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Douzième anniversaire de l’alliance pour la République: Macky sans ses 3 mousquetaires aux premières loges Par Charles Senghor

En conflit ouvert avec le Parti démocratique sénégalais, Macky Sall a été suivi, dans sa démission et son aventure, par trois principaux hommes qui ont porté le combat, avec des sacrifices. Au moment de fêter le 12e anniversaire de l’existence de l’Alliance pour la République, Alioune Badara Cissé, Moustapha Cissé Lô et Mbaye Ndiaye ne sont pas « aux premières loges ».

L’Alliance pour la République a célébré le 12e anniversaire de son existence politique le 1er décembre 2020. Cette date symbolique lui permet de revisiter son histoire née du divorce politique entre Abdoulaye Wade et celui qui le remplacera en 2012 à la tête de la magistrature suprême, en l’occurrence Macky Sall, pratiquement poussé à la démission alors qu’il occupait le poste de président de l’Assemblée nationale.

Délivré de son oblogation vis-à-vis d’Abdoulaye Wade, Macky Sall, dans la voie de la recherche de son indépendance, prit date avec la création de l’Alliance pour la République le 1er décembre 2008. Dans son aventure politique, rejetant le système Abdoulaye Wade qui lui a fait perdre son poste de deuxième personnalité de l’Etat, le maire de Fatick d’alors, a été accompagné d’hommes dont la notoriété était déjà éclatante.

Il s’agit de Moustapha Cissé Lô, de Mbaye Ndiaye et d’Alioune Badara Cissé plus tard considéré comme le numéro deux du parti. Les deux premiers nommés, à cause de leur prise de position dans la défense de la dignité de Macky Sall, ont fini par perdre leur poste de parlementaires et les avantages qui vont avec.

Déchéance

La lumière jaillira en mars 2012 quand Macky Sall remportera l’élection présidentielle, avec Alioune Badara Cissé comme coordonnateur national de l’APR et porte-parole de la coalition Macky 2012 lors de la campagne. Mais, dans la gestion du pouvoir, ces trois personnalités très connues dans la défense de Macky Sall, n’ont pas joui de tous les avantages auxquels ils s’attendaient.

Premier ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur du régime Macky Sall, Alioune Badara Cissé connaitra une descente aux enfers. En conflit avec celui dont il était le directeur de cabinet en 2005, ABC est limogé en octobre 2012. Il démissionne de ses fonctions de l’APR, redevient « un simple militant » et fait des tournées dans les pays étrangers auprès des membres de l’APR pour contester sa mise à l’écart et mobiliser des troupes à sa cause.

Cette traversée du désert connaîtra un terme avec sa réhabilitation avec sa nomination comme médiateur de la République. Un poste qui ne se s’accommode pas avec la personnalité de l’homme. Il sera reproché de prendre publiquement des positions sur des dossiers touchant à la gestion de l’Etat ou pendant devant la justice alors que le médiateur n’est plus dans ce rôle.  Il a dû mettre en veilleuse son mouvement les « Abécédaires » en attendant certainement de sortir de la « prison » dans laquelle il est confiné. Alioune Badara Cissé a clairement souligné qu’il reprendra sa liberté en 2021. Cette date coïncidera avec la fin de ses fonctions de médiateur de la République.

Moustapha Cissé Lô, qui a aussi tenu tête à Abdoulaye Wade quand Macky était voué aux gémonies par son régime, n’est pas mieux loti aujourd’hui. Il a été bouté hors des périmètres de l’Alliance pour la République. En juillet dernier, le président Macky Sall a activé la commission de discipline de l’Apr, près ces insultes à l’endroit du député Farba Ngom et du directeur du journal Le Soleil, tous responsables au niveau de l’Apr, dans une bande sonore devenue virale dans les réseaux sociaux.

A « l’unanimité », après avoir délibéré, la commission a prononcé l’exclusion du parti de Moustapha Cissé Lô, pour des propos « empreints d’une indécence que récusent la morale et la bienséance sociale ayant heurté la conscience des populations ».  Pour éviter de continuer à subir, imaginant que le Pouvoir allait y arriver, l’ancien président de la Commission du Parlement de la CEDEAO a annoncé sa démission de son poste de deuxième vice-président de l’Assemblée nationale.

Aujourd’hui, député simple à l’Assemblée nationale, loin des arcanes de l’Apr et de la splendeur liée aux grâces du pouvoir, Moustapha Cissé Lô doit nourrir beaucoup de regrets, lui qui n’a épargné personne, mêmes les plus hautes autorités de son parti dans ses attaques au vitriol et insinuations.

Mbaye Ndiaye, de tout puissant ministre de l’Intérieur dans le premier gouvernement sous l’ère Macky Sall, est réduit aujourd’hui au poste de ministre d’Etat sans portefeuille auprès du président de la République. Même s’il a prononcé le discours lors du 12e anniversaire de l’Apr, l’ancien maire des Parcelles n’est plus très actif dans son fief électoral.

Estampillé « fin stratège » et bon connaisseur du processus électoral sénégalais, promis à un avenir radieux avec Macky, Mbaye Ndiaye a « vendu » les Parcelles assainies à Amadou Bâ qui risque, à son tour, de les perdre s’il n’a pas de responsabilité au sein du Pouvoir. Ministre de l’Economie et des finances, puis ministre des Affaires étrangères, Amadou Bâ a été limogé lors du dernier remaniement gouvernemental du 1er novembre 2020.

 Ainsi donc, se résume la vie de ces trois mousquetaires qui ont construit et réussi, avec Macky Sall, le combat pour le départ d’Abdoulaye Wade du pouvoir. A son grand étonnement au lendemain du scrutin le 26 février 2012.

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