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Culture-Castes: Quand le sang noble refuse de s’emmêler Par Khadidiatou GUÈYE Fall

La force de l’amour,

le seul vainqueur des discriminations

Depuis nos ancêtres, une distinction a été installée entre les personnes qui composent la société sénégalaise. Cette société languie de mythes nous impose une démarche vis-à-vis des communautés. Celles-ci dénombrent plusieurs ethnies. Pour éviter toute forme de discrimination et instaurer de l’harmonie dans la société, une démarche a été adoptée. Le cousinage à plaisanterie constitue la technique la plus appropriée pour taire et éviter les tensions entre ethnies au Sénégal. Mais malheureusement tel n’est pas le cas entre les sangs nobles et les castes. La discrimination est notoire à ce niveau. Dans certaines familles, l’union entre casté et Guer est entièrement maudite. C’est la même situation que prévaut entre les Teugues et les Guéweul.
Une discrimination et une sous-estimation sans fondement logique sont imposées dans la société africaine et sénégalaise en particulier. Seuls les tenaces arrivent à enfreindre cette logique infondée. Sous couvert de l’anonymat, cette dame en teint marron nous démontre de par son expérience que le niveau d’ancrage des Sénégalais dans ces théories n’est toujours pas en baisse.
« Les problèmes de castes existent depuis longtemps. C’est juste qu’un rejet chez la jeune génération a amoindri l’échelon. J’ai subi les retombées des problèmes de castes. Ma défunte mère avait forcé un mariage avec un gnégno. Mais cela ne lui a pas réussi. Elle nous racontait que dès le début de son mariage, les problèmes ont commencé à surgir. Sa belle-famille ne l’avait pas acceptée, sa famille aussi n’était pas entièrement d’accord avec cette union. Malgré l’effort qu’elle fournissait pour épauler son mari, elle n’est pas parvenue à gérer son ménage. Alors qu’elle était deuxième femme d’un fils aîné et la seule belle-fille noble de la famille, elle subissait des humiliations et des violences verbales. Et pourtant, elle a eu quatre petits bouts de bois de Dieu dans cette union qui n’a pas survécu aux dénégations basées sur les castes », raconte la dame de 41 ans.
TÉMOIN
Elle n’a pas été témoin des problèmes de castes de ses parents. Mais elle et ses frères subissent les conséquences de cette union maudite.
Pour son mariage, le même cas de figure s’est présenté. Car elle est du sang noble “terni par du sang gnegno”. Son union avec l’homme de sa vie a été source de polémique :” Moi et mon mari nous nous sommes connus dans le quartier. On était dans la même école mais pas dans la même classe. Il était plus âgé que moi mais nous étions de la même génération. Depuis le bas âge, mes copines nous taquinaient et suspectaient une relation amoureuse cachée. C’est après quelques années que la relation est sue par le voisinage. Même après notre déménagement, on se rendait visite ; à l’époque, il n’y avait pas de moyens de communication spontanée comme aujourd’hui. Mais dès qu’il a voulu m’épouser, les problèmes ont commencé : du côté des hommes, il n’y avait aucun souci pour les convaincre. Seulement, la mère de monsieur, qui d’ailleurs a été une amie à ma défunte mère, ne voulait rien entendre de cette relation amoureuse qui aboutit à un mariage. Elle s’était opposée à cette union. Mais puisque le dernier mot revenait aux hommes, elle a cédé à contrecœur,  m’infligeant toute sorte de coups bas dans la maison familiale. Contrairement à mes parents, notre union a survécu aux tempêtes grâce à mon beau-père et à notre amour ».
Anéantie par le passé de ses parents, l’unique femme à son mari reste traumatisée par l’avenir de ses enfants si une fois l’histoire se répète encore. Elle affirme que ces rangs de castes n’ont ni queue ni tête, ils cassent le rythme de l’harmonie de la société sénégalaise.
Dans cette même veine, cette opératrice de saisie dans un laboratoire rejette cette influence que les castes ont sur la société actuelle. Pour sa part, les discriminations basées sur les castes sont dépassées. Elle en est la preuve vivante. Mariée depuis un an, elle vit la rose avec un Sénégalo-ivoirien. Son mari est issu d’un mixage d’Ivoirien et d’une Sénégalaise Teugue. Son mariage n’a pas connu d’obstacles parce que dans sa communauté religieuse, la caste fondée sur l’ascendance est complétement placée aux oubliettes. « Dès le début de la relation, j’avais les craintes que ma famille allait rejeter mon prétendant. Mais tel n’a pas été le cas, mes grand-frères et mon oncle lui ont demandé d’envoyer ses parents pour sceller l’union » fait savoir notre interlocutrice.
D’après elle, c’est grâce au milieu dans lequel, elle a grandi avec sa famille que les problèmes de castes n’ont pas été abordés : « Je suis née dans la communauté layenne. Dans cette communauté, tous les préjugés faits sur les appartenances de castes sont considérés comme une hiérarchisation qui va à l’encontre des valeurs que prône la religion musulmane. Nous sommes tous au même pied, donc il n’y a pas de supériorité et d’infériorité chez les Layènes. C’est pourquoi l’un des guides de la communauté avait épousé presque des femmes de castes différentes pour montrer l’exemple à ses disciples. À mon avis, ces étiquettes héritées n’ont pas lieu d’être. Nous sommes tous des êtres humains avant de nous mettre dans la peau d’une quelconque appartenance raciale ou ethnique ».
Ndèye Coumba Mbaye est une Guéweul. Très instruite, elle démontre une fierté de son appartenance. Souvent avec son niveau d’étude (Master en management des entreprises), les personnes de sang noble lui font la cour. Mais « je n’ai jamais accordé les faveurs à un homme de sang noble,  quels que soient son niveau d’étude et sa richesse ». Ndèye Coumba sait en âme et conscience que dans sa famille griotte, les aînés en majorité sont conservateurs. En aucun cas, elle ne voudrait se donner l’espoir d’avoir une relation amoureuse avec un noble alors que le mariage serait impensable ou ne pourrait perdurer.
L’influence des castes est un véritable casse-tête pour les Sénégalais,  surtout pour les amoureux. Il s’agit d’une étiquette héritée dès la naissance en fonction du travail de ses ancêtres. Au Sénégal, dans la hiérarchisation faite à partir des ascendances, on naît “casté” pour se marier à un « casté » soit on est noble pour se marier à un noble. Cette hypothèse marche avec les ainés très conservateurs. Mais avec la jeune génération, beaucoup d’aspects de ces systèmes des castes sont écartés de leur manière de vivre. Ce qui conduit peu à peu à la disparition de ces croyances infondées.
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