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Dreads locks-Qui porte les rastas et les « Ndiagn » ? Khadidiatou GUÈYE Fall

Certains prônent l’esthétisme, d’autres la spiritualité

Des cheveux qui ont poussé naturellement à partir du cuir chevelu sont devenus un look très prisé par ces temps-ci. Au Sénégal, les coiffures de rasta appartenaient ou presque renvoyaient au Baye Fall, une branche de la confrérie des Mourides fondée par Cheikh Ibrahima Fall. Contrairement à la Jamaïque où les rastas sont associés au rastafisme, les rastas au Sénégal ne renvoient plus forcément à l’appartenance à une communauté. Certains adeptes ont une visée plutôt esthétique que convictionnelle.

Les dreads locks, comme on l’appelle en Anglais, sont devenus un look assez particulier de la mode. Plusieurs personnes, garçons comme filles, laissent de longs cheveux pousser naturellement. Pas de tissages, pas de mèches artificielles, les rastas sont devenus une coiffure pour tout le monde, toutes confréries et religions confondues.  L’exemple le plus patent est un jeune catholique.

Répondant au nom de Emmanuel Kory Faye Joalien, ce rastaman suit une formation dans une école de formation privée. Agé de 23 ans, Emmanuel Kory Faye Joalien a décidé de porter des dreads locks pour une question de style.

« Chacun a son style et le rasta, c’est le mien et j’aime bien, vu que je fais partie des produits de maman Africa » soutient Emmanuel.

La fierté de la peau noire et la mise en valeur des cheveux crépus de l’Africain sont des principes que Emmanuel nourrit dans son quotidien.

Le jeune rastaman confie que la coiffure ne manque pas d’inconvénients. Emmanuel signale un jugement de la part d’autrui : « Dès que tu as des rasta, l’autrui peut te juger à son sort et te qualifier de vagabond ou te taxer de fumeur de chanvre et beaucoup d’autres jugements qui s’en suivent. Alors que cela ne devrait pas être le cas parce que, comme le dit la bible dans les Dix commandements : « Tu ne jugeras point ».

Malgré le jugement et le regard d’autrui, notre interlocuteur avoue qu’il y a des avantages. « Me concernant, l’avantage c’est d’avoir une sensation de bien-être vu que c’est ma vie et mon choix ; je ne trouve pas le besoin d’impressionner autrui dans la mesure où je suis bien dans ma peau », affirme-t-il.

Certaines personnes pensent que les rastas sont propres aux Baye Fall. Mais pour Emmanuel, à chacun sa façon de penser quand, pour lui, être baye Fall c’est une question de foi mais pas d’apparence comme le disent nos confrères musulmans dans le terme Wolof : « baye Fall si khol bila ». Cette assertion est un peu similaire du terme dit dans la bible : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu », selon Emmanuel. « De ce fait, je dirais que cette thèse a été dite sûrement parce que Mame Cheikh Ibrahima Fall avait des rastas et que ce dernier et une référence de tout jeune baye Fall ; mais me concernant, le rasta c’est mon style comme un produit de mama Africa », se justifie-t-il.

En revanche, au Sénégal, les rastas renvoient d’habitude aux Baye Fall. C’est ce qu’affirme Mass Diop, plus connu sous le pseudo Mass Baye Fall. Commerçant et chanteur de Khassaides, Mass Baye Fall porte des rastas plus ou moins particuliers depuis plus de 3 ans. « Mes rastas ont duré 3 ans avec moi. On a l’habitude de dire « ndiagn » ou lieu de rasta », déclare Mass. Ce dernier préfère dire « Ndiagn » à la place des rastas. Mass Baye Fall ne porte pas les « Ndiagn » pour une visée esthétique : « Je l’ai fait pour suivre les pas de Mame cheikh Ibrahima Fall. En plus de ça, pendant le mois de Ramadan, on porte de grands bols de Ndogou. Nos « ndiagn » nous permettent de supporter la chaleur des bols que nous portons sur la tête ».

Le fervent disciple de Mame Cheikh Ibrahima Fall s’identifie à son maître, son « ndiagn », surtout son accoutrement, son comportement. D’après Mass Baye Fall, ceux qui ne sont pas baye Fall et portent cette coiffure le font souvent pour imiter le célèbre chanteur Bob Marley. Les uns le font pour l’esthétisme. Tandis d’autres portent le « ndiagn » parce que ça les plaît tout simplement.

Des filles comme Fatima Bâ ont un mauvais aperçu des rastas. Pour elle, cette coiffure ne fait pas bon ménage avec la propreté. C’est la raison pour laquelle elle ne s’y intéresse pas.  Mais Emmanuel pense que la question de la propreté est juste relative car il s’est procuré un produit pour bien entretenir ses dreads locks : « J’utilise un mélange qui m’a été appris par ma mère qui est de faire dissoudre le beurre de karité 100% naturellement et le mettre au feu mélangé avec de la carotte bien râpée finement puis extraire l’huile dans un bocal et la mettre au frigo quelques minutes puis l’appliquer après lavage des locks et chaque soir avant d’aller au lit ».

Les rasta ou « ndiagn » chez les baye Fall sont devenus une coiffure qui attire l’attention. Des stéréotypes sont accolés à cette coiffure qui évoque parfois la méfiance. Beaucoup de célébrités comme des mouvements de rap ont embrassé cette coiffure tantôt stylée tantôt qui révèle le degré de croyance accordée au guide religieux Mame Cheikh Ibrahima Fall.

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