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Coronavirus, le pouvoir surfe sur la 2ème vague, l’Etat joue la peur pour un troisième mandat Par Pathé MBODJE

Une deuxième vague pour un second mandat, telle est la stratégie du pouvoir qui joue sur la peur des Sénégalais pour mousser un peu une popularité au plus bas : il n’y a pas d’augmentation de cas notable entre octobre et novembre pour justifier le cri d’alarme de Macky Sall du 26 novembre : le gouvernement a artificiellement gonflé les chiffres sur un mois.

Les chiffres publiés le 27 novembre ne confortent pas le président, les autres non plus, jusqu’à hier, mercredi 2 décembre : « Sur 921 tests réalisés, 21 sont revenus positifs, soit un taux de positivité de 2,28 pour cent ». Rien de nouveau, rien qui sorte de l’ordinaire, le pain quotidien servi au Sénégalais avec le point Covid de 10 h depuis mars 2020.

Ces chiffres du ministère de la Santé de de l’Action sociale sont conformes à ce qui s’est vérifié durant tout le mois de novembre ; Macky Sall lui-même l’avait confirmé en conseil des ministres (18 novembre) en invitant toutefois à ne pas dormir sur nos lauriers. Une exception, et c’est la catastrophe : devant un parterre de jeunes jeudi dernier, 26, le président de la République a alarmé la Nation avec cette curieuse annonce d’une hausse des contaminations au virus de la Covid-19. Et de jouer les Cassandre en surfant sur une seconde vague du Coronavirus qui serait catastrophique pour l’économie du Sénégal qui ne s’en relèverait pas : plus de 60 pour cent des mille milliards supposés mobilisés pour mener la guerre au virus auraient été effectivement dépensés, pour ajouter à une morosité économique qui place le Sénégal dans u ne position délicate.

Devant cette force vive de la Nation amassée à l’occasion du grand prix du président de la République pour l’innovation numérique, Macky Sall pensait plus politique que santé et économie : la pandémie du Coronavirus a annihilé tous les efforts depuis sont élection et la stratégie serait donc d’appuyer sur une corde déjà usée.

Curieusement, dès le lendemain, les chiffres ont commencé à augmenter, pour culminer sur les 48 cas du 29 novembre, côte d’alerte qui a même secoué le flegme britannique d’un Yakham Mbaye avec la Une de son Premier décembre des plus alarmantes. Au moment du retour à la normale observée depuis le reflux notable de septembre qui fait dire « Bye Bye, Covid ! »

Un sondage sur un mois des communiqués du ministère de la Santé et de l’Action sociale suggère que le gouvernement a augmenté le nombre de tests pour aboutir à une hausse du nombre de malades qui n’atteint cependant pas le niveau du 12 octobre : communiqué numéro 225, 24 malades recensés sur 639 tests ; ramené au 21 cas recensés par le communiqué numéro 271 du 27 novembre, il serait bon de préciser que le test a englobé plus de 30 pour cent de cas par rapport au 12 octobre : 921 versus 639.

Le même parallèle existe entre le communiqué 239 du 26 octobre (14 sur 576 tests) et celui du 15 novembre (259, avec 14 cas sur 862 tests effectués). Certes, en partant des dix cas relevés le 4 septembre, on a l’impression d’une hausse avec les 14 et 21 cas notés le 15 et le 27 novembre mais le record du 12 octobre n’est pas encore battu : toutes proportions gardées, la baisse est plus notable qu’une hypothétique hausse.

Le gouvernement a remis l’antienne le samedi 28 avec ses 46 cas sur 1.060 tests, soit une hausse de plus de 8 % par rapport au 27 ; à ce jeu, on justifiera toute hausse en arrivant à des tests jamais égalés au plus fort de la crise.

Il est curieux qu’au moment où certains centres de test de l’intérieur ferment faute de clients, l’État trouve soudain une hausse des contaminations pour constater qu’il ne s’agissait là que d’une tempête dans un verre d’eau ; les communiqués subséquents sont sans ambiguïté aucune : les numéros 274 et 275 des 30 novembre et Premier décembre donnent 14 et 18 malades sur respectivement 722 et 680 tests.

Moralité : augmentez le nombre de tests pour avoir proportionnellement une augmentation du nombre des cas. Tout dépend de la propagande du moment, en ces heures  de « clarification du système politique » où tout y passe : la reconfiguration du paysage politique entamée depuis le Premier novembre, la restructuration de la majorité et de l’opposition, la rectification conséquente du calendrier électoral, la révision de la situation économique,…

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