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Décrispation : les agneaux du sacrifice. Ultra pétita

Macky Sall va procéder à certains sacrifices au nom de la décrispation, affaiblissant un peu plus l’Etat. Surtout s’il s’agit de se plier devant l’adversité pour perdurer.

Courageux ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Abdoulaye Diome est fer droit dans ses bottes, dans son rôle : il mériterait le titre de Monsieur Courage pour s’être conformé à son statut, jugeant plus sur pièce que ultra pétita, contrairement à la perception populaire.

Il refuse ainsi de s’occuper des affaires purement techniques de la police, se contentant de l’aspect politique du ministère de l’Intérieur. Et c’est peut-être cette approche politique que certains ne lui pardonnent pas : affirmer par exemple, dans les conditions d’exception du début mars, et dans un hebdomadaire franco-africain édité en France, des failles dans l’intervention des forces de sécurité le 8 mars manque d’élégance et de solidarité, surtout si l’auteur de ces propos est secrétaire général du gouvernement : si, au sein de l’attelage même, on se permet ces crocs en jambe, imaginez ce que cela serait si l’individu lui-même prête le flanc par des interprétations hâtives de la Loi, comme dans l’affaire de la levée de fonds d’un parti menacé de dissolution. Ceci n’est pas la première injustice infligée à Antoine Félix Abdoulaye Diome.

L’homme s’est assumé, es-qualité, jugeant sur pièce là où les populations en font le bras armé du pouvoir avec une justice aux ordres. Fondu dans la grande masse des agents et auxiliaires de la Justice depuis l’An 2000 à sa sortie de l’Ecole nationale d’Administration, très peu filtre de son passage au parquet de Diourbel, de même que de son rôle de substitut général près le parquet général de la Cour d’appel de Dakar. La notoriété rejoint le délégué du procureur du tribunal départemental de Guédiawaye quand il se retrouve second d’un certain  Alioune Ndao à la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite, presque malgré lui et pour son malheur : ce qui était perçu à juste titre comme une demande sociale se transmue en rejet quand Antoine Félix Abdoulaye  Diome siège encore dans une Cour d’exception pour l’affaire de la mairie de Dakar : la mayonnaise de la jurisprudence avertit du caractère politique de la Justice au service pour barrer la route à des adversaires. Mais même là encore, Monsieur Courage ne peut juger ultra pétita : si la population accepte la caisse noire, lui comprend caisse d’avance devant fonctionner selon une certaine orthodoxie : l’exception dakaroise n’a pas pu sauver Khalifa Ababacar Sall en 2017, veille de la campagne présidentielle de 2019 où il manifestait quelques velléités, après avoir gêné le pouvoir central dans la ville de Dakar. Si Abdou Diouf a pu s’accommoder d’une capitale hostile au pouvoir central depuis 1993, Macky Sall minoritaire en tout et partout depuis 2012 a sorti les gros moyens pour raffermir son trône.

Antoine Félix Abdoulaye Diome semblait de tous les combats, en Cour, et aujourd’hui dans la basse-cour, devant organiser les élections, aux termes de la loi. Ce que refusent les populations. Dans les négociations, Macky Sall serait prêt à immoler son ministre de l’Intérieur.

Il semble injuste de procéder à certains sacrifices au nom de la décrispation, c’est-à-dire de se plier devant l’adversité pour perdurer. Le silence actuel du gouvernement depuis le 8 mars n’est pas stratégique : il suggère un désarroi qui n’a pas lieu d’être quand on folklorise désormais l’emploi des jeunes, subitement l’alpha et l’oméga de la vie sénégalaise. La solution n’est pas là quand le dauphin se noie de lui-même, pris dans les contradictions d’un système qu’il combattait il y a peu.

Le prochain remaniement post-4 avril devrait donc être ressenti quelque part comme une sanction contre ceux qui se croiront dans leur droit en faisant leur travail : ils ne sont pas responsables de leur présence dans une cartographie dont l’ingénieur n’a apparemment pas la maîtrise depuis 2012

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