nos compatriotes payent, eux, 50%. Elle est là la justice. Ça ne sera jamais accepté ce redressement des comptes publics s’il n’est pas fait dans la justice fiscale et que ça soit les plus fortunés qui puissent y contribuer ». Pour mieux comprendre : les riches ne sont pas rémunérés pour un travail, mais vivent de leur capital. C’est comme si leurs maisons, voitures ou comptes en banque leur rapportaient de l’argent au lieu de leur en coûter. Quand on s’enrichit par son patrimoine, on gagne de l’argent dans deux cas : soit en vendant, soit en touchant des dividendes. Donc pour savoir ce qu’ils payent vraiment, il faut regarder la taxation sur le capital.
En 2023, l’OCDE a publié une étude comparant les revenus du travail (pauvres) et ceux du capital (riches). Sans surprise, les revenus du travail sont plus taxés. Quelqu’un qui gagne 1.800 € avec son SMIC paiera plus d’impôts dessus que quelqu’un qui gagne 1.800 € par son capital. Le SMAR paiera 600 € de taxe alors que le capitaliste, lui, seulement 350 €. Cette différence s’aggrave à mesure que les sommes augmentent. En conclusion, plus vous travaillez plus vous êtes taxé, mais plus vous gagnez en capital, vous gagnez tout court. Malgré cela, les ultra-riches ont une autre arme pour échapper davantage à l’impôt : c’est le fameux Buy Borrow Die c’est-à-dire acheter, emprunter, mourir. Comme les banques ne prêtent qu’aux riches, ces derniers vivent donc à crédit, en laissant quelques actions en garantie. Et le coup de maître : pas d’impôt sur les emprunts.
La taxe Zucman est pensée pour contrer cette logique : peu importe ce que votre capital vous rapporte, s’il dépasse 100 millions d’euros, vous paierez 2% par an. Or ces grandes fortunes ont une rentabilité de 7,5% par an. C’est donc contre ces efforts de justice fiscale que les sénateurs ont voté en rejetant la proposition de loi. Bayrou qui aime jouer dans l’ambiguïté : « Je ne ciblerai pas une catégorie de Français à l’exclusion des autres ». Oh comme c’est beau les promesses d’égalité d’un macroniste !

Séga Fall MBODJI,

Paris