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Diary Sow, reviens sur terre ! De notre correspondant à Matam, Habib KA, Thilogne

Diary Sow par-ci, Diary Sow par-là, matin, midi, soir. Diary “la meilleure élève du Sénégal”.

Vingt-huit longues nuits, vingt-huit jours pénibles que tu tiens en haleine tout un pays. Pourquoi tant de bruits Diary ? Quels dons très exceptionnels que tu as Diary, que les autres n’ont pas ?

Diary, tu n’es pas la meilleure, la plus douée, la plus intelligente. Même si tu l’étais, cela ne fera pas de toi le centre du Sénégal. Dis-toi pour être en paix avec ton être que “du ma dara, gënu ma kenna” et c’est ce qui est vrai aussi. Ainsi tu vaincras le démon schizophrène qui hante ta conscience.

On colporte que tu es de retour au pays, si c’est confirmé, une chance pour toi. Dieu soit loué. Deviens toi-même. Reste humble, pratique. Apprends des autres que tu as côtoyés, des esprits très forts, meilleurs parmi les meilleurs et qui ne se considèrent même pas comme tels, qui vivent dans un anonymat total, une discrétion parfaite, loin de tout folklore médiatique, propre à l’homme sénégalais.

Beaucoup t’ont parlée aimablement, réflexe naturel d’un père, sans doute pour accompagner, soutenir sa fille dans ses déboires. D’autres, versent dans du populisme pur comme pour dire : “Vas-y Diary, notre fille, nous te soutenons, même dans tes “bêtises”, comme s’il y’avait une récupération politique qu’ils pouvaient faire des tribulations d’une jeune étudiante sénégalaise en Métropole.

Nous partageons ici, la posture du directeur des programmes de la télé Futurs Média (TFM) Bouba Ndour, connu pour son franc-parler, et qui ne s’accommode pas des paraboles, des demi-mots. Bouba Ndour, sans masque, a raison de dire que Diary mérite une leçon, des remontrances. Après tout, c’est une gosse, ses parents doivent encore pouvoir la surveiller, la protéger, l’éduquer, la conseiller.

Ceci m’oblige de rapporter ici Diary, un passage d’un commentaire que tu avais fait sur ton livre “Le visage d’un ange” pour te dire que tu te trompais, et fondamentalement. Je te cite : “Les gens ont une conception assez archaïque de la maturité. Il est vrai que l’on acquiert de l’expérience en vieillissant, mais moi, je ne suis pas très adepte de cette pensée. Ça paraît assez culotté de le dire comme ça. Mais c’est vraiment ce que je pense. On peut prendre un enfant qui n’a rien vécu du monde, mais qui a une certaine ouverture d’esprit, une certaine science de l’observation du monde qui lui permettent de saisir des choses que les adultes ne pourraient pas saisir. Cela dépend de la sensibilité des gens”. Tu comprendras enfin Diary que la vie est pleine de mystères, qu’elle est un éternel apprentissage.

Nous avons toujours besoin à côté de nous d’un sage qui nous oriente, nous conseille, nous fait éviter les embûches, nous fait la courte échelle, bénit chaque jour nos pas, nous préserve du bët, le mauvais œil, du « cat » la bave venimeuse. Nous avons encore besoin d’une grand-mère, d’une mère, d’une tante, d’une cousine, d’une amie, bref d’une autre que nous, qui nous dorlote, nous cajole, d’un ange protecteur, qui veille sur nous. Ce dont l’individu occidental, matérialiste, qui court toujours derrière le temps ne peut s’encombrer.

Nous avons toujours besoin de cette confidente qui, dans nos excitations, nos tentations, nos moments de folie, de doute, de faiblesse, de blues, de chute, nous remet à l’endroit, nous recharge les batteries, nous ressuscite, nous ressource, nous redonne le goût à la vie, la joie de vivre.

Nous avons toujours besoin de cette grand-mère, de cette mère, de cette tante, de cette amie, du regard bienveillant des nôtres, d’une oreille attentive, parce que patiente, qui nous écoute longuement et nous comprend parce que nous sommes nés entre ses mains, d’une voix imposante qui nous rassure, nous fortifie, nous encourage mais aussi nous rectifie, nous sermonne.

Tu as encore besoin, Diary, de cette grand-mère, de cette mère, de cette tante, de cette amie, de cette autre que toi, pour exorciser ton double, cette autre Diary, Diable j’allais dire, Allyn, oui, Allyn, l’initier, l’apprivoiser, l’adopter, la modérer, la rasséréner, pour qu’elle reste femme, africaine, savante, tutrice, éducatrice.

Tu as besoin surtout, Sow Poulo Diery, je te le dis ici, de rester ce que tu devrais être, une humble bergère douée de raison et d’intelligence en quête de Savoir dans une étendue de mystère, même si les sunlights t’ont projetée partout sur les écrans et sur toutes les lèvres.

Diary, tu es innocente, dix-huit lunes seulement et en plus fille, prise entre l’enclume de deux années préparatoires pour les Grandes Écoles Françaises et le marteau d’une presse de faits divers qui fait de la moindre indiscrétion ou fausse information ses choux gras, une intrusion brève dans le monde factice des célébrités.

Tu es vulnérable Diary, le corps dehors exposé aux regards. Tu es nue par tes ports, tes coiffes, tes couleurs. Nue et vulnérable par tes certitudes, tes assurances intellectuelles, ta précocité.

Oublie tout, repense toi, éloigne toi des lueurs, concentre-toi sur toi-même, deviens indépendante, assume-toi, “lu la Yallah mey nga jël, te maandu si”.

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