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Femmes d’émigrés en Afrique, De si longues nuits… de solitude (Aurélie Fontaine – L’Harmattan 2018.) Par Mohamed Bachir Diop

Elles ont rêvé d’un El Dorado qu’auraient pu leur offrir ces époux émigrés. Elles ont rêvé d’une vie tout en rose dans de grandes métropoles européennes, Milan, Torino, Madrid ou Barcelone. Aujourd’hui désenchantées, elles arpentent les rues de Louga la tête couverte d’un modeste foulard ou habillées comme les jeunes femmes de leur âge d’un pantalon moulant et d’un body au décolleté plongeant. Mariées à des émigrés qu’elles ne voient plus qu’en photo, elles connaissent la désillusion de promesses d’un lendemain meilleur.

Elles vivent au jour le jour des maigres sommes envoyées de plus en plus rarement par leurs «modous» d’époux qui, en Italie ou en Espagne vivent dans la hantise d’être appréhendés par les forces de l’ordre car, leur seul travail consiste à vendre du «false», des objets de grande marque contrefaits. Qui plus est, en plus de dizaines d’années d’exercice illégal de leur commerce, la plupart n’ont pas de papiers, permis de séjour ou nationalité leur permettant de travailler au grand jour et non plus au noir pour certains d’entre eux qui disposent d’une qualification. L’émigration vers l’Europe ne nourrit plus son homme et, c’est la femme, restée au pays qui en souffre le plus.

Aurélie Fontaine, une journaliste française qui vit à Dakar s’est penchée sur le sort de ces femmes qui, en Afrique, vivent d’espoir et de désillusions. De la grande vie dont elles rêvaient, la plupart en sont réduites à vivre d’expédients. Elle raconte le quotidien des femmes d’émigrés au Sénégal, dont la région de Louga est réputée être le plus grand lieu d’émigration. Elle a interrogé des femmes qui se sentent abandonnées avec une progéniture qu’elles ont du mal à entretenir à cause de la trop longue absence d’un mari «modou-modou» dont les revenus s’amenuisent d’année en année au point de se réduire en peau de chagrin.

Ce quotidien de nombre de Lougatoises est aussi le lot de femmes de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso à qui elle a donné la parole. Mêmes récits poignants, mêmes espoirs, mêmes désillusions et mêmes nuits de solitude.

C’est un livre qui révèle l’histoire cruelle de ces «jabaru bataaxal» (épouses par correspondance) qui, pour beaucoup n’ont connu leurs maris que par échange épistolaire ou photos de cérémonies familiales. A lire et faire lire aux jeunes filles qui rêvent de Barça, surtout en cette période de pandémie «coronavirique».

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