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Cuisine – L’évolution du monde ne laisse pas en rade les outils de cuisine Khadidiatou GUÈYE Fall

Petites machines, rapidité garantie

La femme sénégalaise se reconnaissait dans sa cuisine avec les ustensiles de nos grands-mères. Le mortier et son pilon, la calebasse, le van, le tamis, autant d’ustensiles de cuisine en général faits à partir du bois, qui ont marqué l’époque où nos grand-mères, s’occupaient de la cuisine. Le temps de préparation était plus long. En effet, elles utilisaient des outils la plupart faits en bois.

La différence est notée sur les ustensiles modernes qui occupent les étagères dans les cuisines. Tous les travaux étant manuels, nos grands-mères passaient toute la journée dans la cuisine. Depuis quelques années, des outils différents des ustensiles de cuisine typiques à l’Africaine ont vu le jour. L’ustensile qui sert à piler, le mortier avec son pilon, commence à disparaître dans la cuisine sénégalaise. Les femmes ont opté pour la rapidité et l’efficacité. Pour mélanger les ingrédients, elles choisissent une machine conçue pour ledit mixage.

Emilie Diouf est pharmacienne. Pour ses repas, elle se trouve d’abord du temps car son travail l’emporte beaucoup. Dans sa cuisine, tout a été modernisé. Elle confie que ses ustensiles ont été tous importés : « J’ai équipé ma cuisine de nouveaux types de matériels, des assiettes et tasses en verre. Cela fait plus de 5 ans que je n’utilise plus le pilon et le mortier. J’ai tous les ingrédients en poudre donc ce que je fais, c’est tout mettre dans le mixeur pour que le mélange soit homogène ».

Emilie affirme avec honnêteté avoir délaissé les ustensiles de grands-mères au profit des petits appareils modernes. Emilie précise que les machines sont beaucoup plus rapides que le travail manuel. « Le choix n’est pas fait de manière gratuite. Nous sommes dans un monde où le temps est devenu très précieux. Donc tout ce qui peut permettre de faire les choses en moins de temps est une bénédiction », ajoute la pharmacienne.

Pour elle, les grands-mères utilisaient les calebasses, le mortier et autres parce qu’elles n’avaient pas accès à ces nouvelles technologies. Emilie est pour la modernisation de notre style vie mais que les valeurs demeurent dans nos actions.

De nos jours, la modernisation des matériels domestiques est devenue très normale aux yeux de certaines personnes convaincues que l’heure de la modernisation a sonné. Cette jeune femme est d’origine peulh. Maimouna Ly soutient que dans leur culture, la calebasse occupe une place importante dans la cuisine. Néanmoins, elle trouve du plaisir à renouveler les quelques outils qu’elle utilise pour servir ses invités. « Certains de mes bols sont trop archaïques, je préfère me conformer à mon époque avec l’apparition de nouvelles machines tels que les mixeurs et les vaisselles en verres. Dans nos cérémonies, on ne peut pas se passer de la calebasse ; c’est pourquoi j’en dispose toujours dans ma cuisine. Même le grand bol qui réunissait les membres de la famille est en perte de vue. Concernant le mortier et le pilon, je l’utilise souvent pour la préparation de la cuisson car le goût voulu du Nokoss ne peut être obtenu que grâce au mortier et son pilon », suppose la commerçante. D’après elle, même les canaris qui donnaient à l’eau une fraîcheur naturelle ont été remplacés par les réfrigérateurs qui ne sont pas sans effets néfastes sur notre santé. Elle conclut que les petits robots permettent de gagner du temps.

Celle qui dispose des moyens de se procurer des machines et qui ne l’utilisent pas est Laly Thiaw, une femme de la trentaine. Déménagée récemment à Keur Ndiaye Lô, elle a équipé sa maison de tous les matériels électroménagers nécessaires. Mais pour sa cuisine, les outils de cuisine de grand-mère sont présents. Laly aime la nouveauté mais elle reste fidèle aux ustensiles ancestraux et indispensables : « On a trop copié sur les Occidentaux. A la fin, on copie sans y aller avec la raison. Mais de mon côté, j’utilise les mains pour découper les oignons. J’avais acheté la machine mais la forme qu’elle donnait aux oignons ne m’a pas plu. Je ne l’ai plus réutilisée ».

Elle déplore l’abandon de certains outils de cuisine : « Je pense que certaines femmes commencent à délaisser des outils qui sont très importants dans notre culture culinaire. J’utilise toujours le mortier et le pilon pour mon mélange épicé et marinade. Je n’ai jamais pensé renoncer aux outils que nos grands-mères utilisaient. Ils font partie de notre culture ».

Autrefois, les femmes empruntaient le chemin du marché avec une calebasse sur la tête. Depuis quelques années, les paniers en caoutchouc ont pris la relève. Ceci marque le changement visible des modes de vie et de l’évolution du monde. Pour découper les oignons, les femmes utilisent des machines typiques à l’Occident. Le mélange épicé plus connu sous le nom de « Nokoss » ne nécessite plus l’utilisation du mortier et du pilon car une machine répond aux besoins.

Certaines personnes préfèrent les ustensiles de grand-mère car faisant partie de la culture sénégalaise. D’autres se laissent convaincre par la rapidité des nouvelles technologies dans leur cuisine.

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