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Covid et consommation: L’alimentation malmenée dans la rue Khadidiatou GUEYE Fall

Quand certains vendeurs portent leur masque, des anticonformistes risquent de perdre des clients.

Depuis presque un an, la Covid-19 dicte sa loi dans le monde. Des mesures de restriction ont été annoncées pour freiner la propagation du virus. Ainsi, certains comportements de l’homme ont été radicalement bouleversés par cette pandémie. Ainsi, au Sénégal, on voit certaines attitudes et habitudes perdre leur vivacité. Parmi lesquelles, se saluer en se serrant les mains, se partager une tasse de café Touba, prendre le thé juste à l’angle avec le voisinage, acheter des amuse-gueule chez la vendeuse d’à côté. De telles choses manquent aux Sénégalais.

Néanmoins, une petite tranche de la population continue à vivre sans suivre la loi du virus.

Dans les ruelles, surtout de la banlieue, des petites tables s’installent : des vendeurs de café, des boutiquiers, des vendeuses de beignets et de sauces, des petits restaurants par-ci et par-là. Qu’en est-il des mesures de protection ? Le port de masque et l’hygiène sont-ils au rendez-vous en cette période de pandémie ?

Ahmed est un boutiquier. Son magasin se trouve juste en face du terrain de Hamo 6. Il ne protégeait pas lors de ses transactions. Un beau matin, nous raconte-t-il, un agent de la police l’a retrouvé en train de mettre du lait en poudre sur des sachets, démuni de son masque de protection. “L’agent a voulu fermer la boutique pour cet acte irresponsable. Heureusement, il a cédé à mes supplications. Et depuis, mon masque est toujours avec moi. Je le porte correctement quand il a un client qui achète ou quand je mets certains produits en détail dans des sachets”, affirme Ahmed.

Mère Sokhna vend du couscous. À 19 heures, une marrée humaine l’assaille au niveau de son point de vente situé non loin du terrain de Hamo 6. Dans le feu de l’action, elle s’attèle à mettre le couscous et le thiakry dans les sachets à la demande des clients. Mère Sokhna ne badine pas avec le masque. “Corona oblige, ma fille, je vis avec le diabète. Je ne supporte pas le masque mais je suis contrainte de le porter pour me protéger et protéger mes clients. Il n’y a pas d’autres solutions pour se trouver de l’argent”, rassure-t-elle. La dame est très connue pour son couscous, c’est pourquoi avant le couvre-feu les amateurs de “couchant” font la queue. Mère Sokhna est très stricte sur le port de masque. “Si un client vient sans son masque, je ne prends pas son argent”, fait-elle savoir.

D’après Mère Sokhna, l’alimentation est très importante ; donc, même en temps normal, le port de masque devrait être obligatoire, car ” parler avec ses clients alors qu’on a l’aliment devant nous n’est pas hygiénique, on peut tousser dessus sans le vouloir et sans s’en rendre compte”, lance-t-elle.

Retrouvée dans son petit kiosque, une jeune femme, sans son masque, mélange la pâte et y entasse un accompagnement. Interpellée sur le port de masque, elle manifeste une colère rouge et nous demande de quitter son lieu de travail. Et pourtant, le voisinage témoin du non-respect des consignes continue d’acheter dans le kiosque de ladite femme.

Pour sa part, Fallou ne joue plus à la  teranga de partage du café Touba sur une tasse unique. Le fameux “barkéloul si café gui” ne l’enchante plus :” Personnellement, je ne partage plus ma tasse de café et si je vois le vendeur de café sans son masque, je me retiens. Avec tous ces cas notifiés et les décès, Corona ne joue pas, c’est nous qui jouons avec notre vie. Et moi, je refuse qu’on joue avec ma santé. Le mieux c’est de porter un masque pour se protéger avant tout”. Fallou ne mâche pas ses mots :  que vous soyez son ami ou son parent, il vous recommande la distanciation et le port correct de masque.

Le domaine de l’alimentation est un secours pour beaucoup de ménages. Évoluant dans le secteur informel, les acteurs se pointent dans les coins des rues. Mais avec la pandémie, beaucoup de leurs clients manifestent une réticence à cause du port de masque qui fait défaut. Même si d’ailleurs, jusque-là, aucune donnée scientifique ne révèle que le virus peut nous contaminer par voie digestive, le site « mangerbouger.com » note dans un papier que la possibilité d’infecter les voies respiratoires lors de la mastication d’un aliment contaminé ne peut pas être totalement exclue. Le site préconise, si vous êtes malade, d’éviter de manipuler des aliments et de cuisiner pour les autres. Reste à voir si le Sénégalais va changer son système d’alimentation de la rue auquel il s’est longtemps habitué pour éviter la propagation du virus.

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