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Émeutes des 8 et 9 février: Les services de renseignements perdent le réseau P. MBODJE

Trop occupées à surveiller les Djihadistes dans leurs menaces supposées contre le Sénégal, les forces de défense et de sécurité ont perdu le réseau dans la nuit du 7 au 8 février, après l’appel de Ousmane Sonko à se lever contre la dictature de Macky Sall. D’où la surprise du lendemain avec les émeutes au Sénégal et les troubles au niveau de certains consulats, principalement à Paris.

Pris dans le feu de l’action, surtout après l’arrestation, début février, de quelques supposés Djihadistes à la frontière avec le Mali, les services de renseignements ont cherché des barbus et non des duveteux qui ont encore leurs dents de lait, armes tranchantes s’il en est.

La théorie du coup d’État, aujourd’hui transcrite en termes de terrorisme, est consubstantielle à la politique du Sénégal qu’elle accompagne et apparaît  à intervalles plus ou moins réguliers : Abdou Diouf l’avait testée avec Wade sous l’apparence irréelle des armes libyennes ; aujourd’hui, un supplétif des services de renseignements ayant ses entrées dans la presse affirme que la seconde vague de la pandémie à la Covid-19 justifiait d’autant plus une extension du couvre-feu qu’une menace terroriste planait sur le Sénégal. Début février, l’information selon laquelle des Djihadistes auraient été arrêtés vers le Mali n’est pas nouvelle qui transparaît depuis 2015 au moins, épisodiquement.

Ce ballon de sonde n’a cependant pas la même ampleur sociale que l’affaire de mœurs Sonko-Adji Sarr, une bénédiction qui tombe d’autant du ciel que Ousmane Sonko a manqué de vigilance en se rendant dans un salon de massage sans envergure, relevant plus de l’informel que de la stratégie politique ; il est vrai que les plus grands caïds ont parfois un harem.

Les événements des 8 et 9 février derniers avec les troubles de l’ordre public, rassemblement non autorisé en cette période de Covid-19 et destruction gratuite de biens d’autrui a révélé une nouvelle génération d’anarchistes épousant non point tant les théories absentes d’un Ousmane Sonko que défiant une autorité qui a trop tiré sur la corde de l’intimidation et du viol des droits individuels et collectifs des Sénégalais depuis 2012.

Le pouvoir aura beaucoup de difficultés à convaincre de sa bonne foi dans l’affaire Sonko, privée au demeurant. Moins parce que les faits ne sont pas avérés que parce qu’il a abusé de situations pareilles pour pousser à la roue ; tant va la cruche à l’eau…

Et c’est dommage : dans l’histoire de ce dépit amoureux, Macky Sall avait suscité un tel espoir que c’en fut une surprise générale en 2012 ; aujourd’hui, l’espoir est en train de pourrir aussi de l’autre côté : Ousmane Sonko a versé dans une légèreté inacceptable pour ce qu’il  est, pour ce qu’il représente, pour l’offense qu’il fait au peuple sénégalais avec trois faits qui seuls doivent être relevés à ce stade-ci : il s’est dans l’endroit indiqué, il s’y est enfermé avec une ou plusieurs personnes, une de ces personnes a porté plainte en produisant ce qu’elle prétend être ses preuves biologiques ; tout le reste devient de la spéculation : exploitation ou pas de l’incident, accusation contre Macky Sall, appel à la veille militante avec les douloureuses conséquences que l’on sait.

Ces incidents des 8 et 9 février posent par ailleurs le problème de l’efficacité de services de renseignements qui se sont laissés doubler par des jeunes apparemment mieux préparés qui étaient à l’accueil avec toute l’armada nécessaire : pierres, briques, lance-flammes, etc…

A trop scruter la paille dans l’œil de terroristes présumés, les services de Antoine Félix Abdoulaye Diome ont mis à nu leur ministre qui n’ont pas vu la poutre qui leur barrait la vue : il est clair aujourd’hui que les Djihadistes et leur armada et les services de renseignements font vieux jeu devant les réseaux sociaux plus structurés, plus légers, touchant à la seconde même tous les coins du monde, jusqu’au Japon, pour lancer un mot d’ordre facile à exécuter : être partout en même temps sans se déplacer, sans déplacer quoi que ce soit, être visible sans être vu, dire sans parler… et imiter la sagesse du Christ : « Que ceux qui n’ont jamais pêché () jettent la première pierre », comme disait naguère Tidiane Kassé, en 1983, en revenant de la Casamance : « Xeer du jai Printania ».

Les événements de 8 et 9 février dernier renvoient donc nos services de renseignements à leurs devoirs et mettent à nu leur faible niveau de technicité.

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