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Coxeur, ça rapporte gros Un boulot décrié par certains

LE MÉTIER DE COXEUR

Un boulot décrié par certains
Charger le véhicule, ça rapporte gros
Par Khadidiatou GUÈYE Fall,
Chef du Desk SOCIETE
Le milieu du transport ne peut se départir d’un individu comme le coxeur : l’importance qu’il a dans le domaine ne le fait pas présenter ; dans tous les garages, il est  présent. Au moment où le pays peine à solutionner le manque d’emploi, ce métier offre une opportunité à certains jeunes et certaines personnes âgées à se faire des revenus.

 

En quittant la cité Maristes en  passant par Dalifort, le rond-point du croisement de Cambérène est bondé de monde. Le soleil paraît au milieu. Il est 14 heures. Les bus font le tour du rond-point. À peine  on descend à l’arrêt de bus que les rabatteurs font assaut sur les passagers.

« Kaolack, Kaolack ! », entend-on de loin. Les coxeurs interpellent tout passant. Leur travail consiste à aller à la recherche des potentiels clients.
Il s’agit d’une pratique qui consiste à orienter des clients alpagués dans les gares ou ses abords vers une ligne sur laquelle il ne travaille pas. L’activité de coxeur a été créée en 1959 à la gare routière de Dakar. Ce travail est fait en contrepartie d’une petite commission.
À THIÈS ?
Aperçu de loin en train d’appâter une cliente, cet homme en tenue traditionnelle déborde d’énergie. Il est presque en sueur. Nous confondant avec une cliente, il s’approche demande notre destination : « Thiès ngua dieum, ahn ? », traduisant « Vous allez à Thiès ? ».
À cette question, la réponse était la négation. Et l’homme se rabat vers les autres passagers. Le temps semble lui compter.
Après plusieurs minutes de poursuite, il accepte de répondre aux questions. Lamine, il s’appelle. De teint marron, le visage de Lamine est perlé de sueurs. Sous le soleil chaud, il ne passe pas une minute sans intercepter les passagers afin de s’enquérir de leur destination.
Lamine travaille comme rabatteur depuis plusieurs années ;  d’après lui, ce travail est juste un gagne-pain occasionnel. Il le fait pour les bus allant dans la sous-région appelés « horaires ». Les pieds engloutis de poussière, Lamine ne se donne même pas le temps d’essuyer les sueurs et de nettoyer ses pieds par manque de temps. « Madame, je n’ai pas de temps, je travaille, Thiès, Thiès » nous lance-t-il.
À force de voir la ténacité à lui puiser des réponses, il cède : « Je travaille pour les bus en partance de Khombole et les Ndiaga Ndiaye en partance vers Thiès. Après le départ de ces horaires,  je me lance dans mon travail de tous les jours qui est le clando ».
D’après Lamine, le milieu des coxeurs appelés encore rabatteurs est trop compliqué ; pour certains, ce n’est pas un travail digne de nom, dans la mesure où, aucun effort n’est fourni. « Pourtant c’est plus que difficile. On passe la journée à marcher, à faire des allers et retours pour voir des clients. Parfois, on rencontre des personnes compliquées. Même si pour avoir une réponse sur leur destination, elles répondent d’une manière vraiment pas respectueuse » soutient Lamine.
Le travail ne vaut pas son pesant d’or. A en croire notre interlocuteur, « les gens prennent ce métier pour le métier de paresseux alors que c’est une démarche que nous faisons pour permettre aux transporteurs d’avoir le maximum de clients afin d’embarquer ».
Lamine nous met en relation avec un autre coxeur. Très ouvert et disponible, Sakho s’assoit sur une grande brique de barrage installée aux alentours de la zone des travaux routiers. Il montre de l’intérêt de s’ouvrir à nous dans son domaine de travail. « Je suis coxeur et fier. Mon travail est seul et unique et c’est de chercher des clients pour les chauffeurs de bus régionaux. J’en ai fait ma principale source de revenus », explique Sakho.
Il offre des services aux transporteurs. À savoir, aller cueillir des clients même s’il y a possibilité de convaincre un passager de descendre d’un bus pour rejoindre le bus que le coxeur veut remplir avant son départ.
Ce n’est pas seulement dans les gares que l’on retrouve les rabatteurs. Dans les garages clandos ou au niveau des arrêts carrefour, ils sont éparpillés un peu partout. Chacun tirant de son côté pour convaincre le plus de clients possible. Ce, pour rentrer avec une forte somme d’argent, d’où leur commission.
Ce coxeur retrouvé au garage clando de Hamo 6 nous explique le procédé : « Si j’amène un client, je reçois 50 francs du chauffeur. Pour chaque client, j’ai 50 pour les voitures de 4 places. Autant il  y a de places, autant je reçois mon dû. Parfois, des minibus viennent au garage, ceux-ci ne sont pas des fidèles chauffeurs du garage ;  ils donnent plus. Mais personnellement,  je ne me plains pas. Je satisfais mes besoins avec cet emploi que beaucoup de gens n’approuvent pas. Quoi qu’il en soit, c’est mieux que vendre de la drogue et voler“.

Le travail de rabatteur n’est pas facile comme le pensent certains. D’autant plus qu’il n’est pas approuvé par certains Sénégalais qui estiment que c’est un domaine des paresseux. Malgré les critiques, ces rabatteurs s’arment de leur abnégation pour continuer à gagner dignement leur vie sous le soleil chaud.

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