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De la transhumance forcée a la transhumance addictive: La longue errance des troupes affamées vers les pâtures De notre correspondant à Matam

Dans les groupements sociaux, il faut un prix pour acheter le silence de certains, la collaboration d’autres. Tout comme dans les mouvements associatifs, les syndicats, il faut en soudoyer les dirigeants, acheter leur confiance, fermer leurs yeux, les faire taire.

Cette pratique de pots de vins, de bakchich est devenue une arme courante, efficace entre les mains de ceux qui détiennent le pouvoir et l’argent leur permettant d’assurer l’ordre et l’équilibre de leurs institutions.

La transhumance forcée ou choisie est révélatrice de l’impuissance des syndicalistes et politiciens des temps nouveaux face aux multinationales et aux États qui ne leur offrent qu’une seule alternative : transiger ou périr.

Dès le nom du président su, la girouette change d’orientation. Hommes et femmes du régime déchu tournent casaque sans honte et ne jurent que par le nouvel élu. Parce que l’homme fort nomme et démet à tous les emplois civiles et militaires et tient les cordons de la bourse. Puis suivront les longues processions de repentis, venus faire allégeance au nouveau souverain.

Si la transhumance était pratiquée sous Diouf, Abdoulaye Wade l’avait forcée, planifiée, amplifiée, banalisée pour asseoir son régime.

La transhumance forcée

Les politiciens, autant qu’ils sont, sont capables du pire. L’angélisme n’est pas leur tasse de café. Dès la survenue de l’alternance, le Pape du Sopi et son commando, au-delà des privilèges financiers récoltés, du réconfort de leurs positions de pouvoir, sont vite allés en besogne  pour  consolider leur victoire sur les urnes : Abdoulaye Wade est conscient que prendre le pouvoir est une chose, le faire fonctionner par de novices bleu-jaune maïs de Bambey en est une autre ; il leur faut tout d’abord, lui et son équipe, bénéficier de l’expertise des cadres vaincus, exténuer les argentiers du Parti socialiste confortablement assis comme DG sur des mines de trésor que sont les sociétés publiques ou parapubliques. Etouffer financièrement le parti, démoraliser, puis démobiliser les barons, sont, entre autres, les premiers objectifs stratégiques de Wade pour enrayer de la scène politique l’Ups/Ps riche de quarante ans de règne sans partage sur le Sénégal. Président Wade prévoyait pour leParti démocratique sénégalais (PDS) et les Libéraux un règne de 50 ans.

Le 6 février 2003, le gouvernement de Abdoulaye Wade entre en action avec ses audits commandités, ciblés, orientés sur : Aziz Tall (Lonase), Ibrahima Gaye (Le Soleil), Mbaye Diouf (Société nationale des Chemins de fer du Sénégal-Sncs), Pierre Babacar Kama (Industries chimiques du Sénégal-Ics), Khady Diagne (Société pour le Développement industriel de Dakar-Sodida). Des négociations mains liées, couteau sur la gorge pour leur reddition s’ils veulent s’éviter des ennuis judiciaires voire des arrestations assorties de longues peines pour fautes lourdes.

Mbaye Diouf, principal adversaire politique de Idrissa Seck à Thies fut emprisonné d’avril 2001 à mai 2002 (9 mois).Il n’huma l’air de la liberté qu’après la tenue des Législatives permettant à Ndamal Kajoor de marquer desormais ses empreintes sur cette ville historique, réputé bouillonnante politiquement et bastion imprenable des verts.

Définition de la transhumance

La transhumance n’est pas loin de la trahison, du reniement de soi, du détournement de la confiance des électeurs. Des compatriotes accordent leurs suffrages à un candidat pour un objectif bien déterminé, celui-ci, en retour, les détourne à des fins personnelles : pour les rétrocéder.

C’est immoral, indécent, abject. Juridiquement, c’est illégitime parce que les électeurs ont été trahis, leurs suffrages confisqués, détournés de leur destination.

Maître Aissata Tall Sall croit si bien dire que c’est à l’unanimité qu’ « Osez l’Avenir » a décidé de soutenir le candidat Macky Sall et de rejoindre la mouvance présidentielle. Oublie-t-elle que c’est au prix d’âpres luttes, de tractations judiciaires qu’elle gagna à l’arrachée avec le soutien manifeste de Abdoulaye Wade et Idrissa Seck le siège de maire de Podor contre Racine Sy candidat de Macky Sall et de Benno Bokk Yaakaar ? Aujourd’hui, elle chemine naturellement avec l’adversaire d’hier qui, lui, n’a pas changé et est resté toujours le même. Elle dira pour se justifier que c’est après moult réflexions, suivies d’une analyse concrète de la situation concrète et consulté la base, qu’ils ont enfin osé sauter la barricade pour aller rejoindre Macky Sall et l’Apr. Ce n’est pas un reniement, une transhumance, ça ?

Les partis politiques, généralement la plupart, se sont fait une religion : il faut être du côté du pouvoir pour espérer gagner quelque chose au moins pour soi-même et pour ses militants. Réalisme politique oblige !

La base ne veut point vivre d’amour et d’eau fraîche ; elle n’est pas prête, avec le candidat malheureux de la dernière élection, de traverser le désert pour dix, douze longues et pénibles années encore à subir les affres des sempiternelles marches de protestation, l’odeur suffocante des gaz lacrymogènes, les affectations arbitraires dans des coins reculés du territoire, si ce n’est la perte d’un emploi. Elle préfère changer le fusil d’épaule, essayant de se mettre dans les grâces des nouveaux maîtres, ceux que Dieu a choisis.

Le phénomène est devenu si banal, si naturel qu’on peut penser qu’il est inscrit dans les gènes et qu’il ne heurte plus la conscience des honnêtes citoyens

Ces transhumants professionnels libéraux, sans expertise, sans ressource qui n’apportent aucune plus-value à Macky Sall.

Aux cadres de l’ancien régime socialiste, on peut tout leur reprocher sauf dire qu’ils ne sont pas sortis à bonne école. Il faut le leur reconnaître : grands commis de l’État, ils dégagent de l’assurance, de l’humilité, de la discrétion et une certaine probité, preuve qu’ils ont de l’expertise à revendre, des compétences avérées qui les ont portés aux directions de certains ministères ou sociétés nationales. Si bien que harcelés, traqués par les limiers de Wade, certains sont partis monnayer leurs compétences dans l’Hexagone, ou se font arracher sur place par des cabinets d’audits et de consultance ; les autres, le président en a fait des conseillers spéciaux très écoutés ou des fonctionnaires internationaux dans des organismes de prestige. Parce que ces messieurs-dames, avant de devenir directeur ou ministre étaient d’abord des fonctionnaires émérites sortis de grandes écoles.

Tout le contraire de la plupart des Libéraux dont on ne leur connaît que le champ politique comme critère d’ascension sociale : les diplômes sont souvent acquis via des études par correspondance sanctionnées par des diplômes pendant qu’ils sont ministres en fonction.

Macky Sall qui voyait en 2012 la “transhumance comme une pathologie qui gangrène notre système politique” a changé d’avis. Entre-temps, l’homme politique est revenu à ses vieilles amours, a changé d’avis, préférant l’arithmétique des zéros ;  mieux, il encourage à outrance, pour ne pas dire qu’il en fait son cheval de bataille, espérant se renforcer.

De vieux pétards mouillés, qui avaient perdu toute crédibilité,  continuaient sciemment à entretenir le flou autour du retour probable de Karim Wade et du maintien de sa candidature à la présidentielle, que le Pds n’avait pas de plan B, Karim rek ! Le tout agrémenté de critiques acerbes contre le candidat sortant Macky Sall pour certains parmi eux.

Quel apport concret peuvent faire les Serigne Mbacké Ndiaye, Pape Samba Mboup, Abdou Fall, Aliou Sow, Modou Diagne Fada, Souleymane Ndéné Ndiaye, Ousmane Ngom, Cheikh Tidiane Gadio et tutti quanti ? Sitor Ndour ? Si ce n’est que pérorer sur les plateaux de Tv. Encore là, de jeunes loups de la politique sénégalaise leur ont ravi la vedette : Ousmane Sonko, Barthélémy Diaz, Boubacar Camara, Thierno Alassane Sall, Guy Marius Sagna, Mame Boye Diao, Abdou Karim Fall, Abdou Mbow, et tiennent le haut du pavé.

Ils n’ont aucun avenir politique, aucune offre à faire à Macky Sall.

Ils n’ont qu’un seul grade, celui d’être libéral et membre de la grande famille libérale. Et puis, c’est tout

Des ombres fossilisées qui n’émettent aucun effet spécial.

 

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