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De rappeur à écrivain, la phonétique et la musique des mots

Le livre audio, une alternative aux romans ?

Ecouter plutôt que lire ? Nous vivons à une époque où les jeunes par « paresse » désertent les bibliothèques. Ce phénomène devient très fréquent et les gens ont fini par s’y accommoder. Les livres audio commencent à se faire de la place dans le milieu littéraire, tel que le fameux ouvrage “Doomi golo” de Boubacar Boris Diop. Une nouvelle tendance, certes peu connue mais qui peut servir d’option pour la nouvelle génération.

Alpha Malang Kourouma dit Myk Addict est un jeune artiste sénégalais originaire de Dakar qui a commencé à écrire en 2006 à travers le rap. En 2015, en collaboration avec l’artiste Mercenaire, il sort le projet « Double Trouble » en une mixtape accompagnée d’un film documentaire dénommé « DT Genesis ». La même année, il initie le concept D’ART DARE qui réunit artistes plasticiens et divers musiciens afin de créer un pont entre ces différents univers artistiques.

Début 2017, il explore d’autres horizons à travers la direction artistique, la direction de production audiovisuelle et la rédaction d’articles notamment pour le compte de la structure « Setanal ». Spécialisé dans la création de contenus digitaux et la direction artistique, il a travaillé avec plusieurs artistes et entreprises ; toujours avec son style atypique, il cherche à sortir des sentiers battus pour se réinventer. Voilà sa philosophie de création, une créativité qui s’engage aussi sur des thèmes forts.

En mai 2019, Alpha Malang Kourouma sort son premier livre audio intitulé : « Les chroniques du pèlerin ». Cette nouvelle retrace le périple d’un homme de paix qui, par la mystique universelle, explore les tréfonds de son âme. Ce livre audio nous invite donc à un voyage intérieur spirituel et nous permet de mieux appréhender la pensée des grands mystiques à travers le récit du personnage principal : ce pèlerin qui erre, se perd, mais se retrouve au gré de son errance.

« Cette œuvre est un prétexte idéal pour redécouvrir la beauté du désert du Sahara ainsi que celle des grands espaces désertiques du Sahel,  de Tamanrasset à Agadez, en passant par Tombouctou et Chinguetti ».

« La mystique, avant d’être musulmane, est universelle parce qu’inhérente à tout individu. Depuis l’aube de l’existence, les hommes se sont toujours posé des questions métaphysiques. Chaque société, quels que soient ses croyances, sa religion, ses us et coutumes, comporte une part de mysticisme. Ce livre retrace le parcours d’un pèlerin qui cherche l’instase à travers ses invocations et ses pérégrinations. Son voyage est plus intérieur qu’autre chose, mais au gré de ses inspirations et de ses états mystiques, il parcourt le désert ».

« Pourquoi un livre audio ? Pour sortir des sentiers battus, faciliter le transfert d’émotions et enfin féconder les imaginaires à la vitesse du son ». L’auteur nous emporte d’ailleurs à travers sa magnifique voix au cœur de ce récit. Intitulé « Les chroniques du pèlerin », le tome 1 est composé de 3 chapitres, 3 interludes et d’une préface.

« Ecrire a toujours été pour moi un exutoire, une brèche spatio-temporelle dans laquelle je m’engouffre de temps à autre pour refaire le monde Je ne suis pas un écrivain ; réclamer un tel statut serait une imposture quand je pense à tous ces auteurs qui, avec leurs choix de mots exquis, ont rythmé mon adolescence. Je crois profondément que l’amour est le fondement de toute création. L’Islam est d’ailleurs une religion d’amour et de partage. Ce livre s’inspire de la religion, de l’amour et donc de la mystique musulmane. La prudence et la rigidité du législateur se sont toujours opposées à la flexibilité et à l’expérience transcendante de la mystique, qui, au-delà de notre réalité, s’imprègne des effluves des théophanies célestes ».

« La mystique universelle comme son nom l’indique est en tout un chacun elle fait fi de la religion de la couleur c’est une culture de paix et de tolérance. Je suis très heureux de vous présenter mon premier livre audio qui a pour titre les chroniques du pèlerin. Cet ouvrage est né de ce que j’aime appeler l’urgence d’écrire, l’urgence de décrire, de se raconter et de raconter ».

« Ce premier chapitre … Commencez par une question peut être y trouverez-vous, je l’espère quelques réponses. L’œuvre est fictive, mais elle contient des fragments de réalités tirés d’expériences personnelles et de récits populaires ».

« Ce livre retrace le parcours d’un pèlerin qui cherche l’extase à travers ses invocations et ses pérégrinations. Son voyage est plus intérieur qu’autre chose mais au gré de ses inspirations (ilham) et de ses états mystiques, il parcourt le désert ».

« L’aspect géographique est un point centrale de la narration. Le désert dans lequel il évolue instaure d’emblée une ambiance austère et mélancolique à la fois. Ce pèlerin développe comme une affinité avec cette nature ingrate : il se délecte de cette atmosphère ».

« Le format est atypique, j’en conviens, surtout dans le paysage littéraire sénégalais. Je ne sais pas s’il fait figure d’ovni ou pas ; toujours est-il que, pour moi, c’était naturel voire logique de faire un livre audio. Pourquoi ? Tout simplement parce que je suis inspiré par la phonétique des mots, par la musique des mots », ajoute Alpha Kourouma (sourire aux lèvres).

« Ces empreintes sonores qui allègent ma peine quand le brouillard assiègent mon ciel ».

« Par un procédé de synesthésie, j’ai associé le mot à plusieurs sens à la fois et je l’ai perçu avec plusieurs couleurs, plusieurs ambiances, notamment celle du désert ».

« Au-delà de la diction, de l’intonation et du rythme de la lecture pour faire voyager l’auditeur dans ce désert ».

« Il fallait que l’esthétique littéraire soit au rendez-vous. Ce qui implique forcément pour moi la reformulation car si d’aucuns soutiennent que penser c’est écrire, écrire c’est aussi repenser, c’est donc trahir ses inspirations et les soumettre à la torture de la reformulation ».

« Il n’y a jamais eu de choix à faire. Pour ce qui est du thème la mystique musulmane, elle s’est imposé à moi dès l’écriture des premières phrases. Le soufisme ce n’est pas une espèce d’appendice qui a poussé sur l’Islam, c’est l’Islam », affirme l’auteur avec conviction.

« En effet, dès l’origine de l’islam, de grands maîtres se sont inspirés de l’expérience religieuse du prophète Mohamed (Saws) et la mystique musulmane a atteint son âge d’or entre le huitième et le dixième siècle puis ensuite, au douzième siècle, sont apparus des mouvements de piété populaire, des tariqa ou confréries ».

« Ces hommes d’exception ont exercé un certain magnétisme sur les masses et cette sentence du poète libanais Salah « stétié » explique bien ce phénomène d’attraction ».

Selon Kourouma : « Dieu est le centre ; plus on se rapproche du centre, plus on devient un point de convergence ».

« L’expérience du mystique se passe du truchement de la loi. Elle n’est pas en odeur de sainteté du côté de l’autorité religieuse. Il y a toujours eu ce désaccord entre l’orthodoxie et la mystique en Islam ».

Alpha Malang Kourouma conclue par : « Je vous invite dans le désert de mon esprit que ces chroniques ont bien voulu meubler ».

Ndèye Fatou DIONGUE

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