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Fouta Trahi, Fouta Oublié. Podor Debout ! Matam Debout ! De notre correspondant à Matam, Habib KÂ

Alors tant pis (Parler Pulaar vrai, sans détours)

Ce qui devait être tu ou dit sous le caftan, les jeunes du Fouta ont franchi le pas de le porter sur la place publique, foulant au pied le principe d’un adage généralement partagé : “Maman est sorcière” s’avoue entre frères utérins, loin des oreilles indiscrètes.

Depuis qu’il est réélu président, Macky Sall a délaissé cette contrée qui a voté à plus de 93 % pour lui. Il n’y a plus mis pied et, chaque fois qu’il essaie de le faire, ses services l’en dissuadent. Parce que ce fils du terroir avait tellement rempli de promesses les ventres des parents, comme en 2012 ! Promesses, sommes toutes, qui s’envolent comme le vent en train de souffler.

Depuis deux ans donc, le découragement, la désillusion bouillonnaient dans les rangs. L’Alliance pour la République (APR) et le président de la République subissaient les foudres d’une jeunesse révoltée. Leitmotiv : Fouta Trahi, Fouta Oublié !

Les leaders locaux, eux aussi, s’étaient terrés. Ils n’y affichaient leur bouille qu’occasionnellement, le temps d’un week-end, comme pour ces deux grands meetings tenus à Matam, le 21 mars, et Podor, les 2 et 3 avril.

A l’interne, certains désespèrent d’être promus, placés quelque part. Ils ne sont responsabilisés en rien, snobés, tout lien coupé avec le pouvoir central. Alors que le temps s’en va, l’espoir s’amenuise.

Le Daande Maayo enclavé sombre, les hôpitaux laissent à désirer, Podor et Matam, temples du savoir, prient pour des Universités.

Meetings ? De jeunes élèves et étudiants, de petits travailleurs convoyés depuis Dakar par bus pour être désintéressés d’un 30.000, 20.000 francs. Ceux trouvés sur place sont indexés à 15.000 francs. A la fin de la messe, les coxeurs se beurrent à la tête des militants d’un jour, en “taxant” 2.500 voire 5.000 francs sur chaque contrat. Au Fouta, ses misères !

De Dagana à Demmankane, le Fouta n’a jamais été aussi soudé, aussi uni derrière un homme, depuis le Jihad de Cheikh Oumar Al Foutiyou Tall, de Alpha Oumar Thierno Bayla. Parce que les Sénégalais étaient las des manœuvres criardes du président Abdoulaye Wade de se faire succéder par son fils biologique, parce qu’aussi ils avaient fermé la page austère de quarante ans de gouvernance socialiste et qu’ils ne voulaient pas faire un tour en arrière, que le candidat Macky Sall s’offrait comme la troisième voie, la voie espérée du salut, au sens métaphysique du terme.

En plus d’être jeune, fils de la contrée, d’une campagne soutenue de porte à porte pour mailler le pays des profondeurs et des moyens financiers lourds, le candidat du Yoonu Yokkute a su s’imposer aux Sénégalais et aux Foutankè comme the right man.

Le Daande Maayo, la voie du développement, la bataille Nord-Sud

Le projet route bitumée qui devait partir de Oréfondé à Dembancané a été arrêté à Matam, l’axe Nawel-Matam risquant d’être aménagé en latérite. Une hérésie née d’une bataille entre un Nord et un Sud artificiels entretenue à dessein pour mieux diviser les populations et retarder leur accès au développement dans une zone où la lampe à pétrole et la latérite sont toujours reines (Lire l’entretien avec Almamy Bocoum en page 5). Sur financement extérieur. Le président Macky Sall devait lancer les travaux. Depuis, les populations attendent toujours Godot pourtant plébiscité au niveau local avec 94 % de voix.

Le financement de la route bitumée du Daande Maayo, Oréfonde-Matam, un linéaire de 104 km à hauteur de 300 milliards de francs Cfa serait acquis, selon un responsable politique local, avec le Fonds d’Entretien routier autonome (FERA), des accords de prêts avec plusieurs partenaires financiers dont un de 15 milliards de francs cfa de la Banque ouest-africaine de Développement (BOAD) et des contributions de généreux donateurs. Le ministère des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement (MITTD) a donné quitus à l’Ageroute pour le lancement des appels d’offres pour : bitumage, construction de ponts, aménagements connexes, travaux généraux d’assainissement, etc . . .

Et le responsable politique de rassurer encore les populations du Fouta qui se sentaient trahies, abandonnées par un président de la République qu’elles avaient reconduit avec un record de 94 % : “Le président Macky Sall sera l’hôte de la région pour procéder au coup d’envoi des travaux de la route du Dandé Mayo qui traverse tout le Fouta sur 250 km jusqu’à Bakel, avec la construction et la réhabilitation de 10 ponts le long du parcours”. Étant entendu que Daande Maayo nord et sud ne sont qu’une vue de l’esprit, des considérations artificielles car ces termes ne sont référencés ni par des critères historiques encore moins géographiques, qu’un chauvinisme local pourrait animer et qui ne profiterait qu’aux divisionnistes prêts à exploiter les failles d’une unité régionale, départementale, territoriale que le projet de bitumage risque d’imposer aux localités.

Il faut en effet préciser tout de suite, ici, en le déplorant, que le projet de financement de la route bitumée qui devait partir de Oréfondé à Dembancané a été arrêté à Matam, l’axe Nawel-Matam risquant d’être aménagé en piste de latérite. Une hérésie qui, assurément, heurtera des sensibilités citoyennes et fragilisera l’avenir des grandes cohésions territoriales souhaitées, nécessaires, seul gage d’un véritable développement intercommunautaire durable.

Par ailleurs, Ourossogui et Matam, avec le Programme de modernisation des villes (Promovilles), bénéficieraient de 22 milliards arrêtés pour les travaux d’extension et de réhabilitation du Centre hospitalier régional de Ourossogui, les 4 milliards de l’Hôpital de Matam, plus la réhabilitation de l’aéroport de Ourossogui, la finition du tronçon Thilogne-Ourossogui, une plaie béante, purulente sur le visage de la RN2 ; ces projets pourraient pourtant permettre à la région de respirer un peu l’air d’un renouveau.

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