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David Diop-Nazim Hikmet : La Clef De Sol

Culture : David Diop, Aimé Césaire, Nazim Hikmet

L’énigme non résolue               de “Nègre clochard”

L’énigme non résolue du Nègre clochard de David Diop sera peut-être la clef pour ouvrir la porte océane et mieux apprécier la puissance créatrice de Nazim Hikmet.

L’Occident l’a boycotté en pleine guerre froide à cause de ses idéaux révolutionnaires et communistes ; la science a reconnu la dimension exceptionnelle de Nazim Hikmet : l’Unesco lui avait consacré la Journée mondiale de la Poésie en 2002 et a remis l’antienne le 21 mars dernier. Et l’on évoque volontiers cette citation du grand poète, mélanésienne puisque nègre :

« Mes frères,
En dépit de mes cheveux blonds,
Je suis Asiatique.
En dépit de mes yeux bleus,
Je suis Africain… »

Le super ingénieur Cheikh Diop Thilmakha a beaucoup contribué à la promotion de la poésie turque au Sénégal, en particulier celle du grand poète turc Nazim Hikmet qui a influence David Diop : ” Le seul héritage qui ait du prix, c’est la tendresse d’un poème d’Eluard, la rayonnante lucidité de Nazim Hikmet, c’est l’orage déchaîné de Pablo Neruda”.

“J’avais fait une conférence à l’Espace Faguèye en octobre 2002 sur le thème : “De la poésie turque à la présence sensible de Nazim Hikmet dans l’œuvre poétique de David Diop”.  Mon texte avait été partiellement publié par “Le Quotidien”. Lors d’un colloque sur le baroque tenu à l’Ucad,  j’avais demandé au professeur Amadou Ly s’il avait quelque chose sur Nazim Hikmet et il m’avait répondu : ” Franchement,  je ne le connaissais pas”. Le texte de ma conférence figure en annexe dans mon livre “Insomnie rebelle” (poèmes) préfacé par Pr Issiaka-Prosper Laleye de l’UGB, éditions Salamata” ; aujourd’hui,  nul autre que Vovo Bombyx ne pourrait être à même de nous en parler”.

SIR : “Très gentil de votre part. Je le connais très peu, le poète Nazim Hikmet, même si j’ai toujours été convaincu de sa «  puissance créatrice » en matière de poésie…
Je connais mieux la poésie du grand poète David Mandessi Diop. Un poète très inspiré et très engagé.
Un de ses poèmes intitulé «  Nègre clochard », un poème consacré entièrement au « grand poète noir » Aimé Césaire, reste pour moi — suis-je le seul ?– une «  énigme non résolue  : l’ambivalence exceptionnelle — admiration et critique sévère — de ce poème écrit sur le tard par David Mandessi Diop n’a pas encore été «expliquée »….  Que s’est-il donc passé entre les deux grands poètes ?
J’ai régulièrement interrogé les critiques littéraires mais aucune réponse convaincante ne m’a jamais été servie. Les «  exégètes » de la poésie de David Mandessi Diop et de Aimé Césaire pourraient nous aider à comprendre. Peut-être que la «  clé » qui nous permettra d’ouvrir la porte océane » se trouve précisément entre les «mains périssables » du grand poète Nazim Hikmet…Les critiques littéraires nous édifieront bientôt….

Conférence : De la poésie turque à la présence sensible de Nazim Hikmet dans l’œuvre poétique de David Diop

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, honorables invités,

Celui qui cherche une origine”, disait Friedrich Nietzche,” trouve toujours  des origines“. Pour cette raison, notre projet est d’essayer de remonter à contre-courant le courant turbulent et millénaire de la poésie turque pour tenter de vous faire découvrir les poètes turcs qui avaient préparé Nazim Hikmet qui a tant influencé notre compatriote David Diop. D’ailleurs, dans sa contribution au débat sur la poésie nationale, au 1er congrès des Ecrivains et Artistes noirs de septembre 1956 à Paris, David Diop reconnaissait cette influence en ces termes : “Le seul héritage qui ait du prix, c’est la tendresse d’un poème d’Eluard, la rayonnante lucidité de Nazim Hikmet, c’est l’orage déchaîné de Pablo Neruda”.

On ne présente plus David Diop aux Africains et plus particulièrement aux Sénégalais. Celui qui est vraiment inconnu chez nous c’est le grand Nazim Hikmet. Nous disons bien inconnu car nous en avons eu personnellement la preuve : nous avons demandé un jour à un éminent professeur de Lettres de l’UCAD qui y enseigne l’esthétique des genres, un vrai professeur “docteur en Sorbonne bedonnant de diplômes” – ce n’est pas une péjoration, le vers est senghorien–nous lui avions demandé s’il avait quelque chose sur Nazim Hikmet ;  à notre grande surprise, il m’avait répondu : “Franchement, je ne le connais pas ». A plusieurs reprises, nous avons fait le tour des librairies de Dakar : aucune n’avait de lui la moindre œuvre et encore moins la moindre idée. 

Qui était donc Nazim Hikmet ?

Nazim Hikmet Ran est né à Salonique en 1902. Communiste depuis son adolescence,  il étudia à Moscou, à l’université des Peuples d’Asie, pendant les années vingt, avant de retourner en Turquie en 1929. Là, comme opposant au régime militaire, il fut enfermé seize années durant dont treize consécutives de 1937 à 1950 à la prison de Brousse (Bursa). En 1951, menacé à nouveau d’arrestation, il quitta sa patrie pour Moscou où il vécut jusqu’à sa mort en 1963.

Cet exil en Russie le marqua profondément comme nous le sentons dans son recueil intitulé, justement, « C’est un dur métier que l’exil”.

Cet exil l’a-t-il mené au Sénégal ?

” Non, il n’a pas vécu au Sénégal et en Afrique mais en Turquie et à Moscou et à Prague. Il a fait 16 années de prison dont 13 consécutives parce qu’il s’opposait à la dictature militaire. Il méritait le prix Nobel de littérature mais comme il était révolutionnaire et communiste, l’Occident l’a boycotté”…

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C’est mon ami et cadet du prytanée Dr Lamine Farba Sall qui m’avait recruté au laboratoire le Premier février 1989 et il était venu jusqu’à Thilmakha pour faire un témoignage éloquent et apporter les cadeaux des anciens enfants de troupe lors de l’hommage-sargal que la mairie de Thilmakha m’avait rendu le samedi 26 octobre 2024.