Économie : Cheikh Diba mooy bombe
Économie
Cheikh Diba,
homme de l’année
Il est parvenu à faire évoluer le langage politique en termes plus techniques et financiers, moins passionnés
La technicité a eu le dessus devant la phraséologie lénifiante au nom de la rupture. Cheikh Diba a su maintenir le lien ténu de la difficile transition ; c’est d’abord la prouesse réussie par le ministre des Finances et du Budget ouvert au dialogue avec les partenaires techniques et financiers. Cruel dilemme pourtant fort réussi par celui qui reste, comme en 2024, l’homme de l’année.



Une bombe ! Et elle est d’autant plus remarquable que, depuis la création des institutions de Breton Woods, jamais un misreporting n’a connu une telle ampleur. Et c’est sous Cheikh Diba que le Sénégal a réussi cette prouesse historique de relever le défi de l’après-audit, avec le travail remarquable qui se fait avec les équipes techniques du Fonds monétaire international pour obtenir une dérogation avec le Conseil d’administration, et ceci suite à la communication de données erronées par l’ancien régime (misreporting). Le terme anglais est moins chargé négativement que sa traduction française qui n’en signifie pas moins un glissement apte à faciliter le rapprochement.
Vivre en milieu hostile et assurer le feu sous la marmite était déjà une prouesse. Le Sénégal le doit à la technicité d’un homme rompu aux chiffres et aux lettres, scribe plutôt obscure ombre alors de Cheikh Diba est lumière. Son expertise de plus de 20 ans et sa discrétion ont fait de lui le conseiller des princes.
Cheikh Diba a été la surprise du chef avec le gouvernement issu de la Présidentielle du 24 mars 2024 ; il est resté la divine surprise qui a rétabli la quadrature du cercle quand tout, autour de lui, s’ingénie à lui rendre la tâche difficile, surtout hors du cercle du pouvoir quand le parti de la demande sociale anime le débat public.
Déjà, le Sénégal post-mars 2024 a créé les conditions de ses propres difficultés avec une phraséologie lénifiante au nom de la rupture ; les termes outrageants du début de mandat ont gêné jusque dans les alcôves. Maintenir le lien ténu de la transition est d’abord la prouesse réussie par le ministre des Finances et du Budget ouvert au dialogue avec les partenaires économiques et techniques traditionnels, avec la subtilité de laisser les autorités politiques aller à un Canossa bien tricolore.
L’histoire retiendra que Cheikh Diba a facilité le rapprochement avec le Fonds monétaire international : la symbolique utilisée dans la déclaration de Gémayel, à l’issue de la mission d’août, sort du style diplomatique d’antan pour verser dans un systémisme propre au parti du Premier ministre Ousmane Sonko, in fine à l’acceptation d’une situation qui n’a rien d’extraordinaire. Et le résultat est là, avec cette prouesse historique de relever le défi de l’après-audit, avec le travail remarquable qui se fait avec les équipes techniques du Fonds monétaire international pour obtenir une dérogation avec le Conseil d’administration.
Cheikh Diba est parvenu à un nouveau langage, un nouveau vocabulaire presque patriotique de “problèmes systémiques identifiés” ou de “passifs non divulgués”, loin des vocables post-24 mars 2024, d’autant que même la Banque centrale a refusé d’utiliser un terme inconnu à ce niveau.
Que sont donc “comptes falsifiés” et “dettes cachées” devenus ? Mauvaise monnaie qui voulait renvoyer la bonne monnaie au fond des bas de laine.
Pathé MBODJE
