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Et la petite Fatoumata Ndiaye de “Fouta Tampi” défie les pontes politiques du Fouta ! Par Habib KÂ, Bureau régional Matam

Fatou Ndiaye et Fouta Tampi ont permis de dévoiler au grand jour cette supercherie longtemps entretenue que le Fouta est une chasse gardée du président Macky Sall, son titre foncier.

Bout de femme brune, le langage franc, direct, Fatoumata Ndiaye, devant micros et caméras, est très à l’aise quand il s’agit de parler de sa contrée, de sa Diaspora, des pontes du régime, de son excellence le président de la République Macky Sall.

Thilogne/Droite dans ses bottes, le verbe facile, ponctué d’entournures linguistiques tirées du wolof et du poular profonds, Fatoumata Ndiaye s’exprime aisément pour parler de “Fouta Tampi”, un cri de ralliement des milliers de jeunes des lisières de Dagana aux confins du Demmankane. Serait-elle devenue la voix du Nord, celle qui râle, crâne ? Celle qui revendique, fait marcher, porter brassards et foulards rouges ? Celle qui porte l’étendard : “Espoir déçu”.

Dans une société traditionnelle où l’enfant reste enfant, la femme reste femme, les hommes adultes parlent et décident à la place de la communauté, la petite Fatoumata a su frayer son chemin entre les interdits pour être le porte-parole de cette jeunesse oubliée qui a porté la candidature de Macky Sall en 2012. Du cran, il faut le dire, elle en a à revendre. Jeune et femme en plus, dans un milieu où les préjugés féodaux et les pesanteurs religieuses annihilent toute velléité au sexe faible d’être au milieu des hommes, et encore, aux avant-postes du combat. Elle est une amazone achevée, serait-on tenté de dire, une guerrière des temps modernes.

Elle était jeune, Fatoumata, quand Macky Sall est venu au pouvoir en 2012 avec son “neddo ko bandum” euphorisant et son “titre foncier”. Aujourd’hui, elle et ses compagnons sont prêts à servir à Macky Sall, une persona non grata, pour promesses non tenues ; c’est pourquoi elle défie quiconque de lui énumérer les réalisations de Macky Sall au Fouta. Aéroport, Universités, hôpitaux, routes ?

Ses remerciements, elle les réserve au patriotisme de ses frères locaux, ceux de la Diaspora et de ses partenaires qui ont construit lycées, collèges, écoles, centres et cases de santé, forages. Quid des responsables politiques ? Tous à Dakar, dénonce-t-elle. Ils ne sont là que le temps d’un enterrement d’un proche, d’une délibération du conseil municipal, d’un meeting, d’une tournée du président.

Puis fait un pied de nez aux organisateurs du meeting de 30 minutes, 60 millions de francs cfa, sanctionné par une courte marche pour déposer un mémorandum, neuf ans après, au gouvernorat, alors que le Coordonnateur (régional) mange à la table du chef de l’État.

Fatoumata Ndiaye est l’exemple parfait de l’assimilation/intégration d’une jeune sénégalaise partout chez elle, à Dakar, dans les autres régions, dans son Fouta Coumba youmam.

Ce bout de jeune femme haalpuular, née à Dakar que les frères ruraux appellent avec moquerie “njuddu jeeri”, native de la ville, ou acculturée. Elle a démystifié ce complexe bi-culturel. Elle manipule tant le wolof à merveille que le poular qu’elle parle mieux que ses frères et sœurs qui se vantent d’être foutankè authentiques.

Fatou Ndiaye et Fouta Tampi ont permis de dévoiler au grand jour cette supercherie longtemps entretenue que le Fouta est une chasse gardée du président Macky Sall, son titre foncier. Et si en même temps elle fait l’objet de menaces, de chantages et d’offres de reddition parce qu’elle est soupçonnée d’être du Pastef, c’est parce que ce discours “neddo ko bandum” est désormais caduc.

Le Fouta est la terre de tous et pour tous. Fouta Tampi a aidé à faire comprendre que cette zone qui s’étend du dernier village de Dagana aux hameaux les plus reculés de Lowre, des fins fonds du Ferlo au sable fin du Karwal Bilbasi, le Fouta est Fouta pour tous, une partie entière du Sénégal que les présidents successifs, de Senghor à Wade en passant par Diouf, n’ont jamais essayé de dissocier de l’ensemble. Et cela ne va pas commencer avec Macky Sall que Fatoumata Ndiaye, parlant de lui, dit qu’il est Haalpoular, mais pas Foutankè. La nuance a un sens parce qu’on peut être wolof, sérère, diola, sarakhoulé et être foutankè.

Toutefois, Fatoumata Ndiaye fascine et impressionne par son discours, la maîtrise de son sujet, la fermeté de ses convictions chevillées au corps. Elle a réussi avec les jeunes de son âge à mettre en orbite le Fouta qui ne casse pas, ne brûle pas, le Fouta qui gère jalousement les biens de ses fils, le Fouta oublié par ses cadres et son président de fils, le Fouta en marche pour externaliser ses droits pour l’équité territoriale, le Fouta de tous, le Fouta pour tous.

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