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Écomusée de Agnam : En attendant Godot

ÉCOMUSÉE INTERNATIONAL PEUL DE AGNAM GODO

 

Au service de la Fulanité

Choisi par 28 pays africains, avec son musée de quatre hectares, pour être le carrefour de la Fulanité, Agnam Godo attend toujours.

Par Habib KA,

Chef du bureau régional de Matam
Abou Thiaù; Ngaari LawThilogne-L’écomusée International de Godo ne suscite pas le moindre sentiment de désolation ou de compassion. Le va- et-vient incessant des passagers sur la RN2, arrivé à sa hauteur ne lui accorde qu’une indifférence générale. Par bonheur, la Brigade de Gendarmerie des Agnams, en face, veille sur cette imposante clôture aux couleurs de latérite et de sable.

QU’EST-CE UN ÉCOMUSÉE ?

Un écomusée fait appel à l’énergie, à l’expérience et aux compétences des communautés où il est installé avec pour objectif de conserver et valoriser la culture. Il nécessite un travail permanent de recherche, de conservation, de présentation et de mise en valeur. L’écomusée, c’est un lieu d’exposition des collectes et de restauration des outils traditionnels des agriculteurs, des pasteurs, des pêcheurs, des artistes, des artisans, du style architectural, et même de la réintroduction dans un espace aménagé des arbres, arbustes et plantes, rares ou longtemps disparus de la zone. Pour ce dernier élément, le ravin qui sépare les Agnams Godo de Ouro Ciré serait l’endroit idéal pour en faire un jardin public et pour effacer cette frontière naturelle entre les deux anciens villages. Il est aussi un espace pour les jeunes où s’organisent des conférences, des expositions, des concours de récital de poèmes, de slam, de chants, de danses. Il propose aussi des soirées traditionnelles réhabilitant les identités : Thioubalo (Pekaan), Ceddo (Gumbaala), Maabo (Dillere) Gawlo (yela), des Naale, du Leele, du Wango, du Hoddu et celle des rythmes, chants et danses des pays d’Afrique composants le Tabital Pulaagu International
Enfin et surtout, il est un centre de recherche qui magnifie la richesse du Fulfulde par ses déclinaisons adjectivales, pronominales rimant comme une chanson avec le nom. Pour les jeunes apprenants, ce sera l’occasion de découvrir les merveilles de la langue avec ses noms dont la radicale se transforme au pluriel, ainsi que les terminaisons qui, au pluriel ont leurs propres règles de changement totalement différentes de celles apprises de la grammaire française.
Beaucoup de travaux ont été réalisés, mettant à leur disposition des logiciels d’informatique, un dictionnaire et même un traducteur.
Les opportunités sont nombreuses, et elles dépendent essentiellement de la volonté et de l’imagination créatrice des cadres de l’écomusée à intéresser, à éduquer et à convaincre les filles et fils peuls à se réapproprier leur patrimoine pour le revaloriser, le raffermir dans l’osmose culturelle soninké, joola, sérère, wolof, de l’Afrique et du monde.
Pour ce faire, ils doivent prouver dans le travail qu’ils sont suffisamment engagés, compétents, entreprenants et productifs pour être éligibles à solliciter du gouvernement du Sénégal et des autres pays des bourses de stages, de perfectionnement et des participations à des séminaires.

POTENTIELS PARTENAIRES-D’association de ressortissants, Thilogne Association Développement (TAD) s’est très vite déployée dans le social, notamment dans l’éducation, la santé et la culture. Et depuis 1998, elle a initié une biennale des Cultures, les 72 heures de Thilogne, pour la promotion des groupes socio-traditionnels, de la femme, de l’art culinaire et des produits locaux, reportée une seule fois pour cause d’endémie de la Covid-19.
Le promoteur culturel, El Hadji Kane, PDG de “Challenge Elou Events”, président de “Facc Sénégal” fondateur de “Facc Matam”, qui travaille, depuis longtemps, avec des artistes de renom comme Baaba Maal, a participé considérablement à produire plusieurs acteurs des cultures urbaines de la région de Matam par la mise en place de studios d’enregistrement, de scènes de production, de salles de cinéma.
Comme l’Association de Liaison pour le Développement des Agnams (Alda) dont un des membres fondateurs, Samba Touré, par ailleurs chargé des travaux de construction du site, œuvre depuis plus de quarante cinq ans à la promotion et au développement des Agnams notamment dans les domaines de l’eau, de la santé et de l’éducation.
Abou Thiam, Ngaari Laaw-photo du haut-, trois décennies durant, chante les besoins de la vallée en eau, les conditions de survie des femmes rurale, les conséquences de l’immigration et de l’exode des jeunes. Son richissime et classique répertoire fait de lui, sans conteste, un intellect de premier plan du Pulaagu. Chaque deux ou trois ans, il organise un séjour dans le Fouta pour sortir de l’ombre de jeunes artistes invisibles.
Ces associations, d’une plus-value certaine, présentes bien avant sur le terrain, sont des partenaires naturels de l’écomusée international de Agnam Godo. La plus-value s’exprime dans les initiatives d’une jeunesse dynamique, auto-organisée, qui se réalise en réalisant. Elle est dans les associations sportives et culturelles, l’animation des radios communautaires, l’alphabétisation de masse. Elle se retrouve aussi chez les acteurs de théâtre, souvent citadins qui parlaient un fulfulde hésitant, pour ne pas dire “wolofisé” et qui, malgré cela, sont en train d’avancer à pas de géant dans ce domaine, tant par la trame des thématiques, le décor, que par leur professionnalisme d’acteurs bilingues, biculturels.

TRIBUTAIRE DU TEMPS DU PALAIS-Les années pré et post-électorales ont fortement impacté les finitions des travaux de l’écomusée. Si le président sortant a reçu plus de quatre fois des délégations de Tabital Pulaagu et si l’État du Sénégal a investi plus de deux milliards de francs cfa, il revient à l’actuel, d’assurer et de confirmer la continuité de l’État. Le directeur de l’AGETIP, El Hadji Malick Gaye, est vivement interpellé, au même titre que le bureau de Tabital Pulaagu Sénégal confiné dans l’attentisme. Comme M. Amadou Bâ, ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, dont les rares moments de visibilité sont inscrits dans le secteur du tourisme. En effet le programme Diomaye Président, par ordre de priorité, cible plus le Tourisme à la place de la Culture

Un écomusée fédère les potentialités culturelles, artistiques, artisanales d’une région ou d’un pays donné. Agnam Godo est choisi par 28 pays africains, avec son musée de quatre hectares pour être le carrefour de la Fulanité ;  en plein coeur du Fouta, s’il est utilisé à bon escient, il se présente comme un cadre idéal d’inspiration, de réflexion mais aussi de décompression offert aux linguistes, aux chercheurs, aux historiens, et aux artistes.
L’instauration d’une biennale ou d’une triennale et la création d’une télévision panafricaine doivent être dans l’ordre de ses priorités.
De cet écomusée, pourrait-on espérer rêver d’un rayonnement culturel international comme celui du Cercle de la Jeunesse de Louga ou celui du groupe Thionck Essyl ?