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Financement des partis politiques: Encore Ousmane Sonko, chef de chœur ! Habib KÂ, Bureau régional Matam

Il lui suffit d’un simple claquement de doigts pour déclencher toute la symphonie musicale : Sonko par-ci, Sonko par-là, sur toutes les lèvres, sur tous les toits. N’est-ce pas ? La question du financement public des partis fut remise au goût du jour.

Thilogne -125 millions 899 milles francs cfa collectés par son parti en moins d’une demi-journée suffisent pour faire sortir le ministre de l’Intérieur de ses gonds et, à 2 heures du mat’, de se fendre d’un communiqué qui menace le Pastef/ les Patriotes de dissolution. Une réaction disproportionnée par rapport à la gravité de la faute supposée commise : la loi de 1981 modifiée relative aux partis politiques ne pose aucune entrave quant au financement et n’interdit nullement  les Sénégalais de l’extérieur de financer un parti politique ; tout citoyen sénégalais résidant à l’étranger peut financer, en toute légalité, un parti politique légalement constitué au Sénégal.

Quoi de plus normal qu’un parti politique  s’autofinance par les cotisations de ses membres, les dons des sympathisants ? Certains se rappellent le Parti du Rassemblement africain (PRA/Sénégal) qui avait ses “toolu alarba” qui ne sont rien différents des Vacances agricoles patriotiques (VAP) initiées par le Pastef.

S’investir physiquement, politiquement et financierement pour le triomphe des idéaux de son parti n’est pas un fait nouveau dans l’histoire de la politique sénégalaise.

Du président Ibrahima Seydou Ndaw Jaraaf à Maître Léon Boissier Palun en passant par Abdoul Karim Bourgi, le Bloc démocratique sénégalais (BDS), ancêtre du Parti socialiste (PS), a bénéficié d’un soutien financier consistant et permanent de ceux-ci, armé le président Mamadou Dia pour implanter le parti à l’intérieur du Sénégal et gagner le cœur des sénégalais. Abdoulaye Wade et Macky Sall s’en sont inspirés, Ousmane Sonko suit leur trace.

Pierre Goudiaby Atépa aussi avait mis une certaine logistique de campagne électorale à la disposition du candidat de la coalition Jotna Ousmane Sonko.

Qu’en serait-il aujourd’hui si le richissime architecte récidivait avec,  en sus du siège, des mobiliers, du matériel de comunication, il rallongeait avec le service de sécurité, le matériels de transport, etc ? Aurait-on crié au blanchiment de l’argent sale, à l’influence des lobbies ?

Ils ne tirent pas le diable par la queue

2 milliards 500 millions de francs cfa ? Cest ce qu’il ya de plus aisé pour le Pastef de décrocher, sans que le pactole ne soit blanchi : ses militants et sympathisants ne tirent quand même pas le diable par la queue.

Le Parti démocratique sénégalais (PDS) de Me Abdoulaye Wade peut facilement réunir le montant comme le Mouvement Taxawu Sénégal du maire de Dakar de Khalifa Ababacar Sall. Cependant, un parti a plus de crédibilité, de vivacité s’il parvient à coopter les “phalanges” (expression jadis utilisée pour désigner les cotisations) de 100.000 militants, adhérents qui cotisent 1 milliard que 4 personnes pour le même montant. L’un comme l’autre est à portée de main pour le Pastef.

Que le président Ousmane Sonko exhorte ses militants et sympathisants à cotiser est plus une stratégie pour redéployer le parti, responsabiliser les militants aux différents échelons, que tout militant se mobilise, se détermine pour la cause commune, selon la devise de Pastef : “le don de soi pour la Patrie”.

Pour ne pas être l’obligé de personne, le  parti peut compter sur ses propres forces par les cotisations et dons de ses militants

D’autant que cette générosité du Sénégalais est traditionnelle :

Il y’a cette hospitalité légendaire du Sénégalais, cette générosité du don de soi qui fait que si vous installez le parti, voire la confrérie dans le cœur d’un responsable local, il devient « njaatige » et se substitue au parti pour en devenir systématiquement le financier, l’âme du mouvement ; il veut en faire une affaire personnelle, laaju maleen dërëm, tout le contraire des responsables politiques locaux, prédateurs de la finance.

Les données ont changé : c’est le militant local qui finançait le parti ; aujourd’hui,  pour la visite du leader dans la localité, il faut faire tout venir avec : casquettes, tee-shirts, boubous imprimés aux couleurs du parti, autres gadgets de propagande. Plus le déplacement  des populations, leur restauration, l’animation, chaises et bâches et les enveloppes à partager après le meetings aux quartiers, mosquées, femmes, jeunes, vieux. Si bien que ceux qui sont au pouvoir pensent que pour être élu, il faut avoir du fric, le nerf pour fouetter la détermination de l’électeur. Des rapports d’argent avec les militants qui expliquent le phénomène de la transhumance politique.

Les militants enivrés par l’odeur et le goût du fric, les militants ont tendance à se détourner du leader s’il ne fait pas pas partie de la combinaison gagnante de l’élection principale. Ils ont juré de ne pas rester loin de la mangeoire et de n’être qu’avec l’État (laamu), le parti au pouvoir. Cette mentalité courtisane fait bon sens, philosophie d’un rationalisme politique largement partagé.

Même si l’argent est le nerf de la guerre, il ne vous assure pas à 1000 % une victoire certaine. Les électeurs peuvent vous prendre l’argent et ne pas voter pour vous. Surtout que, pour l’APR, les responsables politiques détournent une partie des fonds pour se servir. Père Abdoulaye Wade en connaît grand chose, trahi par ses alliés et ses hommes de confiance pour avoir détourné entre les deux tours l’argent du meeting de Mantes-la-Jolie (destiné à convaincre les indécis). Ils ont tourné casaque, donnant consigne pour voter pour le candidat Macky Sall alors qu’ils accompagnaient la caravane PDS. Ce qui d’ailleurs avait provoqué un grand scandale financier où les bus affrétés n’avaient pas été payés, faisant les choux gras de la presse sénégalaise.

Ici, la classe politique sénégalaise joue à l’hypocrisie mais les ressortissants sénégalais basés à Libreville confirmeront l’exception si jamais il y en a eu : El Hadj Hadj Oumar Bongo Ondima remettait indistinctement des mallettes d’argent à toutes les personnalités de la Mouvance présidentielle qui effectuait une visite privée dans la capitale Libreville. Les rares privilégies qui accompagnaient l’hôte du jour savent cette pratique bongoienne de ses audiences. Mouvance présidentielle, opposition confondue.

Tony est trop frêle pour contenir les crises en latence que couve la situation politique du pays, où il faut un ministre de l’Intérieur plein d’astuces, de talent, opportuniste sur les bords aussi pour pouvoir gérer les mouvements d’humeur, de contestation et de revendication avec tact et sang-froid dans ce rapport de forces où les contradictions s’exacerberont davantage que s’approche le cap 2024, l’année de la Présidentielle qui, comme les Municipales et les Législatives, risque d’être repoussée.

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