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Culture et civilisation turques : Faire bonne chaire

Sénégal-Turquie

Le culturel, socle solide           de l’économique

La magnifique visite d’Ousmane Sonko à Istanbul devrait s’achever par la création d’une chaire sur la culture et la civilisation turques.

Le prétexte du voyage du Premier ministre Ousmane Sonko pour rouvrir l’album du souvenir de Cheikh Diop Thilmakha d’il y a un peu plus de 20 ans pourrait malheureusement s’en arrêter à l’évocation de l’immense Nazim Hikmet sur nos dernières parutions ; les efforts financiers consentis par Ankara devraient pourtant se manifester par une meilleure compréhension de la culture et de la civilisation turques.

À ceux qui soutiennent une solide base culturelle pour appuyer l’économie avec les résultats appréciables de Ousmane Sonko au pays de Recep Tayyip Erdoğan en espèces sonnantes et trébuchantes, se heurte une densité morale souhaitée par d’autres mais qui pourrait opposer culture et politique, avec le politique déterminant en dernière analyse.
L’ingénieur Cheikh Diop de Thilmakha nourrit l’espoir lucide d’une chaire que la politique pourrait renvoyer aux calendes grecques : la victoire diplomatique de Erdoğan sur Gülen ne s’est pas seulement limitée à la mort en exil de l’un des protagonistes (20 octobre 2024), un autre après Nazim Hikmet, et à la crise de l’école turque Yavuz Selim. Le Sénégal avait fait son choix depuis Macky Sall et la finition accélérée de l’aéroport international Blaise Diagne : au savoir, à la communication et à la tolérance religieuse de l’exilé s’oppose en effet le dogmatisme de l’autre plus proche de la force brute que de la nuance diplomatique.

Il y avait une école privée turque dénommée Yavuz Selim où les élèves étudiaient la langue turque. Cette école faisait d’excellents résultats. Elle a été fermée après la tentative du coup d’État.
Quand j’avais proposé au Directeur d’y tenir ma conférence sur la poésie turque, Nazim Hikmet et David Diop, il avait complètement refusé, me disant que Nazim Hikmet était contre le gouvernement turc.

Cheikh Diop Thilmakha
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Si le rapprochement économique en perspective devenait réalité, ce serait un bon accompagnement”, affirme ainsi Ababacar Sedikh Diagne.
On doit créer un département de turc et turcologie à la FLSH/UCAD ; quand j’ai visité la bibliothèque, j’y ai trouvé un seul document d’une thèse de doctorat soutenue sur Yunus Emre, poète mystique du 13ème siècle. Je pense que ce sont les mêmes conditions pour l’enseignement de l’arabe et des autres langues. Mais il faudrait importer des enseignants turcs en attendant la spécialisation des Sénégalais. Je ne suis spécialiste des sciences de l’éducation. C’est seulement une idée qui m’est venue en tête mais les professeurs sont bien compétents pour créer un département de turc et turcologie, à l’instar des autres départements de la faculté des lettres et sciences humaines“, persiste l’homme de Thilmakha.

Pour rappel, le lycée Kennedy a échappé au parrainage. Tout le monde sait les conditions de son financement avec le pragmatisme yankee de “Food for school“, à l’instar d’un célèbre “Food for work”. Les formules existent, si l’on s’en donne la peine. Quand la Turquie investit plus de 5.000 dans l’énergie au Sénégal, il est bien possible de créer une chaire en retour.

Pathé MBODJE