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Éditorial : Cadeau empoisonné

L’Éditorial de Pathé MBODJE

Cadeau empoisonné

Le président de la République Bassirou Diomaye Diakhar Faye a évité un bras de fer inutile, surtout s’il reste maître du jeu.  Le cadeau empoisonné offert à Pastef est en effet l’occasion de faire face à une difficulté de taille : convaincre des populations de plus en plus dubitatives et assumer un parcours du combattant quand le soldat qui va au front sait qu’il suffit d’une balle pour passer de vie à trépas mais y va quand même. La mort aussi est un combat de vie dans la devise du don de soi. L’Algérie a connu des délicatesses dans son économie en dressant un imposant et coûteux monument aux martyrs érigé en 1982 à l’occasion du 20e anniversaire de l’indépendance du
Initiateur d’un mortal kombat contre le régime déchu, Pastef s’est donné les moyens de la victoire mais semble aujourd’hui se brûler les doigts avec l’actif s’il n’intègre pas le passif humain, matériel, moral et financier. Le manichéisme qui fonde sa doctrine n’amuse plus aujourd’hui que le prétendu mal est vaincu pour Don Quichotte à l’assaut de chimères.
L’opinion invoquée, plus patriotique que citoyenne, a dominé le remaniement du 6 septembre ; elle manque d’esthétique et de morale qui auraient décidé les gens de robe à ne pas concourir dans une formation pour éviter cette peine d’une Yassine Fall à devoir réveiller des morts ou du nouveau ministre de l’Intérieur de plaider pro domo.

La césure était déjà là, dès le début, et la dissolution de l’Assemblée nationale cherchait à favoriser une formation de droite à parfaire sa mainmise sur l’État, la République, les citoyens. Ousmane Sonko a cependant vendangé la dignité de l’État le 10 juillet dernier dans une sortie qui a définitivement scellé le sort des relations entre les deux têtes de l’Exécutif : quand deux seuls ministères semblent retenir l’attention sur une trentaine globalement maintenue, à quelques variantes près, il faut s’inquiéter de la victoire à la Pyrrhus de Matamores que l’évolution récente de la politique du Sénégal ne semble pas avoir assagis.

Le remaniement du 06 septembre dernier ramène la formation du Premier ministre à elle-même parce qu’à ses fantômes ; il ne résout pas les difficultés de cohabitation à la tête de l’État qu’il exacerbe, au contraire, avec le seul avantage au président légalement et valablement élu. En cela, il devient un cadeau empoisonné aussi bien pour le gouvernement que pour les populations elles-mêmes. Il faut craindre pour ce pays.