Économie sénégalaise : Fonte et refonte
Économie
La refonte générale du système sénégalais s’impose
Bon pied bon œil
Dossier réalisé par notre correspondant en France
Séga Fall MBODJI,
MOA Pôle ALM DFINF/Trésorerie chez Groupe Caisse des Dépôts
Ingénieur Statisticien – Mathématicien du risque & Actuariat, aide à la décision, Paris,
06 50 54 72 75
Le retour du Fonds monétaire international -Fmi– au Sénégal deux semaines après la visite de Gemayel prouve que l’institution internationale veut repartir du bon pied avec le Sénégal en ouvrant l’œil, le bon. Globalement, on retient que la dette tant chantée n’était pas cachée ; elle était invisible en raison de l’obsolescence et du manque de modernisation des systèmes comptables. Après une visite générale le 26 août dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a entamé, ce lundi 15 septembre 2025, une série de missions sectorielles au Sénégal. Le caractère technique de la visite laisse penser que l’obsolescence est nécessaire, scientifiquement, et cela veut dire qu’elle est un blocage dans l’appréhension d’une nouvelle réalité scientifique qu’elle cache. Elle est une limite nécessaire cependant au développement de la science qui appelle à être dépassée par rupture et non par accumulation.
Les orfèvres en la matière annoncent un retard à l’allumage des services techniques sénégalais qui n’ont rien vu venir et qui devraient avoir l’humilité de se remettre en cause sans état d’âme.


L’analyse du Dr Seydou Bocoum du Larem/Ucad (1) est une piste très pertinente et souligne un point crucial : la dette “cachée” n’est pas un acte de corruption, mais le résultat direct d’une transition comptable mal gérée. Le problème pourrait résider dans l’incapacité du ministère des Finances à adapter ses outils internes avant d’adopter de nouvelles normes.
Le logiciel SIGFIP (décret 2004-1679, du 31 décembre 2004) conçu pour une comptabilité de caisse est par définition inadapté aux exigences des normes IPSAS qui obligent à prendre en compte les engagements hors bilan. Avant même de lancer la transition, le ministère des Finances aurait dû engager un projet de refonte de son système informatique. Ce processus aurait révélé la dette “cachée” dès la phase de tests et de validation, au moment où les divergences entre
l’ancien et le nouveau système auraient dû être justifiées.
La responsabilité de cette mise à niveau incombe au ministère et non au FMI ou à la Banque mondiale : ces institutions définissent les exigences, mais c’est au pays de se les approprier et de mettre en œuvre les outils nécessaires pour y répondre. Le fait que le ministère n’ait pas anticipé cette étape cruciale révèle une incapacité à maîtriser les enjeux techniques de la réforme.
En somme, la dette n’était peut-être pas
intentionnellement cachée, mais invisible en raison de l’obsolescence et du manque de finances avec la transparence requise par les standards internationaux.
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Le Fmi, la Banque mondiale et les carences du ministère des Finances
Résumé
Cet article explore la controverse sur la soi-disant “dette cachée” du Sénégal (5.000 milliards FCFA révélés en 2024), en montrant que celle-ci n’est pas seulement un scandale de gouvernance, mais la conséquence technique d’une transition comptable (Ipsas) et des limites du logiciel Sigfip, imposés par le Fmi et la Banque mondiale. En combinant analyse métaphorique et technique, le texte démontre que le Sénégal vit sous perfusion financière : un système circulatoire (la finance) qui fonctionne, mais dont les organes vitaux (l’économie réelle) dépérissent. L’étude compare le cas sénégalais à celui de la Côte d’Ivoire (17.000 milliards de dettes non retrouvées), et insiste sur les carences internes (manque de maîtrise des outils par le ministère des Finances, absence de mutualisation des logiciels, manquements relevés par la Cour des comptes).
La véritable question n’est pas la dette cachée, mais la dépendance structurelle à des normes et prescriptions internationales appliquées sans adaptation locale.
Dr Seydou Bocoum, LAREM/UCAD
(1)- L’Observateur, No 6580 du 17 septembre 2025, page 6
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Wikipedia
Les normes IPSAS (International Public Sector Accounting Standards) sont des normes comptables internationales de haute qualité pour le secteur public (gouvernements, entités publiques, etc.) qui visent à améliorer la comparabilité et la transparence des rapports financiers, favorisant ainsi la prise de décision et la reddition de comptes. Elles reposent principalement sur la méthode de la comptabilité d’exercice, bien qu’une norme soit disponible pour la comptabilité de caisse, et fournissent un cadre complet pour la présentation de l’information financière, y compris les états de performance, la situation patrimoniale et les flux de trésorerie.
