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Financement des femmes et des jeunes: Le Fouta toujours debout, bras ouverts, pour étrenner la manne De notre correspondant à Matam, Habib KÂ, Thilogne

Dakar s’agite suite aux promesses mirobolantes de financement des femmes et jeunes qui en feraient la demande, pendant que le Fouta, totalement éloigné, coupé des réalités du centre, continue de vivre dans la nonchalance et la morosité des longues et pénibles journées de canicule, de poussière de latérite et de vents sahéliens, sans souci des actualités quotidiennes.

A Linguère, le maire de la commune, Aly Ngouille Ndiaye, très pragmatique, avait pris les devants avant même la tenue du conseil présidentiel du 22 avril 2021 pour la jeunesse sur l’emploi des jeunes, l’auto-emploi en initiant son forum le 17 mars 2021 sur le thème : “Auto-emploi et entrepreneuriat, quels projets pour relever le défi du chômage des jeunes au Djoloff ? » avec la présence effective de responsables de presque toutes les directions et agences concernées. C’est pour dire que la prise en charge de la formation de l’emploi des femmes et des jeunes est devenue une surpriorité, même pour Macky Sall et son gouvernement, d’ici l’an 2024.

Aux Agnams, en réponse aux objectifs fixés par le chef de l’État, l’entourage proche du député-maire Farba Ngom annonce la création de pas moins de 150 emplois dans le domaine de l’assainissement et l’enlèvement des ordures ménagères, pendant que dans la commune de Thilogne, femmes et jeunes continuent de vaquer tranquillement à leurs occupations quotidiennes, coupés de tout, informés de rien. Et, paradoxe, les plus vaillants, les plus méritants, seront les derniers du peloton. Réparer cette entorse devient un impératif pour que les financements tombent entre de bonnes mains, que l’État du Sénégal soit assuré que l’argent des contribuables a pris une destination sécurisée et qu’il peut espérer des retours d’investissement appréciables.

Dieu aime les lève-tôt.

Qui pourrait douter de la sincérité et de l’ardeur d’une veuve qui, tous les jours de la semaine, sa prière matinale accomplie, implorant le Tout-puissant de répandre sa miséricorde sur sa petite progéniture et de lui donner sa subsistance du jour ?

M.D, la cinquantaine bientôt, fait son commerce de beignets à la farine avec enthousiasme et amour de 07 heures à 11 heures. Un gagne-pain qui lui assure le supplément de la dépense quotidienne. Les maigres pièces récoltées n’ont d’autre destination que le fond d’une marmite éternellement posée entre trois pierres, qui consument toute l’énergie de cette dame, devenue seul soutien de la famille après le décès du mari, il y’a huit ans.

Chaque matin donc que Dieu donne à M.D. le bonheur d’ouvrir les yeux, marmites, cuillères, louches et fourneau sur la tête, elle prend la direction du garage, face à la Route nationale 2.

D’autres femmes, comme elle, exercent activités, cote-à cote ; à chacun sa marchandise de prédilection : qui des sachets d’eau glacée, qui des arachides grillées, des tranches de melon emballé dans du plastique transparent, qui du lait caillé. Tout au long de la journée, tel un rituel, elles ne se fatiguent de se lever pour proposer au bus et transports en commun, par les fenêtres des voitures, leurs marchandises, jusqu’au départ de celles-ci, pour ensuite se décider à se rasseoir, jusqu’au prochain coup de frein.

Le soir, vers 19 heures, c’est l’équipe de nuit qui prend le relais avec des jeunes filles et des adultes qui proposent des sandwichs de ndambe, de petits pois, de rognons, de viande, de poulet-salade, du café Touba à chaque coin de rue et sur la place du garage Baadel où le commerce de nuit se prolonge tard, jusqu’à trois heures, quatre heures du matin.

Chapeau ici à celles qui maitrisent les techniques de transformation des céréales, des légumes et fruits, formées, qui se consolent d’un diplôme de reconnaissance et qui individuellement se sont établies en leur propre compte, en dépit des maigres ressources dont elles disposent.

Que dire des jeunes diplômées, travaillant au compte d’un tiers dans le secteur prospère du transfert d’argent, qui ne cracheraient pas sur un financement qui leur permettrait d’entreprendre en leur nom et pour leur propre compte, dans un secteur avec l’expérience, qu’elles maitrisent comme les effets de leur sac à main ?

Il y’a aussi ses señores, femmes franchement commerçantes, les distributrices de poissons, de poulets de chair, les tailleuses, les restauratrices, les épicières. Qui déjà sont organisées en tontine, où, à chaque fin du mois, sur tirage, une personne peut récolter plus d’un million de francs cfa.

Soutenir ces braves dames, des veuves, des divorcées, des célibataires, debout sous le soleil et la poussière des vents d’harmattan, c’est leur ouvrir des perspectives radieuses en plus de contribuer à la stabilité sociale et, plus tard, à structurer l’informel pour poser les jalons de sa formalisation.

Ces braves dames, il faut le rappeler ici, sont sur les traces d’une grande figure emblématique de la lutte pour l’affirmation de la femme sur le double plan économique, politique : Bolo Mary Sall.

Faire faire escale et passer la nuit à Thilogne, à son domicile à Sala Ouro Aly Ganang, les présidents Léopold Sedar Senghor, Mamadou Dia, il n’y que cette grande dame, parmi les hommes, qui pouvait réussir cette prouesse.

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