GMT Pile à l'heure, Génération Média&Technologies,la ligne du Devoir.

« Une ligne éditoriale très soixante huitarde, une approche iconoclaste sur fond de culture humaniste ».

Diplomatie : Hommage à El Hadji Badara Seck

Percée de la diplomatie sénégalo-arabe

Hommage à El Hadji Badara Seck, pionnier des lettres arabes

Le Sénégal doit essentiellement sa percée diplomatique du Sénégal dans les pays arabes à un détachement d’arabisants issus tous des daaras traditionnels du Sénégal.
El Hadji Badara Seck fut de cette équipée avec Moustapha Cissé de Pire, Iyane Thiam, Mame Bara Mbacké…À travers leur association islamique la Fédération des Associations Islamiques du Sénégal (Fais)…..

Voilà une photo en noir et blanc malheureusement, de la première délégation qui a sillonné les pays arabes. Ce sont des pèlerins de la diplomatie arabo-sénégalaise.
Vous reconnaîtrez Moustapha Cissé et El Hadji Badara Seck, chacun deuxième, le premier de la gauche vers la droite  et de la gauche vers la droite.
El Hadj Badara Seck est en costume clair et élancé, Moustapha Cissé est en costume noir.

Séance de traduction à la Grande mosquée de Dakar

El Hadj Badara Seck était un pionnier de l’enseignement arabe dans les écoles républicaines sénégalaises ;  Baay Badara comme on l’appelait était imam de la grande mosquée de Bargny Guedj. En plus de son statut d’ouléma et de traducteur de l’arabe au wolof et vice-versa, il a été l’interprète Abdoul Bassit lors de sa seule visite au Sénégal. Il assura, sous la confiance du grand imam Serigne Amadou Lamine Diène et cela sans discontinuer, pendant plus de quarante ans jusqu’à sa mort en 1996, la traduction et la vivification du saint Coran durant le mois sacré de ramadan à la grande mosquée de Dakar. Nous voulons par cette occasion témoigner de son importante contribution au rayonnement des lettres arabisantes. Il est l’un des précurseurs de l’enseignement officiel de la langue arabe dans les écoles primaires et secondaires du sénégal et de l’enseignement du français dans les écoles arabes du Sénégal, inaugurant ainsi l’ère des écoles franco-arabes, comme Tafsir Amadou Bâ au quartier Point E.

Avec feu Moustapha Cissé–photo— , Mame Bara Mbacké, Ahmed Iyane Thiam l’ancien président de la Commission de scrutation de la lune–plus bas–, ils ont constitué en 1963 le premier contingent d’instituteurs en langue arabe formés à l’Ecole normale supérieure de Bouzéria en Algérie. Ils étaient au nombre de sept pionniers, constituant les premiers maîtres en langue arabe dans les écoles primaires du Sénégal. Plus tard après des années d’exercice couronnées par un succès notoire, ils constitueront la première promotion des inspecteurs en langue arabe, après avoir été formés au Maroc. Voilà le contingent de cadres de l’Education nationale qui va mettre au point les curricula sur la didactique, l’organisation des concours et plus tard l’enseignement de l’arabe dans les lycées et collèges comme langue vivante. Tout cela est vraiment peu pour parler de l’œuvre culturelle et intellectuelle accomplie par cette génération de lettrés. Ensemble, ils ont sillonné le monde arabo-musulman pour semer et arroser les graines d’une coopération islamique dont les lampions ne se sont jamais éteints. Ces arabisants qui furent les ambassadeurs de la culture arabo-islamique sont les chevaliers de la coopération entre le Sénégal et les pays arabes du Proche et du Moyen-Orient.

Historiquement, on peut dater l’entrée des capitaux arabes et de leurs investissements à partir de cette période et plus précisément en 1964. Car,  faut-il le rappeler, la visite du premier bureau de la Fédération des Associations islamiques du Sénégal (Fais) créé en 1962 date de cette année. El Hadj Badara Seck qui fut de cette équipée était le secrétaire général adjoint, Moustapha Cissé le secrétaire général, Mame Bara Mbacké secrétaire culturel, Oumar Hanne trésorier et Bachir Ly. Cette tournée avait donné lieu à une série de conférences et d’audiences auprès des leaders de ces pays arabes et du Golfe, Bahrein, Oman, Koweït, Qatar, Arabie Saoudite…D’ailleurs on raconte que c’est à la suite de cette époque que le roi Fayçal qui snobait le Sénégal changea radicalement de position. Et il vint plus tard au Sénégal en visite officielle en 1972. Avant, Il considérait que c’était une anomalie inacceptable que le Sénégal peuplé majoritairement de musulmans soit dirigé par un président chrétien. Et il prenait cette exception sénégalaise comme une volonté de la France. Ainsi; en 1966, il écarta le Sénégal de sa tournée africaine qui le conduisit notament en Guinée et au Mali. Senghor, homme politique à l’intelligence indiscutable, avait compris très tôt ce que pouvait apporter ces lettrés arabes au rayonnement de la jeune République sénégalaise  dont il avait la charge. Il les mit alors en orbite et les lança à la conquête du monde arabo-musulman.

Ce groupe joua un grand rôle dans le dialogue entre les pays arabes, l’Etat hébreux et le Sénégal à travers le comité Al Qudds. El Hadj Badara Seck et sa délégation firent plusieurs voyages en Israël. C’est ainsi que Moustapha Cissé fut conseiller diplomatique dès 1968, et ambassadeur de carrière à partir de 1970 dans plusieurs Etats arabes, dont la Tunisie, le Maroc et l’Egypte. Il fut l’artisan incontesté d’une coopération universitaire qui permit de former plusieurs générations d’étudiants sénégalais à l’université islamique de Médine. Un devoir de mémoire nous obligeait à rendre un hommage appuyé à un fils de Bargny, mais aussi à ces fantassins du dialogue arabo-sénégalais qui ont élevé de plusieurs crans le rayonnement de la diplomatie sénégalaise. Il serait bon de préciser, sinon d’insister sur le profil de formation de ces précurseurs du rayonnement de la culture arabo-islamique. Ils n’ont pas fait l’école occidentale, ils sont les purs produits des daaras traditionnels. L’hommage rendu à ces pionniers de l’enseignement arabe au Sénégal permet de parler des daaras qui sont les foyers traditionnels d’enseignement de la spiritualité islamique et de la formation d’oulémas.

Le mot daara est d’origine arabe, al daar signifiant la maison comme lieu d’habitation. Sa connotation spécifiante renvoie à un concept à la fois scolaire et universitaire, un endroit consacré à l’enseignement de la spiritualité islamique dans ses différentes branches. Dans une autre déclinaison, on parle de medersa comme chez les Afghans, Pakistanais et les Pachtouns ou sont formés les Talibans. Au Sénégal, si le daara est le foyer d’irradiation de la culture islamique, il va sans dire que l’artisan de ce succès est le Serigne daara ou le maître coranique. Ce personnage charismatique n’est pas le professeur dans sa version occidental ; il est vierge de toute influence culturelle ou pédagogique des sciences de l’éducation occidentales. Sa science pédagogique, composée d’une propédeutique et d’une didactique inédites, a permis de former des lettrés en arabe et des érudits dans tous les coins du Sénégal et de la sous-région. Sous ce rapport, il faut préciser que le Sénégal, sans abriter aucun lieu dogmatique de la religion islamique, comme peu de pays du reste, a fait émerger sur son sol l’une des vies spirituelles islamiques les plus intenses. Ces pédagogues, généralement soufis parce que versés dans la résonance ésotérique de l’apprentissage et de l’interprétation des textes; ont réussi à transmettre l’articulation essentielle du message coranique, c’est-à-dire sa dimension subliminale. Cette prouesse inégalée des daaras n’a pu faire école que chez des maîtres coraniques authentiques dont le crédo est la vertu et le sacerdoce. Généralement, ils vivaient de rentes champêtres qui leur permettaient de faire des stockages de céréales comme le mil et le maïs dans des greniers, de zakat et de quelques subsides donnés à l’occasion par des personnes de bonne volonté, et il se tenaient loin des compromissions avec le temporel comme il est de coutume aujourd’hui.

Ces ascètes à l’autorité religieuse et morale indiscutable scellaient les mariages, célébraient les naissances, priaient pour les vivants et les morts…Ces marabouts ou serignes daara comme on les appelle ne se déplaçaient pas en avion ou en bolides climatisés, mais plutôt à la petite semelle ou à dos de bêtes dans tous les coins du Sénégal avec leurs disciples .De véritables péripatéticiens, pour qui la fortune et la puissance matérielle n’avaient pas d’importance.
Aujourd’hui,  le débat sur la réforme des daaras bat son plein et donne lieu à des malaises car pour beaucoup, les propositions de réforme sont suspectes pour plusieurs raisons. Parmi celles-ci, une qui revient souvent sous une forme de problématique que nous formulons ainsi : comment réformer et maintenir la permanence et la survivance du marabout traditionnel (Serigne daara) qui fait embrasser le côté subliminal du Coran tout en permettant aux disciples d’étudier dans de bonnes conditions ? La question des talibés errants soulevée par les organismes des droits de l’enfance a semblé un moment le prétexte insidieux pour annoncer des réformes. La plupart des canevas proposés étaient refusés par les concernés qui estimaient que c’était une façon de laïciser et de “zayriser” l’enseignement de l’islam, lui enlever son ésotérisme pédagogique qui mène vers la dimension “baatinik” du message islamique et la formation intégrale du musulman. La plupart de ces nouveaux daaras ont plus accentué la réforme sur les conditions d’existence des apprenants sans réfléchir sur celles des maitres coraniques dont la survie dans ce nouveau monde où tout est annexé aux ressources financières reste problématique. A la limite ces nouveaux daaras risquent d’être des hauts lieux d’une folklorisaton des daaras traditionnels et par conséquent de l’enseignement du Coran et de la Sunna du Prophète (PSL) si le supplément d’âme à transmettre aux talibés n’y est plus.

Heureusement, il y’a des lieux modernes d’enseignement du Coran qui donnent des complexes aux écoles modernes, tant dans les conditions d’apprentissage, des résultats et de l’hébergement. Ces écoles-là commencent à avoir pignon sur rue non pas grâce à l’Etat mais par la volonté de leurs initiateurs qui ne bénéficient pas pour la plupart du temps des subventions étatiques.

Alioune SECK

Bargny

 

 

 

 

 

En guise de souvenirs

Photo décembre 1979 à Rabat

Reçus par le roi Fayçal d’Arabie Saoudite.

Avec le président Bourguiba